Quelle honte!

Un jeune Palestinien dans un camp de la bande de Gaza
Photo: Khalil Hamra Associated Press Un jeune Palestinien dans un camp de la bande de Gaza
Lettre ouverte à M. Stéphane Dion, ministre des Affaires étrangères du Canada


Vous avez voté au Parlement en faveur d’une motion qui condamne « toute tentative de la part d’organismes, de groupes ou de particuliers du Canada de promouvoir le mouvement BDS [Boycott, Désinvestissement, Sanctions contre Israël], ici et à l’étranger. »

Je crois que vous avez oublié certains détails de la politique étrangère officielle de votre gouvernement, M. Dion. Permettez-moi de vous rafraîchir la mémoire.

Selon le site Web de votre ministère, « le Canada ne reconnaît pas l’annexion unilatérale israélienne de Jérusalem-Est ».

De plus, toujours selon votre ministère : « Le Canada ne reconnaît pas le contrôle permanent exercé par Israël sur les territoires occupés en 1967 (le plateau du Golan, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza). La quatrième Convention de Genève s’applique dans les territoires occupés […]. Les colonies de peuplement israéliennes dans les territoires occupés sont contraires à la quatrième Convention de Genève. Elles constituent en outre un obstacle sérieux à l’instauration d’une paix globale, juste et durable. »

Fantastique. Mais vous l’avez peut-être oublié : cette situation dure depuis 1967. Et de plus, le processus d’Oslo amorcé en 1993 (depuis 23 ans !), censé mettre fin à l’occupation que vous considérez comme illégale, n’a fait que renforcer le contrôle israélien sur les territoires occupés. Aujourd’hui, on se trouve dans une situation où Israël a exclu les Palestiniens de plus de territoires qu’au début du processus de paix d’Oslo ! Vous le savez, je suppose, et je suis certain que vos fonctionnaires pourraient vous donner moult détails sur la violence quotidienne exercée contre les Palestiniens, et sur les graves violations de droits qu’ils subissent. Donc, les processus diplomatiques officiels n’ont rien donné.

En dépit de cela, vous dites que ce n’est pas bien de faire des pressions pacifiques sur le gouvernement israélien. Pourtant, l’idée de sanctions ne vous est pas étrangère : le Canada a un régime officiel de sanctions contre 22 pays, dont la liste se trouve sur le site Web de votre ministère. Donc, exercer des sanctions pour amener un pays à se conformer aux normes du droit international est un moyen pacifique qui n’est pas tabou pour vous. Mais vous êtes contre ces sanctions pacifiques là.

Puisque vous être contre les pressions pacifiques, il reste donc deux choix. Ou bien vous favorisez la lutte violente contre l’apartheid israélien, ou alors vous favorisez la continuation de l’occupation israélienne des territoires occupés.

Puisque, j’en suis certain, vous ne favorisez pas la résistance violente à l’occupation israélienne, il ne reste qu’une seule possibilité : vous êtes pour la continuation de la colonisation de ce qui reste de la Palestine. Mais vous ne pouvez l’admettre ouvertement : alors vous critiquez l’occupation du bout des lèvres, mais vous refusez que la moindre pression soit exercée sur le gouvernement qui perpétue cette occupation. Votre position est claire et aucune entourloupette langagière ne nous trompera.

Quelle déchéance morale, M. Dion.

26 commentaires
  • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 26 février 2016 00 h 55

    Réplique citoyenne.

    Tous les gens intéressés par la fin de la colonisation israélienne et leur retrait de la Palestine, qui sont contre l'apartheid israélien, devraient se procurer des articles du mouvement BDS et signer une éventuelle pétition.

    Je nous souhaite, pour appuyer les palestiniens, un printemps érable-orange-BDS. Au diable la motion du parlement canadien, et défions ouvertement les Conservateurs et les Libéraux fédéraux sur ce terrain.

  • Denis Paquette - Abonné 26 février 2016 03 h 24

    Quelle honte

    Faut il laisser un peuple en évincer un autre et le reduire a la misère, est ce raisonnable, sous prétexte qu'il a deja été inconduit, faut-il que le tyran de demain soit le persecuté d'aujourd'hui, en fait pour tout vous dire je n'en sais rien, peut etre est-ce la nature profonde de l'humain , mais comment triste est cette situation, si c'est la regle d'or, vous imaginez notre dossier amérindien , que toutes les religions ne nous aient pas conduits a mieux est tout a fait terrible, on peut bien nous dire qu'oeuil pour oeuil soient des valeurs anciennes, quelle honte

  • Richard Lupien - Abonné 26 février 2016 08 h 09

    Pour la libération du peuple palestinien.

    Il semble que l'Honorable Monsieur Stéphane Dion serait un politicien pouvant facilement être influencé. Aussitôt élu, les lobbies israëliens auraient pris d'assault son bureau pour recevoir son appuie afin qie l'occupant illégal des Territoires palestiniens, selon la résolution 242 des Nation-Unies, puisse continuer à réaliser son projet, conforme à la Bible, de parachever le Grand Israël qui irait du Nil à l'Euphrate, cela au mépris de tout un peuple.

    Qui pourra expliquer que le peuple juif qui a tant souffert sous le nazisme, puisse maintennt en faire souffrir un autre à petit feu depus une cinquantaine d'années.

    Richard Lupien

    • Pierre Fortin - Abonné 26 février 2016 12 h 11

      Le rêve de Théodore Herzl d'un État pour les Juifs stipulait clairement que les rabbins et les militaires devaient demeurer dans les synagogues et les casernes et qu'ils ne devaient pas être admis au gouvernement. Or qui gouverne l'état depuis 1948?

      On sait comment son projet a été détourné par les sionistes qui ont fait d'Israël ce qu'il est aujourd'hui et comment toute critique de leur politique expansionniste est étouffée ou ignorée au point de bafouer toute résolution onusienne qui va à l'encontre de leurs plans.

      Leur influence sur les gouvernements étrangers est assez forte pour que le ministre Dion lui-même en vienne à contredire la politique étrangère canadienne.

      Comment s'exerce cette influence étrangère sur les partis politiques canadiens?

  • Gilbert Turp - Abonné 26 février 2016 08 h 15

    Spinoza et la Palestine

    Dans ses commentaires sur les malheurs du peuple juif d'Europe, Spinoza disait que seul un état laïc allait libérer son peuple de la double oppression : celle de l'extérieur (pogrom, ghetto, persécution) et celle de l'intérieur : l'oppression religieuse.

    La Palestine semble vivre une même situation de double oppression : celle d'Israël et celle de l'islamisation qui, je le crains, dénature sa cause.

    Déchéance double.

  • - Inscrit 26 février 2016 08 h 30

    Un texte limpide et « clair »

    Stéphane Dion et de nombreux Canadiens, sont plus prompts è exiger la « clarté » pour le Québec que pour les politiques oiseuses et clairement criminelles (au sens du droit international) de l’État d’Israël.

    C’est un scandale pour les parlementaires canadiens que d’avoir voté cette résolution. Comme le démontre « clairement » M. Antonius, cette résolution s’inscrit non seulement en opposition è la politique « officielle du Canada quant à la question palestinienne, mais elle viole le droit de la société civile à exercer des pressions pacifiques à l’égard des actions condamnables de cet État voyou et de son gouvernement raciste comparable à celui de l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid.

    Boycottons les produits ensanglantés de cet État qui sont les « fruits » de l’exploitation d’un peuple à qui on a enlevé ses terres, ses maisons, sa dignité ! Disons non à Netanyahou et é sa politique violatrice des droits de la personne !