Mettons fin au double doublage

Juliette Binoche dans une scène du film «In My Country». En France, l’actrice se double elle-même. Pas au Québec.
Photo: Sony Pictures Juliette Binoche dans une scène du film «In My Country». En France, l’actrice se double elle-même. Pas au Québec.

J’ai vu sur grand écran Bridge of Spies dans sa version française faite au Québec (Le pont des espions). Les personnages principaux y sont doublés par des Québécois, à l’exception notable de celui interprété par Tom Hanks, doublé par un acteur français. Il en allait de même pour son précédent film : Sauvons M. Banks (Saving Mr. Banks). Les Québécois seraient-ils tannés d’entendre la voix aisément reconnaissable de Bernard Fortin (La petite vie), qui avait déjà doublé le célèbre acteur dans pas moins de 16 films ? (Il en allait de même pour Iron Man 3, dans lequel seul Robert Downey Jr., l’acteur principal, est doublé par un Français. Les Québécois seraient-ils de même tannés d’entendre la voix de Daniel Picard ?)

Une chose est sûre : le doublage français du dernier Spielberg était bouclé au moment de la réalisation du québécois. Ayant déjà à payer pour le doublage français, les majors états-uniennes acceptent de faire doubler en double leurs films au Québec à la condition que l’État leur consente de généreuses mesures fiscales. Pourquoi payons-nous le prix fort pour un doublage maison superfétatoire, alors qu’il en existe déjà un ailleurs (qui, du reste, est toujours supérieur au nôtre) et que le gouvernement québécois coupe à grande échelle dans la culture pour assurer l’équilibre budgétaire ?

Je ne dis pas, si nous retrouvions un peu du Québec dans les doublages québécois, mais c’est rarement le cas. Matthieu Roy-Décarie, un directeur de plateau de doublage pendant quelques années, a écrit : « Nos acteurs sont de véritables contorsionnistes à qui l’on demande de jouer le rôle d’un acteur français (en fabriquant un accent) qui joue un rôle dans un doublage. De quoi devenir schizophrène. »

Du reste, ne nous le cachons pas, le doublage est une activité méprisée par nombre d’acteurs québécois (le fait de ne pouvoir doubler dans sa propre langue y est sûrement pour quelque chose). De ce fait, nous ne retrouvons pas nécessairement les meilleurs derrière le micro. En outre, ce sont toujours les mêmes qui reviennent. Ainsi, jusqu’à aujourd’hui, Gilbert Lachance a déjà doublé… 391 acteurs ou personnages différents, Daniel Picard 385, Jean-Luc Montminy 302, Hubert Gagnon 297, Jacques Lavallée 295, Benoît Rousseau 294, Hugolin Chevrette 270, Alain Zouvi et Vincent Davy 253, Mario Desmarais 233, François Godin 240, Marc Bellier 235, Patrice Dubois 237, Antoine Durand 217 et Sébastien Dhavernas, avec sa voix de fausset, 216. Imaginez ! Voilà pourquoi nous avons l’impression de toujours entendre les mêmes voix dans les films doublés au Québec. Le cercle fermé des acteurs-doubleurs y est par trop restreint. Un doublage digne de ce nom doit passer inaperçu. Or, si on devine l’acteur québécois derrière l’acteur étranger, le charme est rompu. Le Québec compte 8 millions d’habitants et la France 66 millions ; je n’ai pas besoin de faire un dessin.

Pour une taxe au guichet

Mais le plus choquant est d’entendre des acteurs d’outre-Atlantique francophones doublés par des Québécois. Isabelle Adjani, Juliette Binoche, Leslie Caron, Vincent Cassel, Laetitia Casta, Gérard Darmon, Julie Delpy, Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Jean Dujardin, Mathieu Kassovitz, Michel Piccoli, Charlotte Rampling, Jean Reno ont notamment subi un tel sort. Pourtant, ils se doublent eux-mêmes dans l’Hexagone. Ce qui a encore fait écrire à Matthieu Roy-Décarie : « On ne double pas Juliette Binoche par quelqu’un d’autre ! Ça ne se fait pas, point à la ligne ! Et on ne double pas un film qui se passe dans un petit village français par des acteurs vaguement québécois. » Les maisons de doublage d’ici n’ont aucun respect pour les cinéphiles québécois, elles les prennent pour des idiots.

