Votre opinion, ça ne compte pas!

L’annonce du ministre Arcand à un club sélect est le symbole d’une «démocratie» qui est le gouvernement du 1 %, administré par le 1 %.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’annonce du ministre Arcand à un club sélect est le symbole d’une «démocratie» qui est le gouvernement du 1 %, administré par le 1 %.

Dans Le Devoir la semaine dernière (14 janvier), nous apprenions que le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, a présenté les grandes orientations de la future politique énergétique du Québec devant un cercle restreint d’invités. Comment se fait-il que cette politique, âprement discutée depuis 2010, ne soit pas présentée à l’ensemble de la population ? Dans une véritable démocratie, cela devrait se faire devant l’Assemblée nationale, pas derrière des portes closes !

Comment se fait-il que tous les citoyens et tous les organismes qui ont présenté des mémoires au BAPE en 2010 (no 273) et en 2015 (no 307), à l’ÉES de 2011 et à celle de 2015, sans oublier la Commission sur les enjeux énergétiques de 2013, n’aient pas été invités ? N’ont-ils pas participé, eux aussi, au débat ? Pourquoi ce deux poids, deux mesures ? Pourtant, sur 200 mémoires présentés au BAPE de 2010, 160 étaient opposés à l’extraction des gaz de schiste. Et les personnes, compagnies et organismes qui ont présenté les 40 mémoires qui y étaient favorables avaient des intérêts financiers à défendre. Cent soixante sur 200, c’est 80 % ; le consensus social est là !

Mais ce résultat n’était pas favorable à l’industrie extractive. D’où la multiplication d’études qui avaient pour but d’épuiser les citoyens et de fabriquer de toutes pièces un « pseudo consensus social ». Dans l’invitation déjà citée, on joue sur les mots : est-ce que ces privilégiésont été informés du détail de la politique sur les hydrocarbures, ou est-ce qu’ils en ont reçu seulement les grandes orientations ? Avec ces informations, pourront-ils tirer profit de ces connaissances « d’initiés » ? Quoi qu’il en soit, ily aura une perception de favoritisme.

On sait que le lobby de l’industrie est très fort et très actif. On peut penser à Dan Gagnier qui a dû démissionner du PLC pendant la campagne électorale parce qu’il avait donné de l’information à TransCanada. Ou à Patrice Ryan. Ce fils d’un ancien chef du PLQ milite à la commission politique de ce parti et est aussi lobbyiste pour TransCanada auprès du gouvernement du Québec ; il va défendre le projet de pipeline Énergie Est. Sommes-nous devant un manque apparent de transparence et d’impartialité ? Même en l’absence de preuves qui sauraient satisfaire le commissaire Renaud Lachance, cela laisse un mauvais goût dans la bouche du citoyen moyen.

La combinaison de la partisanerie politique et du lobbyisme risque d’être néfaste pour la société québécoise. Rappelons que, vers 2004, le projet du Suroît visait la construction d’une centrale thermique alimentée au gaz naturel. Devant le tollé populaire, le gouvernement Charest a dû faire marche arrière. Toutefois, la centrale de TransCanada Énergie a été construite à Bécancour. Comment se fait-il que la planification d’Hydro-Québec ait été déficiente à tel point que cette usine a dû être fermée après 18 mois d’opération parce qu’on n’avait pas besoin de cette énergie ? Et comme cette centrale est un PPP (partenariat public-privé), il faut payer environ 140 millions par année à TransCanada Énergie pour qu’elle ne produise pas d’électricité !

Mais ce n’est pas tout ! Si vous voulez voir le comble du ridicule, visitez le site de Gaz Métro. Le 8 juillet, à Bécancour, cette compagnie a présenté officiellement son projet « de stockage et de regazéification de GNL ». Pour produire de l’électricité pendant une centaine d’heures par année durant les grands froids d’hiver, il faudra débourser 45 millions de dollars. Donc, Hydro-Québec (c’est-à-dire le contribuable) devra verser 140 millions par année à TransCanada Énergie pour qu’elle ne produise pas d’électricité, et 45 millions de plus pour qu’elle en produise pendant une centaine d’heures ! Au bout de 20 ans, ça fait combien de milliards ? Sont-ce les jeux de coulisses qui ont engendré une telle absurdité ?

