Paradis fiscaux: passer de la parole aux actes

Lettre à Justin Trudeau, premier ministre du Canada, William Francis Morneau, ministre des Finances et à tous les élus du Parlement fédéral


Le gouvernement libéral est sur le point de tenir une de ses promesses électorales, celle de faire des déficits afin de répondre à de pressants besoins d’investissements dans les infrastructures. Le collectif Échec aux paradis fiscaux salue ce choix, mais tient à rappeler qu’il y a des revenus — beaucoup de revenus — à aller chercher auprès d’entreprises et de riches contribuables qui pratiquent l’évitement fiscal légalisé vers des paradis fiscaux avec qui le Canada a signé des conventions.

Pour l’année 2011, Statistique Canada relève que « 24 % des investissements directs canadiens à l’étranger avaient été effectués dans les 12 plus grands paradis fiscaux ». En octobre 2015, dans le cadre du projet de lutte contre l’érosion de la base d’imposition et le transfert de bénéfices — le projet BEPS (Base Erosion and Profit Shifting) —, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) avançait que les pays membres étaient, chaque année, privés de 240 milliards $US de recettes fiscales. Il s’agit là de revenus considérables qui permettraient au gouvernement canadien soit de limiter le déficit anticipé soit d’investir davantage pour faire face aux enjeux d’un développement économique juste et durable au service des besoins de la population canadienne, comme la lutte urgente contre les changements climatiques.

M. Stéphane Dion, ministre des Affaires étrangères, a déjà signifié la volonté du gouvernement libéral de collaborer avec le G20 et l’OCDE pour régler le problème de l’érosion de la base fiscale des États de droit. Cette volonté doit se traduire par des actions.

D’ores et déjà, le Canada peut agir seul pour colmater certaines brèches dans ses propres lois fiscales. Nous vous renvoyons ici aux recommandations de notre rapport « Des solutions à notre portée », publié en 2014 (disponible au www.echecparadisfiscaux.ca). Par ailleurs, le 23 septembre 2015, dans le cadre de la campagne électorale fédérale, notre collectif a tenu, en collaboration avec le quotidien Le Devoir et la revue Liberté, un débat sur les paradis fiscaux entre des candidats et des candidates des cinq principaux partis politiques. L’une des candidates de votre équipe économique, Marwah Rizqy, professeure adjointe à l’Université de Sherbrooke, spécialisée en droit et en fiscalité, y avançait des solutions pour « dompter la bête ». Les propositions du collectif et celles de Mme Rizqy pourraient servir de base au gouvernement pour élaborer une stratégie crédible de lutte contre l’évitement fiscal.

Le gouvernement libéral, tenant à redresser la réputation du Canada, devra avoir l’audace de donner un solide coup de barre dans le contenu des nombreuses conventions fiscales signées avec des paradis fiscaux. Plus que la réputation du Canada, il en va de la confiance des contribuables dans la légitimité du régime d’imposition canadien, qui se répercute sur les revenus des provinces, non sans impact sur les services que la population s’attend à recevoir.

Le collectif Échec aux paradis fiscaux continuera de suivre de près l’avancement des travaux du gouvernement fédéral dans ce dossier. Nous invitons le gouvernement à donner suite aux recommandations que nous avons élaborées. Bien entendu, nous sommes disposés à rencontrer le ministre des Finances dans les meilleurs délais pour les lui présenter.


* Carolle Dubé, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS); Claude Vaillancourt, ATTAC-Québec; François Vaudreuil, Centrale des syndicats démocratiques (CSD); Louise Chabot, Centrale des syndicats du Québec (CSQ); Daniel Boyer, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ); Antoine Côté, Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ); Régine Laurent, Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ); Lucie Martineau, Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) et Secrétariat intersyndical des services publics (SISP); Élisabeth Gibeau, Union des consommateurs; Alain Deneault, Réseau pour la justice fiscale/Québec
9 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 14 janvier 2016 02 h 39

    Adressez également votre lettre à Québec

    Il faudrait que vous adressiez aussi votre lettre au ministre des finances du Québec. Québec pourrait au moins hausser le ton face aux paradis fiscaux, ce qu'il ne fait pas. Ce sujet est tabou, les gouvernements se renvoyant mutuellement la balle.

  • Bernard Terreault - Abonné 14 janvier 2016 08 h 07

    Bravo, mais

    Il manque quelque chose, toutefois. La liste de signataires est remple de syndicalistes : il faudrait, pour lui donnner une crédibilié économique, des présidents de chambres de commerce, des directeurs de multinationales, des sportifs professionnels multimillionnaires, de brillants économistes comme MM. Coiteux et Leitao, etc.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 14 janvier 2016 13 h 11

      vous avez oublié les plus importants: les Banques. Les Banques sont les organismes qui utlisent le plus les abris fiscaux.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 14 janvier 2016 18 h 04

      M.Terreault,vous etes humoristes ou ironiques en mentionnant les presidents des CC,les multinationales,des riches sportifs et de brillants economistes qui sont ceux qui s en servent le plus souvent comme le tre s imposant Docteur Couillard. J-p.Grise

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 14 janvier 2016 08 h 12

    Toujours proteger les riches

    et taxer les autres.Cest juste et bon. J-P.Grise

  • Denis Paquette - Abonné 14 janvier 2016 08 h 59

    Des maitres au cynisme unique

    Faut-il laisser a une élite de plus en plus restreinte de décider de tout , ne sommes nous pas dans leurs mains que des sortes de locataires, n'ont-ils pas l'habitude de nous dire que sans eux il n'y aurait pas de survie, ne nous percoivent-ils pas comme un énorme troupeau, voir des êtres errants, voila la psychologie de ces gens et je crois qu'ils dominent de plus en plus le monde, la question est maintenant de savoir ont-ils raison ou pas

  • François Dugal - Inscrit 14 janvier 2016 09 h 08

    Réponse au groupe

    "Mettre la hache" dans les plates-bandes exclusives de nos généreux donateurs, non mais, vous n'y pensez pas?