Il fut un temps où les films produits par les grands studios devaient être doublés plus rapidement pour être présentés au Québec. Mais, depuis quelques années, les doublages français sortent presque tous en même temps que les nôtres. Pourquoi alors s’en priver ? Certains douteraient-ils de la qualité du doublage français ? Ai-je entendu quiconque critiquer le doublage de films comme Lincoln, L’hôtel Grand Budapest, L’homme irrationnel ou de téléséries telles Mad Men, Homeland, Borgen, une femme au pouvoir ? Non, parce qu’il est fait de main de maître.

Concrètement, cessons d’aider financièrement les grands studios à doubler au Québec et contentons-nous des doublages français. En contrepartie, comme les majors n’auraient plus à dépenser pour des doublages supplémentaires, prélevons une taxe spéciale au guichet sur les films doublés, une taxe qui irait à notre industrie du cinéma, comme en Corée du Sud. Ainsi, nous ferions plus de films, nos comédiens auraient plus de travail et ils cotiseraient davantage à l’Union des artistes, qui trouverait son compte et mettrait fin à ses campagnes déplorables en faveur du doublage québécois. L’art cinématographique québécois serait de la sorte le grand gagnant.

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58 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 16 décembre 2015 09 h 36

    Pourquoi pas des sous-titres ?

    La plupart des films doublés ont été tournés en anglais. Alors que tout le monde s'entend pour favoriser le bilinguisme des Québécois. Et que l'écoute de films en anglais contribue à l'apprentissage de cette langue.

    Beaucoup de Québécois choisissent de voir les films dans leur langue d'origine anglaise. Donc il serait préférable que la taxe que propose M. Le Blanc s'applique à tous les fims. Ainsi le taux de cette taxe pourrait être plus faible et les revenus plus élevés.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 décembre 2015 18 h 32

      La taxe pourrait s'appliquer sur tous les films, sauf les québécois, afin de donner un coup de pouce à notre cinéma national.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 décembre 2015 19 h 20

      M. Beaulé, je vous donne à lire cette lettre publiée en 1988 :

      « Bilinguisme et cinéma

      Dans son article du 19 mai [1988] sur «La loi du cinéma», Lysiane Gagnon dit justement que c'est le bilinguisme institutionnel qui est le vrai danger pour le Québec. Mais, Madame, le cinéma et la télévision ne sont-ils pas des institutions, et parmi les plus puissantes qui soient aujourd'hui? Qu'en pensez-vous?

      Qu'il soit difficile et délicat d'intervenir dans ces deux réseaux ne doit tout de même pas nous faire oublier leur nature sociale et institutionnelle. Ces appareils culturels, on l'a dit souvent, sont des écoles d'un nouveau genre, à certains égards bien plus efficaces que l'école traditionnelle. Il est évident qu'ils aident puissamment à la diffusion et à la promotion de l'anglais au Québec. Le projet de loi de Mme Bacon était un pas bien timide pour renforcer le français dans ce secteur si important. Je l'appuie sans réserve.

      Peut-on vouloir en même temps, au nom de la démocratie, une école française et un système culturel bilingue? Madame, il me semble que vous faites de nécessité vertu.

      «Le Devoir» du 18 mai nous apprenait que le film «Le Dernier Empereur» n'est pas encore sorti en Chine parce que le doublage en langue chinoise n'est pas encore terminé. Il n'est pas question dans ce pays de mettre l'institution culturelle au service d'une langue étrangère. Pourtant la Chine appuie le bilinguisme individuel, enseigne les langues étrangères et l'anglais en tout premier lieu, bien mieux que nous probablement. »

      (Lettre d’A. Grenier parue dans «La Presse», Tribune libre, le mercredi 1er juin 1988, p. B2.)

