Éducation: déshabiller Jean pour mieux vêtir John

Si les effectifs des institutions universitaires anglophones étaient de 11 % comme au primaire/secondaire, c’est plus d’un milliard de dollars par année qui iraient aux institutions universitaires francophones. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Si les effectifs des institutions universitaires anglophones étaient de 11 % comme au primaire/secondaire, c’est plus d’un milliard de dollars par année qui iraient aux institutions universitaires francophones. 

Depuis le rapport Chambers de 1992 sur le réseau scolaire anglophone, les représentants des groupes de pression anglophones ne cessent d’intervenir dans les médias pour nous expliquer la décroissance de leurs effectifs et la mort imminente de leurs institutions. Dernièrement, le maire de Montréal, Denis Coderre, la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, et Susan Stein, présidente de la Commission scolaire Lester B. Pearson, voulaient une dérogation à la loi 101 pour que les jeunes réfugiés syriens aillent à l’école anglaise, et ce, sans aucune justification valable. Comme disent les Anglais, « The squeaky wheel always get the grease ».

Dans un article du 5 janvier («Les “écoles passerelles” n’ont pas la cote»), Philippe Orfali cite plusieurs représentants de la majorité canadienne-anglaise qui reviennent encore à la charge sur les effectifs des institutions anglophones d’enseignement. Qu’en est-il vraiment ?

Au Québec, il y a 8 % de gens dont la langue maternelle est l’anglais, et 11 % de tous les élèves du primaire et du secondaire étudient dans une institution anglophone (+3 %, donc). Au collégial, 16 % des étudiants fréquentent un cégep anglophone, soit le double du poids démographique des anglophones (8 %). Chez ceux qui font des études préuniversitaires, 23 % le font dans des collèges anglophones, soit près du triple du poids relatif des anglophones (+15 %). À l’université, le quart des étudiants font leurs études supérieures dans une institution anglophone et 29 % de tout le financement va à McGill, Concordia et Bishop (+21 %). Plus le niveau d’éducation est important, plus les effectifs des institutions anglophones sont, de façon relative, beaucoup plus importants que les effectifs des institutions francophones. Cela a un impact direct sur la langue de travail puisque 50 % des francophones et 75 % des allophones qui font leurs études supérieures en anglais vont faire usage de cette langue toute leur vie au travail.

Milliard manquant

Si les effectifs des institutions universitaires anglophones étaient de 11 % comme au primaire/secondaire, c’est plus d’un milliard de dollars par année qui iraient aux institutions universitaires francophones. Avec ce milliard de dollars supplémentaire annuel investi, nous aurions, au bas mot, deux des trois meilleures universités francophones de la planète, ce qui nous permettrait d’avoir un avantage comparatif pour attirer, et surtout garder, beaucoup des 230 millions de cerveaux francophones. Cependant, le Quebec Community Groups Network, qui reçoit 5 millions de dollars par année de Patrimoine Canada, donc de nos poches, ne parle jamais de rétablir l’équilibre dans le financement des institutions d’enseignement supérieur. Ce qui est plus grave, c’est qu’aucun recteur d’université ou directeur de cégep francophones n’en parle non plus. Pire, aucun professeur d’université ou représentant d’association étudiante n’en souffle mot.

Pour qu’une langue soit en santé, elle a besoin de deux choses, soit le poids du nombre et des institutions publiques qui fonctionnent dans cette langue. Malgré le fait que le français soit la sixième langue parmi celles les plus parlées au monde et probablement la deuxième d’ici trente ans, les francophones ne font pas le poids en Amérique. Au Canada anglais, où il y a très peu d’institutions publiques francophones, les taux d’assimilation sont effarants. Au Québec, il faut donc nous prévaloir d’institutions publiques puissantes qui utiliseront et feront vivre le français. Bien que majoritaires, les anglophones l’ont compris depuis longtemps. C’est pourquoi ils financent goulûment les groupes qui combattent la loi 101 et qui font pression pour convaincre les politiciens de prendre les effectifs de Jean pour habiller John.

