Langue française: la situation s’est améliorée en Ontario

La première ministre de l’Ontario a présenté au nom du gouvernement de l’Ontario ses excuses à tous les Franco-Ontariens, dont les familles et les communautés ont été touchées par un règlement de 1912 qui rendait illégale l’éducation publique en langue française dans les écoles primaires pendant plus d’une décennie. Ce règlement avait comme principal objectif d’améliorer la qualité de l’éducation de langue anglaise dans les écoles primaires, au détriment des francophones. Ainsi, il était interdit aux écoles primaires d’utiliser le français comme langue de formation ou de communication après la 2e année et limitait à une heure par jour l’enseignement des matières des écoles primaires en langue française.

La conséquence de cette restriction a été la perte de valorisation de la langue française et une crise identitaire auprès des francophones à un point tel que plusieurs se sont assimilés à la majorité anglophone afin d’éviter l’humiliation ou la discrimination. À une époque où être catholique romain et francophone était une misère assurée dans bien des secteurs de la vie ontarienne, les francophones se sont repliés sur eux-mêmes, retranchés dans des villages et des secteurs des villes afin de s’isoler des réalités de la vie courante ontarienne dominée par une élite anglophone attachée à des valeurs très britanniques.

Avec l’énergie, la volonté et le courage de plusieurs militants, les francophones ont su naviguer contre vents et marées afin de se faire reconnaître. Grâce à l’étapisme dans les secteurs de l’éducation, de la justice et du parlementarisme, les francophones ont fait adopter des mesures législatives afin de se voir reconnaître leurs droits fondamentaux. Cette reconnaissance s’est par la suite développée dans les domaines de la santé, des arts et de la culture et des services gouvernementaux.

On ne pourrait reconnaître l’Ontario d’aujourd’hui de cette période sombre pour les francophones. Cette province a su au cours des quarante dernières années faire une place aux francophones au point que, dans plusieurs secteurs de la vie ontarienne, les Franco-Ontariens possèdent les mêmes droits que le groupe majoritaire. Le bilinguisme institutionnel au sein du gouvernement de l’Ontario est omniprésent aujourd’hui, des plaques d’immatriculation aux enseignes électroniques sur les autoroutes en passant par les panneaux d’affichage et la prestation des services gouvernementaux.

Torts encore présents

Les torts causés par cette réglementation sont encore présents, d’où la nécessité de continuer à développer des mesures correctives afin de contrecarrer les effets de l’assimilation. Ce qui est nouveau depuis une trentaine d’années en Ontario est la volonté politique d’assurer une place aux francophones à l’égalité de la majorité anglophone. Certes, il reste dans plusieurs domaines beaucoup à faire, mais il est important de noter comment l’Ontario a changé et n’est plus cette province assimilatrice des francophones et gérée par des valeurs coloniales du passé.

L’immigration, l’ouverture politique et le respect qu’ont acquis les Franco-Ontariens dans leurs combats ont permis que la langue française soit très souvent à égalité de la langue anglaise dans les instances gouvernementales provinciales et d’autres secteurs clés de la vie ontarienne. Demander un service en français au sein du gouvernement provincial n’est plus une honte, mais est devenu un droit.

L’Ontario a changé et n’est plus la province de cent ans passés. Comme le disait la première ministre, la communauté franco-ontarienne a fait preuve d’un remarquable courage et de ténacité dans sa longue lutte pour s’assurer que la langue et l’identité francophones fassent partie intégrale de l’Ontario d’aujourd’hui. Les excuses provinciales doivent être une occasion de corriger le passé en fermant une porte sur cette volonté assimilatrice de l’époque. Il faut en ouvrir une nouvelle avec un pacte social permettant de renverser l’effet des conséquences de cette réglementation scolaire. Les francophones ne peuvent réécrire l’histoire, mais peuvent s’assurer que ce triste épisode ne se reproduise plus. Ultimement, ce pacte social doit comprendre l’enchâssement des droits des francophones dans la Constitution, mesure de protection ultime, mais aussi de reconnaissance de la réalité franco-ontarienne.

L’avenir est à ceux qui luttent, et les francophones sont une force vive de l’Ontario de demain. Leur histoire est aussi celle de tous les Ontariens. Leurs réalisations, leurs luttes et leurs succès sont l’oeuvre de ceux qui ont cru en leur destin pour devenir aujourd’hui des Franco-Ontariens fiers de leur identité, de leur place et leurs réalisations en Ontario. Comme le disent les plaques d’immatriculation ontarienne en langue française, il y a « Tant à découvrir », car l’Ontario a changé afin d’accueillir cette nouvelle réalité franco-ontarienne.

13 commentaires
  • Pierre Grandchamp - Abonné 29 février 2016 06 h 26

    Taux d'assimilation Ontario: 40% en 2006. 42.8% en 2011

    De 5 ans en 5 ans, les données des recensements nous montrent un portrait moins rose!

    Il suffit de se promener un tantinet en Ontario pour se rendre compte de l'utilisation marginale du français, sauf dans certaines régions.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 février 2016 21 h 06

      M. Grandchamp,

      Je suis Franco-Ontarien et pédagogue avec plus de 24 années en enseignement dont 14 dans les écoles françaises et 10 dans les écoles anglaises. L'assimilation n'est pas à 40%, mais bien à 95%. Ces recensements "canadians" ne veulent rien dire. Aujourd'hui, les élèves des écoles anglaises quittent pour les écoles françaises et c'est le même phénomène pour les apprenants soi-disant de langue française pour les écoles anglaises. En fait, on pourrait interchanger les élèves des écoles; ils sont des anglophones fréquentant des écoles d'immersion puisque leur curriculum ne se résume qu'au nombre de minutes accordées pour l'apprentissage de la langue de Gilles Vigneault.