L’exposition des grandes orientations de la future politique énergétique à un groupe restreint d’industriels rattachés à l’industrie extractive est le symbole que l’opinion de la vaste majorité des citoyens ne compte pas. Tout se décide derrière des portes closes ! L’annonce du ministre Arcand à un club sélect est le symbole d’une « démocratie » qui est le gouvernement du 1 %, administré par le 1 % et pour les seuls intérêts du 1 %. À moins d’être régulièrement un invité au château de Sagard, votre opinion, ça ne compte pas !

18 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 19 janvier 2016 03 h 08

    Des salauds

    Il a vraiment la tête de l'emploie que je nommerai pas ici , le Québec a toujours eu des commis, au service des grands capitaux et la tradition se perpétue , va-il falloir des radicaux pour qu'ils comprennent que nous ne sommes a tondre comme des moutons, ces salauds n'ont même plus la descente de nous informer de ce que nous serons spolier.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 19 janvier 2016 11 h 03

      Comme vous le dites, il va falloir des radicaux.
      Des radicaux sans défense sont des moutons sans laine, nus et vulnérables.
      Ils ont le registre des armes à feu, l'itinéraire de la manifestation, le Code criminel, l'infiltration des manifestants, la collusion et la corruption et la loi des mesures de guerre, sans habeas corpus.
      Qu'est-ce qui nous reste ? Ils peuvent faire ce qu'ils veulent, nous spolier avec leurs lois votées à l'assemblée nationale et peuvent même rire de nous. Ils ont le poivre de cayenne et de nos concitoyens pour nous arroser. Nos concitoyens, qui comme dans le temps des légions romaines, recevront une prime (avec notre argent) que ce soit pour maintenir le gouvernement en place ou pour le renverser.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 19 janvier 2016 14 h 09

      Ainsi donc en 2013, on a eu une grande tournée dans toutes les régions du Québec ,
      il y a eu 450 mémoires présentés et le rapport Lanoue-Mousseau , plus de 300 pages avec de bonnes visions d’avenir dans tous les domaines énergétiques,
      Puis on change de gouvernement et comme si ces travaux sérieux n’étaient que balivernes on s’oriente autrement et cela aurait plus d’importance que la Commission sur les Enjeux énergétiques très démocratique et consensuelle ???
      http://www.politiqueenergetique.gouv.qc.ca/demarch
      On ne peut que souhaiter que la logique et le gros bon sens prendront le dessus sur l’arbitraire découlant du lobbying fossile !

  • Pierre Hélie - Inscrit 19 janvier 2016 06 h 06

    Vous avez tout compris...

    Nous vivons déjà depuis des décennies dans une oligarchie, et ce gouvernement est là pour mettre les derniers clous dans le cerceuil d'une démocratie certes imparfaite mais au moins porteuse d'espoir.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 19 janvier 2016 12 h 29

      Jadis, Hydro présentait annuellement en commission parlementaire son bilan et sa stratégie énergétique devant les parlementaires dont la majorité ne savaient pas pourquoi ils étaient là, ce qu'ils devaient demander ou dire pour bien paraître pour leurs électeurs. Hydro y présentait dans le décorum ses orientations pour 3 ans à venir selon la politique énergétique déterminée par le gouvernement suite à une tournée de consultations et d’informations.
      Il était URGENT de dépolitiser les orientations énergétiques du Québec.
      Ainsi donc en 2013, on a eu une grande tournée dans toutes les régions du Québec ,
      http://www.politiqueenergetique.gouv.qc.ca/demarch
      il y a eu 450 mémoires présentés et le rapport Lanoue-Mousseau , plus de 300 pages avec de bonnes visions d’avenir dans tous les domaines énergétiques,
      Puis on change de gouvernement et comme si ces travaux sérieux n’étaient que balivernes aux yeux de quelques personnes non qualifiées des divers domaines. Donc le PLQ s’oriente autrement , il y a 4 journées de rencontres totalement biaisées avec des gens nommés venus d’ailleurs et cela aurait plus d’importance que la Commission sur les Enjeux énergétiques très démocratique et consensuelle ???
      On ne peut que souhaiter que la logique et le gros bon sens prendront le dessus sur l’arbitraire et l’insensé !
      Amen

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 19 janvier 2016 06 h 53

    Que dire de plus?

