Une vérité qui dérange

Oui monsieur, il y a au Québec une vérité qui nous dérange. C’est le discours trompeur de notre premier ministre. En conférence de presse en début de semaine, vous avez souligné le beau geste du Québec concernant l’aide de 25 millions de dollars aux pays pauvres francophones pour combattre les changements climatiques. Mais, lors de la période de questions, des journalistes vous ont demandé ce qu’il pensait de l’exploration du pétrole sur l’île d’Anticosti. Vous avez choisi de répondre : « Anticosti, moi, je n’ai rien à voir avec ça. C’est le PQ qui a amorcé cette démarche. » C’est vrai. Cependant, monsieur Couillard, il ne sert à rien de se draper dans la victimisation en rejetant sa responsabilité afin de camoufler ses véritables orientations. Vous et vos ministres, vous vous êtes déclarés en faveur de l’exploitation du pétrole sur Anticosti.

Un article de l’agence QMI nous rappelait le 14 février 2014 que « Philippe Couillard et François Legault ont tous deux appuyé […] la décision du Québec de donner le feu vert à l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti ». Vous avez émis des réserves quant au financement qui devrait être privé plutôt que public. Pierre Arcand (Le Devoir, le 2 avril 2014), ancien ministre libéral de l’Environnement, a renchéri : « Ce sont les entreprises privées qui doivent prendre le risque financier, et non l’État. »

Avec votre politique d’austérité, nous savons de quel côté vous logez. D’ailleurs, monsieur Jacques Daoust, porte-parole libéral en finance pendant la campagne, a souligné « que les ententes déjà conclues par le gouvernement Marois seront respectées, mais ça ne veut pas dire qu’on va continuer dans cette direction ». Soyez honnête : vous n’avez jamais abandonné cette direction. Le 3 mai 2014, vous avez dit oui au forage, mais sans BAPE pour Anticosti. Alors des questions s’imposent, questions auxquelles vous devriez répondre, monsieur Couillard : Pourquoi votre gouvernement refuse-t-il toujours de mandater le BAPE afin qu’il évalue les impacts sociaux, économiques et environnementaux de l’exploitation pétrolière sur Anticosti ?

Du reste, pourquoi votre gouvernement soutient-il le projet Énergie Est, lequel, d’ici 2050, aura des émissions de CO2 équivalant à 64 fois les émissions du Québec de 2011 ou à 1 milliard 300 millions de voitures sur un an, soit 30 % de plus que l’actuel parc mondial d’autos ? Pour l’ensemble des projets canadiens, ce sera l’équivalent de 25 fois les émissions canadiennes de 2011. Rappelez-vous le sondage de SOM du 26 novembre 2015, qui indiquait que 60 % des Québécois rejettent le projet Énergie Est.

Pourquoi votre gouvernement a-t-il exclu une réouverture et une renégociation de l’entente des 115 millions et des responsabilités qui en découlent sachant que les explorations actuelles démontrent que le sous-sol d’Anticosti renferme 78 % de gaz et 22 % de pétrole, et ce, sans savoir le volume réellement exploitable ? Le PQ l’a déjà fait dans deux circonstances, soit celle pour le gaz de schiste, et ce, malgré les ententes du gouvernement Charest avec les gazières et les pétrolières, on a appelé cette période moratoire de facto, ainsi que celle de l’entente du gouvernement Charest et de la mine Stornoway concernant le prolongement de la route 167. Pourquoi votre gouvernement a-t-il choisi un processus de consultation sur l’ensemble des hydrocarbures, lequel a été fermement dénoncé par l’ensemble des groupes de citoyens, des groupes environnementaux et par le collectif scientifique ?

Soyez sérieux, monsieur Couillard, nous savons tous que le pari de la franchise s’avère pour vous difficile et qu’il vous est plus facile d’utiliser des mots et des gestes qui n’ont de portée que pour votre image médiatique. Ce n’est pas ce à quoi on s’attend d’un premier ministre. Si monsieur Gore avait su, il ne s’en serait tenu qu’à des remerciements face à l’effort du peuple du Québec pour la protection de notre coin de planète.

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