      Personne n'est jamais surpris de voir apparaître des boules à mites nos chers défenseurs fédéralistes de la langue française venus embellir une situation catastrophique d'un génocide linguistique et culturel en Ontario. Ils sont les subventionnés et ceux qui sont payés pour parler français. Vous ne pouvez pas vivre et gagner votre vie en étant unilingue francophone en Ontario. Affirmer le contraire est ridicule. Les supposés francophones qui évoluent dans le milieu de leur choix au niveau professionnel, le font exclusivement en anglais à part des écoles et quelques niches très spécifiques. Est-ce que quelqu'un pourrait me nommer un ingénieur qui travaille exclusivement en français en Ontario ? L'Ontario, c'est le ghetto linguistique multiculturel des francophones puisque toutes les cultures sont égales vis-à-vis la Loi sur le multiculturalisme et la notion de trois peuples fondateurs (Amérindien, Français et Anglais) a depuis longtemps été oubliée par les derniers venus. Merci Papa Doc Trudeau.

      Encore une fois Mme Kathleen Wynne, vous savez ce que vous pouvez faire avec vos excuses sur le règlement 17.

      Cyril Dionne

  • Pierre Grandchamp - Abonné 29 février 2016 07 h 09

    La ville d'Ottawa refuse le statut bilingue

    Quand on songe que la ville d'Ottawa refuse de se considérer comme une ville bilingue, cela en dit long sur la force et la présence du français en Ontario.

    D'ailleurs le bilinguisme est une fiction étrangère au fonctionnement du Canada. Les bilingues, sauf exceptions, sont les Québécois et les Francophones.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 29 février 2016 14 h 53

      Ce refus de statut bilingue à la ville d'Ottawa en dit long sur l'ammour du ROC envers les Québécois et les francophones.

      C'est scandaleux et révoltant.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 29 février 2016 08 h 12

    Le fameux "Pacte" de 1967

    Quand on songe que, quelques 149 ans plus tard, les Franco Ontariens crient encore pour avoir UNE université francophone: UNE! Pendant qu'ici les Anglo Québécois en ont TROIS!

    Le <<Pacte>> créant le Canada de 1867, il faut le noter, prévoyait la protection des droits de la minorité anglo-québécoise mais pas ceux des Francophones hors Québec. Peu de temps après, dans les provinces anglophones, au cours des ans, de nombreuses lois furent adoptées contre le français et particulièrement contre l'enseignement en français.

    C'est ce même "Pacte" qui a imposé de force la constitution ILLÉGITIME de 1982 au Québec! Qui a transformé ce qui devait être une CONfédération en une simple fédération de provinces.

    "Langue française:la situation s'est améliorée en Ontario", écrivez-vous! J'émets des sérieux bémols!

    J'entendais le Franco Ontarien qui a amorcé le débat pour obtenir des excuses du gouvernement. Il disait qu'il ne reste que 2% de Francophones en Ontario et que, dans sa propre famille, certains ne parlent plus français.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 29 février 2016 08 h 57

    "Ultimement, ce pacte social doit comprendre l’enchâssement des droits des francophones dans la Constitution"

    "Ultimement, ce pacte social doit comprendre l’enchâssement des droits des francophones dans la Constitution, mesure de protection ultime, mais aussi de reconnaissance de la réalité franco-ontarienne."

    Il me semble que l'Histoire devrait vous convaincre que c'est un mythe: modifier 1982. De 1982 à Meech no 1(1987) puis Meech no 2(1990), l'Histoire est très claire:IMPOSSIBLE.

    D'autant plus que modifier 1982 par une entente entre gouvernements ne peut plus se faire: en effet, certaines provinces doivent OBLIGATOIREMENT Y ALLER AVEC UN RÉFÉRENDUM. Essayez de convaincre les provinces unilingues anglaises de Saskatchewan et Alberta de votre propostiion!

  • Jean Richard - Abonné 29 février 2016 09 h 47

    Les lunettes roses

    On aimerait bien croire M. Levasseur avec ses propos d'un optimisme débridé, mais l'image qu'on retient de l'Ontario quand on s'y aventure ne correspond pas à cette vision embellie.

    Allez faire un tour à Hawkesbury, une petite ville à 75 % francophone, donc à majorité francophone (à quoi s'ajoute environ 5 % d'anglophones bilingues, ce qui laisse 20 % d'unilingues – unilingue anglophone à Hawkesbury est un pléonasme car il n'y a pas d'unilingues francophones).

    Sur la rue principale de cette ville franco-ontarienne, il n'est pas rare de voir des affiches bilingues aux portes des commerces. Elles sont presque aussi nombreuses que les affiches unilingues (anglophones). Mais la rue principale change de plus en plus de visage. Un immense centre commercial s'est développé en banlieue, le long de la route 17 et qui dit centre commercial dit chaînes à grande surface.

    Or, croyez-vous que les Walmart, Staples, Tim Horton, Independant Store vont faire une place au français en plein Ontario ? Ils le font à peine au Québec. Une rare exception : Canadian Tire y a mis un petit peu de français sur sa façade.

    Si les Franco-Ontariens décrits par M. Levasseur existaient, ils délaisseraient ces grandes surfaces et retourneraient au centre-ville, sur la rue principale. Ce serait une façon de se faire respecter – et de montrer aux passants que des villes francophones, ça existe en Ontario. Or, l'immense stationnement du Walmart est souvent rempli. Bien sûr, malgré l'unilinguisme arrogant du géant américain, il est probable que la plupart des employés puissent vous servir en français, mais ça ne suffit pas.