De l’intégrité des indépendantistes

Je trouve vraiment indigne qu’un politologue comme Marc Chevrier et un philosophe comme Christian Saint-Germain s’abritent derrière leurs professions respectives pour discréditer l’ensemble des indépendantistes québécois, remettant en cause à la fois leur intégrité personnelle et la sincérité de leur option indépendantiste («Le grand bluff», Le Devoir, le 19 octobre). Chevrier se demande donc si l’indépendantisme québécois ne tient pas du bluff, alors que Saint-Germain affirme que « le discours indépendantiste carbure à la mystification », exerçant ainsi une domination de classe, rien de moins. La classe en question, « issue de la Révolution tranquille, ergote et vitupère depuis 50 ans contre le fédéralisme canadien », toujours selon Saint-Germain.

« Pourquoi les indépendantistes québécois votent-ils aux élections canadiennes ? » écrit Stéphane Baillargeon, au terme de l’article qu’il consacre à Chevrier et à Saint-Germain. La réponse est pourtant relativement simple. Tant et aussi longtemps que le Québec sera une province, quelles que soient les tricheries politiques qui ont amené ses élites d’autrefois à participer à la création en 1867 de la fédération canadienne, tout comme celles qui lui ont fait perdre le référendum de 1995, il restera soumis aux lois canadiennes, les meilleures comme les plus odieuses. Contester l’appartenance à un pays démocratique comme le Canada, doté d’un Parlement dont les membres sont légitimement élus, n’implique pas que l’on doive s’abstenir de participer à des élections fédérales dont les résultats ont nécessairement une incidence sur la vie politique, sociale, culturelle et économique de la province de Québec. Une telle abstention serait totalement irresponsable.

Si l’on prend acte de tous les dommages infligés au Canada et donc aussi au Québec au cours des dix dernières années par le gouvernement Harper, il devient de l’intérêt supérieur des Québécois, fédéralistes et indépendantistes, de défaire ce gouvernement et d’en élire un qui soit susceptible non seulement de réparer ceux de ces dommages qui peuvent l’être, mais aussi d’arrêter l’hémorragie du saccage des institutions démocratiques du Canada, au premier chef du Parlement canadien, pris en otage sous un Harper d’abord minoritaire, puis majoritaire, qui nous a bombardés de lois omnibus détruisant pas à pas les acquis progressistes de ce pays.

C’était là l’enjeu de l’élection du 19 octobre. Nombre d’indépendantistes intègres et sincères, comme je le suis, ont opté pour un vote stratégique, un vote qui visait avant tout à enlever le pouvoir à Harper. Les positions anti-indépendantistes exprimées par les deux autres grands partis en lice, le Parti libéral du Canada (PLC) et le Nouveau Parti démocratique (NPD), par l’organisation par le premier du scandale des commandites entre autres, rendaient particulièrement difficile cette option pour bon nombre d’indépendantistes. Pour ceux qui ne pouvaient s’y résoudre, le Bloc québécois (BQ) offrait une autre voie, que d’aucuns trouvaient très dangereuse, au moment où les trois grands partis se trouvaient nez à nez dans les sondages.

Avec un gouvernement libéral majoritaire à Ottawa, tout en restant vigilants, les indépendantistes québécois pourront désormais se consacrer à la préparation du prochain scrutin québécois, avec en tête non seulement l’éventuelle indépendance du Québec, mais aussi la défaite du gouvernement Couillard, dont les ténors semblent s’être inspirés des conservateurs de Harper à Ottawa, pour réduire à néant les acquis tant de la Révolution tranquille que de la plupart des gouvernements indépendantistes élus en 1976 et après.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

25 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 22 octobre 2015 03 h 43

    Merci Madame !

    Merci Madame Landry de votre clarté d'analyse et de votre franc parler.
    Au sujet des personnes qui s'adonnent à un sport très ancien mais en le remaniant un peu au goût du jour pour qu'ils reviennent à la mode en force, soit le "Quebec bashing", je crois qu'il faut comprendre qu'il est toujours plus facile de taper sur un mur dont on nous donne l'impression qu'il se crevasse, que de se pencher sur l'élaboration de solutions concrètes pour éviter à tous que le toit nous en tombe sur la tête...
    Alors, l'heure est venue de tous nous retrousser les manches et de ne pas refuser de salir nos souliers dans la poussière d'un projet de pays en construction.
    De manière à ce que nous puissions tous marcher bientôt Pieds nus dans l'aube.