    • François Beaulé - Abonné 17 décembre 2015 09 h 22

      Traduire un film, une série de télévision, une pièce de théâtre ou même un roman n'en fait pas des oeuvres françaises, québécoises ou belges.

      La traduction des films et des émissions de télé américains ne réduit pas l'américanisation de notre culture. Un film américain traduit en français exprime les mêmes idées, les mêmes émotions, le même mode de vie, les mêmes attitudes des personnages (quand la traduction est bien réalisée !) que dans sa version originale en anglais américain.

      Le dynamisme de notre culture québécoise et française ne peut être soutenu que par des productions de France, d'ici et d'autres pays francophones.

      Il m'arrive de plus en plus souvent d'entendre des Québécois qui expriment en français à peu près la même chose qu'un Américain en anglais. L'usage qu'ils font de la langue française exprime alors leur assimilation.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 17 décembre 2015 14 h 18

      M. Beaulé, ci-contre une lettre pouvant vous intéresser sur les sous-titres.


      Le sous-titrage nuit à l'image

      Je me décide à vous écrire, à propos des articles des chroniqueurs de télévision, dans Le Monde comme dans le supplément «TV & Radio», sur la question du doublage des films étrangers.

      Je relève en particulier le propos sans nuance de l'article concernant le téléfilm britannique de Christopher Menaul, Nouveau départ (Belonging), diffusé mardi 6 juin («Le Monde TV & Radio» daté 4-5 juin), qui s'indigne que le téléfilm soit «scandaleusement proposé en version doublée par Arte».

      Ce parti pris fait bon marché de l'opinion de nombreux téléspectateurs qui estiment au contraire que le service public doit faire l'effort du doublage des films, sur le modèle d'une tradition au théâtre: joue-t-on Shakespeare en anglais à la Comédie-Française?

      Ce point de vue est aussi arbitraire, car il écarte un argument favorable au film doublé, et plus spécifique: le film doublé évite la pollution de l'image par les sous-titres, dont la lecture automatique se fait au détriment de l'attention portée à l'image proprement dite, à son style, et aux différentes qualités qu'elle porte (interprétation, mise en scène, contrôle de l'éclairage, traitement de la couleur, etc.). Je m'étonne que cette altération profonde causée par le sous-titrage ne soit jamais prise en compte dans le débat version originale contre version doublée.

      Quant à qualifier ce choix d'Arte d'un péremptoire «scandaleux (sement)», j'estime que ce jugement méprise à l'avance les points de vue opposés, et que, sous cette forme, il n'a en aucun cas sa place dans Le Monde.

      (Lettre de Gérard Monnier parue dans Le Monde, Supplément Télévision, Radio-Courrier, Courrier des lecteurs, le lundi 19 juin 2006, p. TEL 35.)

  • Louis Desjardins - Abonné 16 décembre 2015 16 h 56

    Tout à fait d’accord!

    Tous ces acteurs Français doublés par une autre voix que la leur, quel choc. Sur le plan artistique, c’est inqualifiable! La voix, c’est au moins la moitié de l’acteur! Je suis tout à fait d’accord avec vous, M. Le Blanc. Et que dire de cet accent « fabriqué »? Cela fait des années que ça dure. Votre texte est une bouffée d’air frais (et vos statistiques donnent la pleine mesure du problème sur le plan quantitatif). Ne reste plus qu’à espérer que le message passe et que cesse enfin ce cirque.

    • Robert Beauchamp - Abonné 16 décembre 2015 21 h 49

      Je vous endosse entièrement. Que cesse ce cirque. En effet du respect pour nos oreilles s.v.p. Accent fabriqué, expressions souvent anglicisées, prononciations bilingues qui nous pètent les tympans, allant jusqu'`utiliser des mots anglais courants introduits dans la langue populaire pour se conformer aux formes des lèvres stimulant ainsi l'usage de ces mots dans notre français déjà suffisamment approximatif. Le doublge franco-français est un antidote au régionalisme nasal.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 17 décembre 2015 12 h 31

