Mères porteuses: de quels droits parle-t-on?

«Seul l’enfant a des droits, alors que les parents ont des responsabilités, celles de lui fournir tout ce dont il a besoin pour vivre, et le mieux possible», selon Andrée Laberge.
Photo: Phil Sajonesen Getty Images «Seul l’enfant a des droits, alors que les parents ont des responsabilités, celles de lui fournir tout ce dont il a besoin pour vivre, et le mieux possible», selon Andrée Laberge.

La semaine dernière, la position du Conseil du statut de la femme (CSF) sur la question des mères porteuses m’a à la fois attristée, au point de me tirer les larmes des yeux, et révoltée, au point de me donner envie de prendre la parole et de participer au débat public.

Au-delà des points de vue féministes qui mettent (à raison) dans la balance, d’une part le droit des femmes à disposer de leur utérus, d’autre part l’exploitation des mères porteuses et la marchandisation de ce même utérus, il me semble qu’on passe à côté de la vraie question, qui est celle du prétendu « droit à l’enfant ». Car reconnaître la pratique des mères porteuses présuppose la reconnaissance d’un tel droit pour les parents infertiles. Personnellement, je considère qu’avoir un enfant n’est pas un droit, plutôt un privilège, lorsqu’il est désiré, bien sûr. Seul l’enfant a des droits, alors que les parents ont des responsabilités, celles de lui fournir tout ce dont il a besoin pour vivre, et le mieux possible. L’enfant n’est pas un « bien » qu’on commande, qu’on marchande, qu’on acquiert pour combler un besoin de procréation, de continuité, de donner du sens à sa vie. Bien qu’il puisse effectivement combler tous ces besoins légitimes.

Je parle en connaissance de cause, étant moi-même infertile et incapable depuis toujours d’envisager ma vie sans enfant. Pourtant, jamais l’idée de m’en « faire faire un » par une autre femme ne m’a traversé l’esprit, pour la seule raison qu’elle m’a toujours paru éthiquement inacceptable. J’ai plutôt opté pour l’adoption, pour le droit de l’enfant à avoir des parents, et je ne l’ai jamais regretté. Au contraire ! Pourtant, je peux témoigner que, même dans les meilleures conditions, il n’est pas facile pour un enfant d’accepter l’idée que ses parents biologiques, sa mère surtout, aient décidé de l’abandonner, même lorsque des raisons le justifient (incapacités parentales, jeune âge de la mère, pauvreté, violence…). Alors, je me demande comment un couple pourra expliquer à un enfant que sa mère biologique l’a tout simplement « donné », comme un cadeau pour les combler, sans se soucier de lui, comme s’il ne comptait pour rien pour celle qui l’a engendré. Je ne voudrais pas être dans cette situation-là. Il y a toujours, bien sûr, la possibilité de mentir sur les origines de l’enfant (inacceptable de mon point de vue) ou encore de lui raconter cette belle histoire de générosité et de don que les parents se sont inventée pour se convaincre du bien-fondé de leur choix. Mais lui, y croira-t-il ?

Quant à l’argument du CSF voulant qu’il soit préférable de légiférer pour encadrer une pratique qui existe de toute façon, je crois qu’il est non fondé et naïf. Les pays qui ont été tentés par cette approche reviennent d’ailleurs sur leur position et reconnaissent que la légalisation du recours aux mères porteuses non rémunérées encourage le développement d’un « marché noir des utérus » chez les femmes socio-économiquement défavorisées. Car échange d’argent il y a et il y aura, législation ou non. Pourquoi ne pas plutôt prendre position pour la procréation assistée et faire pression sur le Dr Barrette, qui coupe allègrement dans les services aux couples infertiles pour ne rendre cette solution accessible qu’à ceux qui en auront les moyens financiers ? Il me semble que cette solution serait éthiquement plus acceptable et justifiable. Dans ce cas-ci, il s’agit d’intervenir sur un problème de santé, celui de l’infertilité. Poser le problème en termes de « droit à l’enfant » est, à mon sens, un contresens. Une question éthique qui mériterait d’être longuement débattue, plutôt que légale.

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