L’exaltation est de quel côté?

Photo: Le Devoir
Lettre au directeur du Devoir Brian Myles,


Les bien-pensants de la rectitude morale ont désormais un autre journal, Le Devoir ! Abonné(e)s depuis plusieurs années, il y a de quoi s’interroger sur l’intérêt de cet abonnement si l’insulte est la seule manière pour vous de saluer l’expression d’un point de vue différent du vôtre. Nous avons lu récemment, lors de votre campagne de financement, bien des témoignages de personnalités qui indiquaient pourquoi elles lisaient Le Devoir. Faudra-t-il inscrire dorénavant comme raison d’avoir un « devoir » moral de stigmatisation de toute personne à partir d’un simple ouï-dire ? Car nous en sommes toujours aux ouï-dire, M. Myles, un témoignage anonyme, rapporté par un journaliste, corroboré par une soeur de la victime et une amie de l’accusé semblant vous suffire comme preuve d’un crime.

Accusé, restez dans votre tombe, vous êtes coupable ! Atteint à un si jeune âge de cette terrible maladie d’Alzheimer, qui vous a conduit au suicide, votre souffrance ne nous touche plus dorénavant. Consolez-vous cependant, votre oeuvre reste fréquentable ! Pour combien de temps ? Ne preniez-vous pas plaisir à y montrer de jeunes adolescents nus, selon Lever ? Je le tiens d’une citation d’un article, je ne lirai pas le livre de Lever, son procédé m’écoeure, lui qui joue maintenant les vierges offensées en rappelant que ce ne sont que « quatre pages » d’un livre en comptant plus de 300 ! A-t-on vraiment envie de lire le reste quand le jugement de l’auteur et de son éditeur n’est pas allé jusqu’à imaginer l’effet d’une telle déclaration dans une société « folle de ses enfants » ? (Suite dans un second commentaire.)

Les tribunaux n’ont plus lieu d’être, Monsieur Myles. D’ailleurs, ces tribunaux, ça coûte cher ! Un juge, un procureur, c’est bien mieux payé qu’un journaliste, n’est-ce pas ? Un procès en bonne et due forme, bien trop long, parfois encombrant ! Quelques sanglots, bien sentis, selon le journaliste, suffisent à donner du crédit à un témoignage. Comment pouvez-vous vous satisfaire de cela pour condamner sans appel une personne, qu’elle soit connue, artiste ou non ? Et d’insulter les personnes qui s’interrogent sur le procédé. C’est effrayant ! Ça donne une idée de ce qui a pu prévaloir au moment de la chasse aux sorcières, qui a envoyé combien d’innocentes personnes au bûcher ? Nous avons pourtant un exemple récent, ici au Québec, d’une condamnation sommaire, sans entendre l’accusé, dans l’affaire Michaud. Et de faux témoignages d’agressions sexuelles, reconnus comme tels par la suite par des accusatrices, même si les dommages ont été dévastateurs pour les accusés. Par ailleurs, il est vrai que le fait de ne pas être cru dans le cas d’agressions est une source supplémentaire de souffrances pour qui a été agressé. Mais la société de droit impose une certaine prudence avant de conclure unilatéralement à la suite d’un seul témoignage, aussi « senti » soit-il.

Loin de nous l’idée de prendre à la légère la pédophilie, apparemment si répandue, de même que les dégâts qu’elle cause chez des humains. Loin de nous aussi l’idée de sous-estimer les souffrances de cet homme, si ses propos sont avérés. Mais il nous faudra d’autres preuves que celles dont nous disposons et qui auraient dû vous inciter à la prudence, Monsieur Myles. Si vos abonné(e)s qui s’interrogent sont des exaltés pleureurs, vous devez être bien triste d’être le directeur d’un journal avec de tels lecteurs et lectrices ! « Libre de penser », votre devise, nous semble-t-il ? Cela inclut-il penser librement ?

Ce texte fait partie de notre section Opinion qui favorise une pluralité des voix et des idées en accueillant autant les analyses et commentaires de ses lecteurs que ceux de penseurs et experts d’ici et d’ailleurs. Envie d’y prendre part? Soumettez votre texte à l’adresse opinion@ledevoir.com. Juste envie d’en lire plus? Abonnez-vous à notre Courrier des idées.

À voir en vidéo