Sauvons le Centre Lucie-Bruneau

Il serait injuste et injustifiable que la population de l’est de l’île de Montréal se retrouve sans centre de réadaptation alors que celle de l’ouest de l’Île en aurait deux.
Photo: Getty Images Il serait injuste et injustifiable que la population de l’est de l’île de Montréal se retrouve sans centre de réadaptation alors que celle de l’ouest de l’Île en aurait deux.

Fleuron institutionnel de l’est de Montréal au service des personnes handicapées, le Centre de réadaptation Lucie-Bruneau (CRLB) est menacé d’une quasi-fermeture dans un proche avenir. La réorganisation et les restrictions budgétaires du réseau de la santé pourraient ainsi frapper durement les plus vulnérables des citoyens en réduisant leur accès aux services.

En effet, le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal projette de déménager presque tous les programmes de réadaptation du Centre de réadaptation Lucie-Bruneau de l’avenue Laurier près d’Iberville à l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay de Montréal (IRGLM) du quartier Côte-des-Neiges. Pour le moment, les seuls programmes qui pourraient y demeurer sont les aides techniques à la mobilité et à la posture, et la réadaptation au travail.

Le projet prévoit également la fermeture de l’internat de la Maison Lucie-Bruneau, même si des millions y ont été investis depuis 2010 pour moderniser les lieux et lui permettre de desservir encore mieux ses usagers. Enfin, le CIUSSS déménagerait, dans les installations du CRLB, l’Institut Raymond-Dewar, qui est un centre de réadaptation spécialisé en surdité et communication. Ce projet est inacceptable pour plusieurs raisons : il va tout d’abord carrément à l’encontre du besoin essentiel de proximité des services, qui est une composante de l’accès à ces mêmes services. Il obligera la population handicapée de l’est de Montréal à aller dorénavant beaucoup plus loin dans l’ouest de l’Île pour recevoir les services qu’elle recevait jusqu’à présent au CRLB. On a tout simplement oublié, par exemple, qu’un très long trajet en minibus du transport adapté, accentué au jumelage de passagers, est éprouvant pour les usagers compte tenu de leur « fatigabilité » et de leur fragilité.

Le projet risque aussi d’occasionner une perte d’expertise extrêmement dommageable en matière de réadaptation. De nombreux professionnels et médecins, qui habitent dans les quartiers environnants du CRLB, pourraient refuser le transfert et dénicher un emploi dans le réseau le plus près de leur domicile.

Fondé dans les années 1920, le CRLB a constamment été une organisation d’avant-garde qui s’est démarquée par l’excellence des services spécialisés et surspécialisés en réadaptation en déficience physique motrice ou neurologique. Il continue d’être un acteur incontournable de la participation sociale des personnes lourdement handicapées. Au fil du temps, son approche humaniste, ses innovations et son expertise à la fine pointe des connaissances l’ont rendu indispensable.

Loin d’être un établissement dysfonctionnel, le CRLB est au contraire performant à tous égards. Ses usagers sont très satisfaits des services reçus, et son personnel compétent est heureux d’y travailler. Sa situation financière est enviable, étant sans déficit depuis dix ans et ayant même un surplus accumulé. Son conseil d’administration a toujours été soucieux de réduire les coûts administratifs et d’améliorer le continuum de services, mais il n’a jamais songé à mettre la clef dans la porte.

Enfin, il serait injuste et injustifiable que la population de l’est de l’île de Montréal se retrouve sans centre de réadaptation alors que celle de l’ouest de l’Île en aurait deux, soit l’lRGLM et le Centre de réadaptation Constance-Lethbridge, ce dernier étant l’équivalent du CRLB pour l’ouest de l’Île. Cela serait d’autant plus aberrant que la grande majorité des personnes handicapées vivent à l’est de la rue Saint-Laurent.

Le CRLB est une institution moderne et dynamique qui rayonne depuis des décennies dans le monde de la réadaptation. Les personnes handicapées et leurs organismes communautaires y sont très attachés. Le démantèlement de cet établissement de santé jouissant d’une grande réputation serait incompréhensible et déraisonnable. Voilà pourquoi nous demandons l’abandon immédiat de ce projet.

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1 commentaire
  • Yves Côté - Abonné 11 novembre 2015 04 h 30

    Une Nouvelle-Carthage

    Pour assurer sa domination sur les peuples de la Méditérannée, l'Empire Romain eut une obcession : détruire Carthage.
    Il me semble en être durablement de même du Canada à propos du Québec.
    S'en prendre aux plus démunis, aux enfants d'âge scolaire et aux services d'aide aux familles, s'attaquer aux parents de ceux-ci, aux étudiants, collégiaux et universitaires, aux travailleurs de la culture et à ces artistes qui ont la particularité utile de ne pas être internationaux, favorisant que les autres jouissent comme personne de leurs propres succès, cela montrant bien que la préoccupation canadienne officielle repose sur la question de l'image du Canada à l'étranger, valoriser les plus riches pour traiter les autres comme des profiteurs, alors que ce sont eux qui fondent la prospérité des premiers, jouer la seule normalité partout comme étant celle de l'anglais pour tous, passer à l'assaut du Québec pour imposer le passage d'un pipeline dont personne ne veut et qui enrichiera encore plus ces mêmes personnes et sociétés qui investissent leur idée qu'il faut dominer les Québécois pour régler les problèmes.
    Et bientôt, asséner le coup de grâce à ce petit peuple ingénieux et francophone du Québec en réussissant à lui imposer une Constitution dont il ne veut pas parce qu'il a bien compris qu'elle serait celle de son dernier soupir collectif, tout est acceptable et même souhaitable pour les fédéraillistes canadiens.
    Aujourd'hui, l'objectif est donc de désolidariser, déconstruire, disloquer, en somme d'handicaper, à l'exact opposé de la mission de celle-ci, une institution qui non seulement a fait ses preuves d'efficacité depuis longtemps, mais qui n'a cessé de montrer une créativité et une capacité d'initiative exceptionnelle auprès, au plus près, d'une population déjà frappée tragiquement par les aléas de la vie.
    Institution et travailleurs dont j'ai pu personnellement mesurer plus d'une fois professionalisme et qualités exceptionnelles.
    C'est honteux !