Chantiers montréalais: cesser de refaire à l’identique

 Ceux qui maudissent la forêt de cônes orange ne sont pas au bout de leur peine...
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ceux qui maudissent la forêt de cônes orange ne sont pas au bout de leur peine...

La Ville de Montréal s’apprête à voter cette semaine plusieurs centaines de millions en réfection routière. Désagréments pour les résidents, pertes pour les commerçants, calvaire pour les automobilistes… Ceux qui maudissent la forêt de cônes orange ne sont pas au bout de leur peine. Il faut reconnaître qu’une partie de ces désagréments est inévitable dans une grande ville comme Montréal, mais encore faut-il qu’ils en vaillent la peine. Or c’est souvent loin d’être le cas. Et plus ça change, plus c’est pareil. Car à Montréal la pratique générale est de refaire à l’identique. On se refuse à innover, à améliorer les choses. On le voit sur Parc, Peel, Guy, Ontario, Côte-des-Neiges, et j’en passe. Malheureusement, les occasions ratées ne manquent pas. Mais pourquoi donc ce réflexe de reconstruire à l’identique ?

Tout d’abord, le mirage de la rapidité. Rien ne va plus vite que de refaire à l’identique. Des nouveaux aménagements exigent consultations, analyses, nouveaux plans. Que de délais inutiles ! Or c’est là penser la ville à court terme, sans vision, alors que ce que l’on construit restera en place (on l’espère) pendant des années, voire des décennies.

Vient ensuite le mirage du moins cher. Un aménagement amélioré entraîne des coûts supplémentaires. C’est vrai. Mais combien cela coûte-t-il — en deniers publics, en perte de clientèle pour un commerce, en dérangement pour les résidants — d’intervenir ultérieurement pour enfin procéder à des améliorations ? Décider d’ajouter une saillie de trottoir des années plus tard peut coûter plus de 40 000 $, tandis que l’intégrer dès la reconstruction de la rue ne revient qu’à fraction du prix.

Ce réflexe de refaire à l’identique est lourd de conséquences. À force de reconstruire nos rues sur la base des plans de la ville d’hier, difficile de construire une ville en fonction des besoins de demain.

Quatre raisons de reconstruire pour demain

Premièrement, l’évolution de la mobilité urbaine commande de repenser le design de nos rues. Autrefois réservées à la voiture, elles doivent aujourd’hui accommoder et concilier différents modes de transport (piétons, vélos, autobus, autopartage). À nouvelle utilisation, nouveau design. Il faut prévoir, dès la reconstruction, les voies réservées, les voies cyclables, les voies sans entraves, les accès piétons. Il est simple de le penser avant d’ouvrir la rue, mais coûteux et complexe d’y songer après.

Deuxièmement, la ville de demain doit pouvoir accompagner une évolution démographique double : la présence grandissante d’aînés et, si nous souhaitons véritablement la venue de familles en ville, de jeunes enfants et d’écoliers. Il faut donc reconstruire avec un objectif de sécurisation. Terre-pleins, passages surélevées, saillies, îlots de protection, réduction du rayon de braquage, feux piétons et cyclistes, etc. Autant de « petits » aménagements qui font toute la différence, mais d’une complexité inouïe à mettre en place a posteriori.

Troisièmement, il faut profiter de chaque reconstruction pour améliorer le potentiel de vitalité commerciale d’une rue. Par exemple, l’installation de débarcadères de livraison, de zones de stationnement gratuit 15 minutes, de trottoirs suffisamment larges pour permettre espaces terrasse et braderies, des supports à vélo, de placottoirs, etc. Les commerces sont les premiers à subir les inconvénients d’une fermeture de rue. Assurons-nous que cela n’est pas en vain.

Enfin, la ville de demain doit répondre à l’impératif des changements climatiques. L’augmentation du nombre de jours de chaleur accablante pose un réel défi. Verdir la ville est l’une des clés pour y faire face. Reconstruire une rue est l’occasion d’éliminer ou de réduire les îlots de chaleur. Bandes vertes, trottoirs ou terre-pleins centraux assez larges pour permettre la plantation d’arbres, agrandissement des carrés d’arbres, etc. Le défi est également de pouvoir répondre au problème des pluies diluviennes causant inondations localisées et débordements d’égouts en augmentant la capacité d’absorption naturelle des eaux de pluie.

Inverser le processus

En ce moment, Montréal reconstruit le plus souvent à l’identique, à moins de pressions énormes de groupes de commerçants, de citoyens ou d’élus. Il est temps d’inverser l’approche. Tout projet de reconstruction de rue doit systématiquement s’accompagner d’une réflexion et d’un plan d’amélioration. Cela doit aussi être rendu public et traité au Conseil municipal avant d’aller de l’avant avec l’appel d’offres. Il y aura là un incitatif politique naturel qui limitera le réflexe institutionnel de la réfection à courte vue et à l’identique.

Fort de l’appui de conseillers d’appartenances politiques différentes, je présenterai au prochain Conseil municipal une motion afin d’en finir avec cette pratique. Comme il s’agit d’un problème systémique, l’impulsion de cette nouvelle culture doit venir du haut, et le Conseil municipal doit s’exprimer clairement à cet effet.

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1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 26 octobre 2015 10 h 16

    Autrefois réservés aux voiture...

    Cessez de répéter des lieux communs. Il y avait «autrefois» bien moins de voitures qu'aujourd'hui sur les routes.