11 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 11 janvier 2016 03 h 34

    Quelqu'un pour incarner un retrour

    En fait je crois quenous sommes a un retour du balancier c'est a dire dans un période ou tout est a refaire, ca va nous prendre quelqu'un pour incarner ce changement et le repenser, le libéralisme économique ayant eu pour effet de nous atomatiser et de nous isoler chacun a chacun,

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 11 janvier 2016 05 h 41

    Monsieur le ministre ...

    M. François Blais, Monsieur le ministre, qu'allez vous faire pour promouvoir le français et corriger la situation soulignée par M. Éric Bouchard ? et replacer le tout dans ses proportions ?

    • Colette Pagé - Abonnée 11 janvier 2016 10 h 35

      Ne comptons surtout pas sur ce Ministre débonnaire, friand de tableaux ridicules présentés à l'Assemblée nationale, pour défendre la langue et l'éducation. De même gabarit que Jean Garon, ex-ministre de l'Agriculture décédé mais par contre d'une détermination et d'un charisme qui ne lui arrivent pas à la cheville.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 11 janvier 2016 11 h 13

      Ces électeurs votent massivement pour le PLQ depuis des décennies
      alors le retour d'ascenseur va vers leurs institutions d'éducation et de santé au double de la normalité .
      L'appartheid en éducation et en santé existe depuis longtemps et va encore continuer comme c'est parti présentement sous notre actuelle médicalocratie !

  • Jacques Lamarche - Abonné 11 janvier 2016 06 h 25

    Une autre cause de notre perte de poids!

    Tout doucement, car le Québec a le don de faire des révolutions tranquilles, s'intègre au Canada; mine de rien, il change de visage, de langue, de nationalité. Les universités, qui forment l'élite de demain, sont au coeur du processus d'assimilation du Québec dans le grand ensemble canadien et américain. Comment la province en est-elle arrivée là?

    Il serait facile d'en blâmer l'un plus que l'autre! Le PQ n'a pu faire mieux que le PLQ!

    Combien de fois le PQ a-t-il échoué, qu'il s'agisse de souveraineté ou de chartre des valeurs, de la protection de la langue ou de l'école publique, ou encore pour combattre des idées reçues sur notre peur de l'étranger ou notre ¨pauvre¨ niveau de vie, ou pour parler de péréquation et des coûts de notre dépendance à la fédération! Aujourd'hui, le PLQ est en train de démolir ce qui a permis au Québec de sortir de la pauvreté et des inégalités, et pas un mot ne se dit!!

    C'est comme si, à force de s'être fait tant brasser et tabasser, le PQ, qui craint à chaque mot lancé une autre râclée, a laissé au PLQ toute la glace! Le climat est à ce point bouleversé que je crains moi-même de m'afficher chez des invités, de parler de mon identité! C'est dire si les temps ont changé et que la côte sera raide à remonter!

  • Christine Rychlik - Inscrite 11 janvier 2016 07 h 59

    Colonisé un jour, colonisé toujours

    Qui connait ces chiffres, comment se fait'il qu'ils ne font pas la une des journeaux. Je suis outrée, quel est le plan du gouvernement de corriger la situation? Ah, J'oubliais que le gouvernement du West-Island fait parti du problême.

  • François Séguin - Abonné 11 janvier 2016 09 h 01

    Raffermir la loi 101

    Elle devrait s'appliquer au niveau collégial. En outre, les universités anglophones devraient recevoir des subventions étatiques ne dépassant pas le % d'étudiants anglophones véritablement d'origine québécoise, c'est-à-dire nés au Québec - et dans le reste du Canada (clause Canada obligé).

    De plus, la loi 101 devrait faire du français la langue de travail dans toutes les entreprises et tous les commerces, petits, moyens et grands. Après tout, l'anglicisation des nouveaux arrivants se fait souvent dans les PME et le petit commerce.

    Les cours de francisation devraient être obligatoires pour tous les nouveaux Québécois ; ils ont le reste de l'Amérique s'ils veulent vivre en anglais.

    Voilà probablement un programme sur lequel PQ, ADQ et QS pourraient s'entendre.

    François Séguin