Le futur hôpital de Québec: de tristes nouvelles

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La journaliste Isabelle Porter du quotidien montréalais Le Devoir signait, le 5 février dernier, un article intitulé « Mégahôpital de Québec. Les premiers contrats ont été accordés ». On y apprenait que le coût prévu pour la construction du nouveau complexe hospitalier serait de 2,1 milliards, limite fixée par le ministre de la Santé et des Services sociaux, et que les premiers contrats relatifs aux études professionnelles avaient été accordés. À la fin de l’automne 2014, le ministre avait commandé une étude de quelque 30 millions destinée à mieux cerner le coût du nouveau complexe hospitalier.

Nous ne voulons pas être pessimistes, mais une fois la construction lancée, la réalité d’un milieu d’accueil mal choisi, alors qu’il est un des moins propices dans la région de Québec pour une construction de cette taille, ne pourra faire autrement que conduire à une facture réelle supérieure. Il serait chimérique de croire le contraire. Rappelons que le 3 juin 2014, le journal La Presse publiait un article intitulé « Hôpitaux universitaires montréalais : un prix réel de 7 milliards », soit bien plus que les 5,2 milliards initialement annoncés par le Dr Philippe Couillard lorsqu’il était ministre de la Santé. Quoi que l’on pense, quoi que l’on dise, il n’y a pas là de quoi rassurer les citoyens payeurs actuels et ceux des générations futures.

Insouciance

Aller de l’avant, pour un investissement d’une pareille ampleur, sans avoir considéré objectivement plus d’un site est une triste nouvelle. Il est difficile de comprendre que, depuis près de trois ans, l’on n’ait pas jugé pertinent de procéder à une étude comparative d’au moins deux sites, celui de l’Enfant-Jésus et celui du Campus de l’Université Laval. Refuser de franchir cette étape, pourtant usuelle, relevait de l’insouciance et amenait à laisser douter du bien-fondé du choix retenu a priori.

Vu les nombreux avantages inhérents au site du campus, il était entièrement justifié de recourir à un Comité d’experts indépendants et crédibles pour effectuer l’étude comparative suggérée. On ne pouvait pas présumer de ce qu’aurait été leur choix. Mais, tout au moins, les contribuables auraient eu la satisfaction d’être témoins d’un processus marqué de transparence, plutôt que d’être amenés par les circonstances que l’on connaît à soupçonner que certains des tenants du site de l’Enfant-Jésus jouaient dès le départ le rôle de juge et partie.

C’est aussi une triste nouvelle pour l’Université Laval et sa Faculté de médecine. Le 9 avril 2013 (soit il y a près de trois ans), leurs autorités avaient été invitées à considérer le site du campus pour la construction du nouvel hôpital de Québec. Il est regrettable, et proprement incompréhensible, qu’au cours de cette longue période elles n’aient pas voulu s’exprimer sur le futur site, du moins publiquement. Un tel silence de la part de personnes bénéficiant a priori de crédibilité demeure pour nous une énigme. Malgré tout le respect que nous leur devons, nous ne pouvons taire notre forte déception quant à une apparente absence de leadership par rapport au choix optimal d’un nouveau site hospitalier.

L’Université Laval avait une occasion extraordinaire de se mettre en valeur en formant et confortant l’assise propre à apporter excellence, succès, respect et notoriété de bon aloi. Ce sont des valeurs que l’on retrouve dans les institutions bien connues comme Harvard, Yale, Johns Hopkins et Michigan, dont chacune a saisi l’importance de réunir sur son campus un hôpital universitaire et une faculté de médecine. Dans un dossier aux retombées évaluables en siècles, Laval vient d’échouer malheureusement au test de capacité à saisir la chance exceptionnelle, voire unique, qui se présentait. En d’autres mots, elle a échappé le ballon… si jamais elle a réellement essayé de le saisir ! Est-il possible que la crainte d’avoir un différend passager avec le Réseau de la santé et des services sociaux ait empêché les autorités universitaires de s’exprimer sur la pertinence du choix effectué pour le site du nouvel hôpital ? C’est à peine pensable.

En plus d’une sensible diminution de coût, il s’agissait du sort de la recherche biomédicale moderne dans la grande région de Québec ; ce n’était pas seulement de la proximité de la Faculté de médecine avec le nouvel hôpital dont il était question, mais aussi, et surtout, des effets de synergie et d’interaction résultant de la présence immédiatement voisine et active d’un vaste et riche milieu scientifique interdisciplinaire déjà engagé en recherche médicale et en sciences de la vie. L’aurait-on oublié ? Espérons que c’était accidentel.

* Ont également signé cette lettre : André-G. Côté, directeur du Département de génie civil (1972-1978) ; Jean-Louis Lavoie, vice-doyen de la Faculté des sciences et de génie (1989-1993) ; et Robert Ledoux, directeur du Département de géologie et génie géologique (1971-1977).

2 commentaires
  • Gaétan Fortin - Inscrit 3 mars 2016 09 h 27

    Montréal a vécu ce débat...

    En effet, l'université et les Outremontois souhaitaient que l'hôpital soit construit
    chez eux. Sans lien direct avec le métro. La solution finalement retenue -
    quoique sans doute plus coûteuse, est accessible en métro - et, oui, même
    en voiture -

    Sans compter que le centre-ville a conservé son hôpital francophone, finalement plus
    accessible que le CUSM anglophone.

    • Sylvain Auclair - Abonné 3 mars 2016 16 h 13

      Et ça, c'est arrivé uniquement après que le gouvernement de M. Charest fut revenu sur la décision déjà prise de construire l'hôpital au 6000, rue Saint-DeDenis, près du métro Rosemont. Lors de la première décision, l'UdM était restée silencieuse.