    Salutations républicaines, Madame.

  • Christian Montmarquette - Abonné 22 octobre 2015 06 h 32

    Le PQ - PLQ même combat !

    Je n'en peux plus de ce manque total d'objectivité et de simple connaissance de l'histoire du Québec, quand j'entends des aberrations comme.. Ces libéraux qui sont en train de..

    « ...Réduire à néant les acquis tant de la Révolution tranquille que de la plupart des gouvernements indépendantistes élus en 1976 et après.»-Simone Landry

    Alors qu'il y a plus de 20 ans, sinon 30 ans! ..que le PQ n'est plus social-démocrate et qu'il endosse exactement les mêmes politiques néolibérales de réductions de l'État, d'attaques systématiques de nos services publics, de dogme du déficit zéro et d'austérité, que le Parti libéral lui-même!

    Ce ne sera donc pas en remplaçant les néolibéraux rouges du Parti libéral par des néolibéraux bleus du Parti québécois, qu'on protégera l'État et les acquis de la révolution tranquille aux prochaines élections générales du Québec. Mais en appuyant les véritables socio-démocrates de Québec Solidaire, qui proposent, non pas un changement de gouvernement, mais un changement «de régime »politique tout en garantissant un référendum dans un premier mandat; ce que le PQ n'ose même plus faire depuis plus de 20 ans.

    Christian Montmarquette

    Référence :

    Le budget Marceau : «Austérité préélectorale à Québec » - Le Devoir

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/400644/bu

    .

    • Pierre Grandchamp - Abonné 22 octobre 2015 07 h 55

      Donc il faudra, selon vous, que le Québec soit majoritairement à gauche avant de parler d'indépendance.

      Voyons donc! Le Canada n'a pas commencé par être à gauche ou à droite avant de naître! Tout comme les quelque 193 autres nations à l'ONU.

    • Serge Morin - Inscrit 22 octobre 2015 08 h 58

      D'accord avec vous ,votons pour la pureté d'un ideal socio démocrate incarné par QS
      Il faut une bonne dose de naïveté, mais bon......
      À tout demoniser , on se crée son propre enfermement

    • Claude Bariteau - Abonné 22 octobre 2015 09 h 41

      Questions.

      1) Si le PQ entend revoir le régime politique, qui est plus que l'introduction d'une proportionnelle, QS accepterait-il de valser avec lui, peut-être aussi ON ?

      2) Comment QS entend-il assurer la relance économique du Québec et s'assurer qu'il pourra aussi revoir les programmes actuellement ciblés par le PLQ et, avant, le PQ sans s'inspirer de ce qu'ont fait les pays scandinaves ?

      3) Le référendum portera-t-il sur l'autodétermination interne ou l'autodétermination externe ?

    • Hélène Paulette - Abonnée 22 octobre 2015 10 h 35


      "Au pouvoir ou dans l’opposition, les politiques néolibérales continuent leur gros bonhomme de chemin, sans se préoccuper des gouvernements locaux,qui ne servent donc qu’à choisir avec quelle intensité nous allons subir les contrecoups des crises économiques d’un système en folie" (L'ère de la piscine à vagues, Louis Roy in LeDevoir)...QS au pouvoir ne pourra malheureusement pas faire de miracle, tout comme l'ont démontré le virage à droite du NPD et les concessions du PQ.

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 octobre 2015 10 h 42

      En réponses aux questions de Claude Bariteau

      1) Si le PQ entend revoir le régime politique, qui est plus que l'introduction d'une proportionnelle, QS accepterait-il de valser avec lui, peut-être aussi ON ?

      Réponse: C'est le Congrès de QS qui décide, mais si la proportionnelle est adoptée, ça augmentera le nombre de député souverainistes de QS à 9 députés; le reste sera le jeu de négociations entre les partis; et QS pourrait faire valoir certaines revendications de gauche en toute démocratie et en toute justice.