      M. Beauchamp, un texte qui pourrait vous intéresser:

      Je ne partage aucunement l'indignation que suscite chez N. Petrowski le conflit entre Québécois et Français sur la question du doublage de films. Moi, ce qui m'indigne plutôt, c'est la médiocrité du produit québécois dans ce domaine. Chaque fois que je tombe sur un film doublé au Québec, j'enrage en entendant les nombreuses maladresses de traduction et fautes de français, la diction laborieuse (on est à mon avis bien loin du «français impeccable» dont parle un lecteur de La Presse), les intonations chantantes ou qui manquent de naturel ou de force. Souvent, mon intérêt pour le film se perd, quelle que soit sa qualité par ailleurs, car je ne parviens plus à croire à des personnages qui sonnent faux et s'expriment dans un français qui sent la traduction. Tout doublage comporte certes, par sa nature même, une part de fausseté. Il demeure néanmoins que, comme la traduction, le doublage est un art, art que les Français, il faut le reconnaître, possèdent à un degré que nous sommes loin d'avoir atteint. Je trouve que lorsqu'on place la question du doublage sur un strict plan politique et économique, on passe à côté de l'essentiel. D'une part, les raisons culturelles invoquées par les Français pour refuser les doublages faits au Québec (accent, français régional, etc.) sont à mon avis fondamentales, et on ne doit pas les écarter sommairement, comme le fait S. Turgeon, en présumant qu'elles sont dictées par la mauvaise foi. D'autre part, le fait que la loi Bacon ait provoqué un petit boum économique chez les acteurs ne prouve malheureusement pas qu'elle soit bonne ; en l'occurrence, il s'agit d'un boum artificiel, fondé non pas sur une production de qualité, mais sur la création d'une clientèle captive. C'est pourquoi je me réjouis, même si nos acteurs risquent d'en souffrir, que les doublages faits en France reprennent une part importante du marché. (Lettre de Jacques Lagacé parue dans La Presse, le 9 mars 1997, p. B3.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 17 décembre 2015 14 h 01

      M. Desjardins, des textes pouvant vous intéresser :

      Bruce le tout-puissant:
      Petit coup de gueule personnel au responsable du doublage [québécois]. Pourquoi Nolan fait-il un reportage sur des pâtissiers mitonnant le plus gros cookie? Vous n'avez pas trouvé le mot biscuit dans le dictionnaire? (Extrait d’un article de Steve Bergeron paru dans La Tribune, le 31 mai 2003, p. G4.)

      Garfield – Le Film:
      La décision de traduire Garfield en québécois n'est pas idiote. Un français standard, qui aurait été gagnant sur le plan crédibilité, n'aurait fait qu'ajouter au ronron mortel que génère l'ensemble. La méthode Slap Shot, jurons en moins, appliquée au félin créé par Jim Davis n'est qu'une tentative de donner une saveur (locale) à un film qui n'en a aucune. Ou si peu. De là à dire que le parler cru de Patrick Huard ajoute une épaisseur supplémentaire à Garfield serait beaucoup. En fait, trop souvent, la langue du Garfield québécois agace plus qu'elle n'amuse, tant elle est décalée de l'univers de Davis. Encore que pour Garfield, et les autres animaux parlants, ça puisse passer, mais pour les personnages vivants, moins. C'est un peu comme si on était devant une parodie avant d'avoir vu l'original. Pas sûr que ce soit le début d'un temps nouveau pour le doublage local. (Extrait d’un article anonyme paru dans Le Soleil, le 19 juin 2004, p. G8.)


