Burundi: une force africaine pour contrer le risque d’un génocide

Depuis avril 2015, le Burundi, un pays situé au coeur de l’Afrique des Grands Lacs, traverse une crise politique, qui a causé le départ de plus de 200 000 migrants dans les pays voisins. La crise découle de la décision du président de la République, Pierre Nkurunziza, de briguer un troisième mandat jugé inconstitutionnel par l’opposition. Depuis lors, la situation au Burundi ne cesse de s’aggraver, à tel point qu’on évoque aujourd’hui le risque d’un génocide et la nécessité de le prévenir.

Le Burundi revient de loin. Ce pays a connu 25 ans de dictature, de l’indépendance de 1962 à 1987, et une violente guerre civile avec une importante dimension ethnique. En 1987, un coup d’État est mené par le militaire tutsi Pierre Buyoya. Les premières élections transparentes organisées dans le pays en 1993 sont remportées par le Hutu Melchior Ndadaye. Quatre mois seulement après sa victoire, il est assassiné par des militaires tutsis. Le Hutu Cyprien Ntaryamira le remplace, mais pas pour longtemps, puisqu’il trouve la mort en 1994 dans l’accident d’avion qui a aussi coûté la vie au président rwandais de l’époque, Juvénal Habyarimana. Au Rwanda, l’événement déclenche le génocide contre les Tutsis. Au Burundi, le Tutsi Pierre Buyoya revient au pouvoir en 1996 par un coup d’État contre le président hutu intérimaire, Sylvestre Ntibantunganya. La guerre civile, commencée aussitôt après la mort de Melchior Ndadaye, s’aggrave et oppose le pouvoir militaire tutsi et les groupes armés hutus.

De la transition à la crise actuelle

Après plusieurs années de conflit, l’accord d’Arusha, signé en 2000, réussit le pari de poser les bases de la réconciliation à travers un processus de partage du pouvoir. L’accord conclu sous la médiation de Nelson Mandela entérine surtout la division ethnique, à travers l’alternance au pouvoir entre les Hutus et les Tutsis. D’abord opposé à la réconciliation, le CNDD-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie – Forces de défense nationale) de Pierre Nkurunziza, l’actuel président, signe finalement un accord avec le gouvernement de transition en 2003, puis se joint au partage du pouvoir.

En 2005, une nouvelle Constitution adoptée par référendum met fin à la domination de la minorité tutsie. La même année, Pierre Nkurunziza remporte les élections. Réélu pour la deuxième fois en 2010, il décide de se représenter une troisième fois en 2015. L’opposition rejette sa candidature, en la jugeant inconstitutionnelle et contraire à l’accord d’Arusha, qui stipule que le président « est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois ».

Le parti présidentiel, qui a une autre interprétation de ces dispositions, estime que le premier mandat (2005-2010) a été exercé à titre exceptionnel et ne fait donc pas partie du compte ; ce qui autoriserait le président à se représenter une « seconde fois ». Devant ces contradictions, le président dépose un projet de révision constitutionnelle le 21 mars à l’Assemblée nationale. Le texte est rejeté à une voix près, ce qui constitue un véritable camouflet. Sourd à la contestation et à la pression internationale, le chef de l’État persiste et dépose sa candidature auprès du Conseil constitutionnel, qui la valide. En juillet, il remporte sans surprise le scrutin organisé après plusieurs reports, avec 69 % des voix.

La communauté internationale s’alarme

Plus de 200 000 Burundais se sont réfugiés dans les pays voisins à cause des violences politiques de ces derniers mois. Récemment, la crise a pris un autre tournant avec l’attaque simultanée des deux camps militaires au nord et au sud de la capitale, Bujumbura, par des combattants non expressément identifiés. Le pouvoir en place a violemment réagi, non seulement en repoussant la menace, mais surtout en fouillant et en réprimant dans les quartiers populaires les « ennemis » potentiels. Le bilan est alarmant : plusieurs sources concordantes parlent de centaines de morts, parmi lesquels de nombreux jeunes des quartiers contestataires.

Les dernières exactions observées et la manière dont elles ont été commises, ainsi que les propos aux relents génocidaires tenus par de hauts responsables du pays ont alerté l’opinion internationale sur le risque désormais plausible d’un second génocide sur le sol africain. Ces développements récents ont convaincu l’Union africaine (UA) de la nécessité de passer à l’action. Le 17 décembre, son Conseil de paix et de sécurité (CPS) a voté une résolution pour l’envoi de troupes africaines au Burundi, dans le but de protéger les populations civiles et de prévenir le risque de génocide. Mais le Burundi a opposé une fin de non-recevoir à l’envoi de troupes sur son sol.

L’UA a une autre carte à jouer : faire entériner la résolution par un vote aux deux tiers de ses États membres. Y parviendra-t-elle ? En tout état de cause, il y a ici deux prix à payer. Le premier, et le plus important, est la vie et la dignité des victimes burundaises. Le second, et non des moindres, est la crédibilité de l’Union africaine, qui doit convaincre l’opinion publique que la responsabilité de protéger consacrée dans son statut fondateur n’est pas une simple parure.

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