      2) Comment QS entend-il assurer la relance économique du Québec et s'assurer qu'il pourra aussi revoir les programmes actuellement ciblés par le PLQ et, avant, le PQ sans s'inspirer de ce qu'ont fait les pays scandinaves ?

      La question n'est pas de savoir qui fera quoi le premier, mais de savoir ce qui est le mieux à faire. À mon avis le néolibéralisme du PQ détruit les services publics et détruit la souveraineté économiques réelle du Québec. Il faut donc en informer les citoyens et les laisser choisir démocratiquement ce qu'ils croient être la meilleure option pour le Québec.

      3) Le référendum portera-t-il sur l'autodétermination interne ou l'autodétermination externe ?

      Dans le programme de QS c'est le mandat de l'Assemblée constituante de proposer une nouvelle constitution ET une décision sur la séparation du Québec. Il y aura donc deux cases sur le bulletin référendaire, soit une case pour adopter la nouvelle constitution et une case pour voter pour l'indépendance du Québec.

      Merci de votre intérêt.

      Christian Montmarquette

    • Colette Pagé - Inscrite 22 octobre 2015 10 h 50

      À trop crier au loup l'on en arrive à ne plus écouter.

      Si bien qu'à force Monsieur Montmarquette de ne pas renouveller votre discours et de faire la promotion aveugle de QS, qui n'a aucune crédiblité économique, n'ayant jamais été confronté à la réalité du pouvoir, il ne vous viendrait pas à l'idée de modifier votre argumentaire et de travailler à la coalition des partis souverainistes.

      Une Coalition espérée et souhaitable dont QS constitue actuellement le plus grand frein.

      Une position suspecte, de dirigeants doctrinaires et bornés, qui favorise le PLQ.

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 octobre 2015 11 h 06

      «Une Coalition espérée et souhaitable dont QS constitue actuellement le plus grand frein. »- Claude Gélinas

      Sachez-bien M. Gélinas, que le plus grand frein à la création d'un front souverainiste, c'est le Parti québécois qui l'applique en rejetant le scrutin proportionnel qui additionnerait les votes et les députés souverainistes plutôt que de les soustraire les uns des autres. Votre doléance s'adresse donc au mauvais parti, puisque la proportionnelle fait parti du programme de QS depuis sa fondation.

      Référence :

      «La réforme du mode de scrutin évacuée du programme du PQ»- Le Soleil, 20 juin 2011.

    • Jacques Lamarche - Inscrit 22 octobre 2015 11 h 42

      L'indépendance peut se faire aussi à droite! Par des bourgeois indignés par exemple, comme dans la colonie qui devint les USA!

      L'indépendance, ce n'est qu'une prise du pouvor! Par après, tout peut arriver!

    • Sean O'Donoghue - Abonné 22 octobre 2015 12 h 55

      Plus logique serait QS - PQ même combat!

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 22 octobre 2015 13 h 57

      Vous etes libre de precher pour le QS et le NPD,comme je suis libre de croire au PQ et de detester le PLQ.Je veux mon pays et ne plus dependre de personne pour me dire quoi,comment ,quand et a quel endroit le faire. J-P.Grisé

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 octobre 2015 18 h 46

      «Donc il faudra, selon vous, que le Québec soit majoritairement à gauche avant de parler d'indépendance.»-Pierre Grandchamp

      Beaucoup de souverainistes ne semblent pas connaitre leurs propres origines. Alors que Jacques Parizeau lui-même disait que le PQ avait abandonné ses valeurs fondatrices qui lui permettaient de marcher sur ses deux jambes; soit, l'indépendance et la sociale-démocratie.

      Et il mappparair facile de comprendre qu'on ne vend pas un idéal de pays à coups de de néolibéralisme et de budgets d'austérité.


      Christian Montmarquette

      Référence : «Le social-démocrate» - Michel David, Le Devoir :

      http://www.ledevoir.com/politique/quebec/441853/le

    • Christian Montmarquette - Abonné 22 octobre 2015 18 h 53

      «L'indépendance peut se faire aussi à droite! » -Jacques Lamarche

      C'est poser la bonne question, parce que justement le PQ est à droite depuis des décennies et la question nationale ne progresse pas.