      Un été avec les fantômes:
      Le récit est bien appuyé par des effets spéciaux convaincants, par contre il est desservi par de grandes faiblesses dans l'interprétation. C'est en grande partie à cause du doublage. Le film a été tourné en anglais avec des acteurs autrichiens et québécois. Ceux du Québec se sont doublés en français avec plus ou moins de succès, comme s'ils cherchaient le bon accent. Dans le cas de Sarah-Jeanne Labrosse, c'est particulièrement agaçant au début du film à cause du manque de naturel. Ses répliques ont parfois l'air récitées. (Extrait d’un article de Valérie Lesage paru dans Le Soleil, le 9 octobre 2004,

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 décembre 2015 17 h 59

    Complément (1)

    Chaque fois que je tombe sur un film doublé au Québec, j'enrage en entendant les nombreuses maladresses de traduction et fautes de français, la diction laborieuse (on est à mon avis bien loin du «français impeccable» dont parle un lecteur de La Presse dans une récente lettre), les intonations chantantes ou qui manquent de naturel ou de force. Souvent, mon intérêt pour le film se perd, quelle que soit sa qualité par ailleurs, car je ne parviens plus à croire à des personnages qui sonnent faux et s'expriment dans un français qui sent la traduction. (Extrait d’une lettre de Jacques Lagacé parue dans La Presse, Répliques, le dimanche 9 mars 1997, p. B3.)

    Pourquoi faut-il que nos doubleurs accentuent exagérément et jusqu'à la caricature la prononciation des noms anglais? Pour montrer à leurs collègues français qu'ils peuvent, eux, s'exprimer couramment dans la langue de Shakespeare? Le fait est que le résultat est épouvantable. Le naturel, rien que le naturel, y a que ça... (Extrait d’un article de Carol Néron paru dans Progrès-dimanche, Arts et société, le dimanche 8 août 1999, p. B12.)

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 décembre 2015 18 h 02

    Complément (2)

    Lorsque j’étais directeur de plateau, on avait toutes les misères du monde à trouver des gens de diverses minorités capables de jouer avec des accents légers et authentiques. Chaque fois que nous devions adapter des films qui mettaient en scène des personnages italiens, russes, jamaïcains, arabes ou autres, qui avaient gardé leurs saveurs d’origine, on devait opter: soit pour neutraliser les accents (ce qui parfois enlevait tout leur sens à certaines scènes), soit pour demander à des acteurs franco-québécois de faire des compositions d’accents, ce qui donnait des résultats variables dépendant du temps qu’on avait pour travailler et aussi de l’habileté de chacun. Quand on tombait sans le vouloir dans la caricature, ce n’était pas très joli. En France, pays qui se définit pourtant comme unitaire, d’inspiration jacobine, on retrouve plusieurs comédiens de diverses origines européennes, africaines et asiatiques (et je parle par expérience pour avoir travaillé en coproduction avec Paris), qui ont conservé une bonne part de leur accent d’origine. Ici, je sais que la situation s’est légèrement améliorée depuis que je ne fais plus de doublage, mais on est quand même encore bien loin du compte. (…) Et doubler dans notre propre langue ne serait pas plus facile au début, comme en témoigne les récents grincements de dents entourant la série «Ally McBeal». Je prétends d’ailleurs que ce n’est pas tant le choix de la langue qui faisait problème, mais plutôt le fait que ni les adaptateurs, ni les comédiens d’ici ne sont habitués à doubler dans la langue... d’ici. Paradoxal, non? Dès qu’un acteur québécois approche d’un micro de doublage, il se met instinctivement la bouche en cul de poule, tant il est déformé par des années de petits reproches: «Attention à ton accent, mon coco.» Que c’est insultant! (Extrait d’une lettre de Matthieu Roy-Décarie soumise à La Presse le mardi 26 juin 2001 pour publication, et dont il m’a gracieusement remis copie.)

    • Pierre Lavallée - Inscrit 16 décembre 2015 21 h 14

      Si vous avez écouté la série "Titanic de feu et de sang" vous allez comprendre la remarque de M. Leblanc. Un des personnages de la série était italien. Mais lorsqu'on a réalisé la post-synchro de la version québécoise, l'accent choisi ressemblait davantage à un accent russe avec de long roulement de "Rrrrr". Une véritable farce... pour une série supposément dramatique.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 17 décembre 2015 12 h 37

      M. Lavallée, des extraits d'articles pouvant vous intéresser :


      La Fin des temps [End of Days] ou la fin d'Arnold?