    Que cette mentalité de procéder en catimini est du ressort du complot à l'encontre de
    la majorité silencieuse et bonasse."Aux armes citoyens"!!Oui,mais lesquelles?

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 19 janvier 2016 11 h 04

      Aux États-Unis il est dit que: "un homme armé est un citoyen et homme désarmé est un esclave.

    • Benoit Thibault - Abonné 19 janvier 2016 14 h 38

      "aux armes citoyens: !! Oui mais lesquelles?

      À cela je répondrai sans hésitations mobiliser vous dans des groupes environnementaux (Équiterre, La Fondation David Suzuki, ou autre) afin de coordonner les efforts et éviter que comme communauté on soit ficellée.

      En ce regroupant on ce donne des moyens d'avantages convenables pour contrebalancer. L'exemple des Bélugas à Cacouna en est un! Ce sont des groupes comme ceux-la qui ont fait pencher la balance.

      Les francophones sont réputés pour ne s'engager que très peu dans des organismes en comparaison des anglophones. Est-ce parce que note coté latin nous apprend à gueuler mais pour ce qui d'agir alors là.

  • Robert Beauchamp - Abonné 19 janvier 2016 07 h 56

    La démoncratie

    Le tout se déroule sans gêne, sans aucun embarras apparent. Il en est aini dans tous les dossiers majeurs tels: la santé, l'éducation afin de retenir les orientations des privés siégeant en toute discrétion sur les c/a des grandes institutions unversitaires en santé et en éducation, tout comme l'énergie.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 19 janvier 2016 12 h 30

      Cependant, en 2000, dans l'époque du duo de la crise du verglas de 98, A Caillé et L Bouchard ont réussi à soustraire quelques articles majeurs de la loi de l'Énergie, à soustraire les décisions et activités de la division Production de l’examen et de l’autorité de la Régie. Ensuite, on a retiré l’article le plus important ; la Planification Intégrée des Ressources qui fait que malgré les surplus, on construit la Romaine, on construit des petites centrales privées inutile comme Val Jalbert, le canyon de la Ste Anne au lieu de conserver ces sites pour le tourisme, on construit des parcs éoliens à certains endroits privés non souhaitables au lieu d’optimiser l’utilisation des lignes et des postes en priorisant les parcs éoliens sur les terres privées des régions de la Baie James, de Manic-Outardes. Puis, considérant, les émissions de GES, quel est l’avenir du pétrole ou du gaz au Québec à l’horizon 2030 et 2050.
      Ainsi donc en 2013, on a eu une grande tournée dans toutes les régions du Québec ,
      http://www.politiqueenergetique.gouv.qc.ca/demarch

  • François Dugal - Inscrit 19 janvier 2016 08 h 06

    Deux questions

    Monsieur Montpetit,
    1- Faites-vous partie de la "grande famille" libérale?
    2- Avez-vous les moyens d'engager un lobbyiste?

    • J-Paul Thivierge - Abonné 19 janvier 2016 12 h 31

      Puis, considérant, les émissions de GES, quel est l’avenir du pétrole ou du gaz au Québec à l’horizon 2030 et 2050.
      Ainsi donc en 2013, on a eu une grande tournée dans toutes les régions du Québec ,
      http://www.politiqueenergetique.gouv.qc.ca/demarch
      il y a eu 450 mémoires présentés et le rapport Lanoue-Mousseau , plus de 300 pages avec de bonnes visions d’avenir dans tous les domaines énergétiques,
      Puis on change de gouvernement et comme si ces travaux sérieux n’étaient que balivernes aux yeux de quelques personnes non qualifiées des divers domaines.