      Un Gabriel Byrne cabotin, sous les traits d'un Satan pas tellement convaincant, plutôt porté sur le sexe et pyromane de surcroît. Un Arnold Schwarzenegger qui joue au flic suicidaire et que la postsynchronisation québécoise a affublé d'une grosse, grosse voix (probablement celle, agaçante au possible, d'Yves Corbeil). Le doublage québécois tape sur les nerfs et est, par définition, exécrable... À faire damner un saint! (Extrait d’un article de Carol Néron paru dans Progrès-dimanche, Arts et société, le dimanche 23 avril 2000, p. B12.)


      Le plaisir d'un bon vieux film de guerre : U-571

      Harvey Keitel gaspille quasiment son immense talent dans un rôle sans envergure. Il donne vraiment l'impression de l'avoir accepté pour s'amuser. Vrai qu'il est bien mal servi par une version française très ordinaire réalisée au Québec. Qu'on me permette de vous dire que j'en ai plus que ma claque d'entendre tous les acteurs américains parler avec les mêmes voix francophones issues du minuscule bassin de nos comédiens qui font de la postsynchronisation. Qu'on en forme d'autres, et vite! (Extrait d’un article de François Houde paru dans Le Nouvelliste, Plus magazine, le samedi 29 avril 2000, p. P5.)


      Doublage raté. Mambo Italiano : une bonne recette au goût douteux

      Le film, qui a été tourné en anglais, a été doublé d'une manière épouvantable en langue populaire québécoise. Il est très difficile d'embarquer dans une histoire lorsque les mots prononcés et le mouvement des lèvres des acteurs ne sont pas synchronisés. Bref, le problème de Mambo Italiano, c'est de sonner faux, malgré quelques bonnes réparties et blagues amusantes. Et pourtant, ce n'est pas faute de moyens ou d'acteurs d'expérience. (Extrait d’un article d’Isabelle Labrie paru dans Le Quotidien, Arts et spectacles, le samedi 7 juin 2003, p. 34.)

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 décembre 2015 18 h 06

    Complément (3)

    «Mambo Italiano» : Le film a été tourné en anglais. Petit bémol: l'accent italien a disparu au doublage [québécois], privant ainsi le public francophone d'entendre Maria et Gino se plaindre que leur fiston est un «homossessoual». Même que Gino a la voix de Homer Simpson. (Extrait d’un article de Steve Bergeron paru dans La Tribune, le samedi 31 mai 2003, p. G5.)

    «Mambo Italiano» : Rien de tel qu'un mauvais doublage pour miner le plaisir d'un film. Or, le doublage de «Mambo Italiano» agace souvent. Le distributeur a insisté sur le soin apporté à la délicate opération. Les acteurs québécois, il est vrai, prêtent leurs propres voix à leurs personnages dans la version française de cette comédie tournée en anglais. Mais le mariage d'accent italien et de joual n'est pas toujours heureux. Quand le producteur télé italien ouvre la bouche, on se croirait dans «Slap Shot»! Quelle idée aussi d'avoir confié le doublage de l'Américain Paul Sorvino à Hubert Gagnon, dont la voix est indissociable du papa des «Simpson». Un clin d'œil? L'une des performances les plus comiques de l'ensemble s'en trouve diminuée. Dommage. Curieux d'écrire ça pour un film québécois, mais si possible, allez-y pour la version originale anglaise. (Extrait d’un article de Gilles Carignan paru dans Le Soleil, le samedi 7 juin 2003, p. G3.)

    «Un été avec les fantômes»: Le récit est bien appuyé par des effets spéciaux convaincants, par contre il est desservi par de grandes faiblesses dans l'interprétation. C'est en grande partie à cause du doublage. Le film a été tourné en anglais avec des acteurs autrichiens et québécois. Ceux du Québec se sont doublés en français avec plus ou moins de succès, comme s'ils cherchaient le bon accent. Dans le cas de Sarah-Jeanne Labrosse, c'est particulièrement agaçant au début du film à cause du manque de naturel. (Extrait d’un article de Valérie Lesage paru dans Le Soleil, le samedi 9 octobre 2004, p. G5.)