      L'autre point, c'est que la droite politique représente les intérêts du 1% des plus riches contre les 99% des gens ordinaires.. Pensez-vous sincèrement qu'il soit gagnant de tenter de faire l'indépendance en défendant les intérêts de l'élite économique?


      Christian Montmarquette

  • Hélène Gervais - Abonnée 22 octobre 2015 07 h 59

    Je comprends votre point de vue ...

    Mais je ne suis pas d'accord. Ce vote stratégique, comme vous le dites, a éliminé Gilles Duceppe du Bloc Québécois, ce dernier étant notre meilleur représentant, en plus de mettre en danger les 10 élus du Bloc qui n'auront aucun budget pour travailler.

  • François Beaulé - Abonné 22 octobre 2015 09 h 00

    Le projet indépendantiste divise les progressistes

    Il a permis à Couillard de prendre le pouvoir et d'infliger une défaite cuisante et méritée au PQ. Et ce projet, qui ne peut être réalisé sans la volonté d'une nette majorité de Québécois, divisera encore les progressistes à la prochaine élection dans 3 ans.

    Le souhait qu'exprime Simone Landry est donc dangereusement illusoire d'autant qu'il rend le pouvoir inaccessible à la gauche.

    • Hélène Paulette - Abonnée 22 octobre 2015 10 h 38

      En autant que la gauche existe, monsieur Beaulé....

  • Michel Lebel - Abonné 22 octobre 2015 10 h 00

    Le temps de la franchise!

    Le PQ devra bien un jour se poser la question: les Québécois souhaitent-ils vraiment se séparer politiquement du Canada pour devenir un État souverain? Après 50 ans de vives et âpres discussions(et votes) sur le sujet, le temps est peut-être venu de répondre franchement à la question et la réponse me semble bien être NON.


    Michel Lebel

    • Claude Bariteau - Abonné 22 octobre 2015 19 h 06

      Le NON, monsieur Lebel, fut accolé à deux projets de souveraineté, l'un d'association; l'autre de partenariat. L'indépendance n'a jamais été un projet lors des deux référendums et ne fut jamais un projet mis de l'avant et construit en conséquence.

      Il est donc faux de dire qu'il y eut 50 ans de discussions. Par contre, il n'est pas faux de dire que des projets de souveraineté furent battus.

      Il est toutefois prématuré de prétendre que la réponse serait NON à un projet d'indépendance qui envisage de revoir le régiem politique et explique clairement ses tenants et aboutissants sur les plans économiques, sociaux, culturels en mettant l'accent sur l'égalité des citoyens et des citoyennes du Québec.

    • Réal Ouellet - Inscrit 22 octobre 2015 19 h 53

      Après deux référendums sur le fédéralisme, Meech et charlottown, les fédéralistes ont-ils compris que la réponse des Québécois est NON!

      Réal Ouellet

    • Michel Lebel - Abonné 22 octobre 2015 20 h 19

      Claude Bariteau,

      Il y a un adage latin bien connu en droit, adage toujours bien vrai: "res ipsa loquitur" que l'on peut traduire par "les faits parlent d'eux-mêmes". Après cinquante ans de débats sur la souveraineté, le Québec est toujours dans le Canada. Il faut bien un jour prendre acte de ce fait! Je sais fort bien l'Histoire n'est pas coulée dans le béton, mais tout de même...Toute idéologie qui ne réalise pas finit un jour par mourir ou par disparaître pour un certain temps. C'est une loi de l'Histoire!

      M.L.

    • Nicolas Bouchard - Inscrit 22 octobre 2015 20 h 57

      M. Lebel, vous semblez aveuglé par votre propre opinion fédéraliste. Les souverainistes ne sont pas des hors-citoyens imposant leur dictat aux vrais citoyens. Ils constituent au bas mot 33% de la population au Québec. Si le PQ élit des députés ou prendre le pouvoir c'est parce que les souverainistes sont assez nombreux pour le permettre.

      Alors votre commentaire revient donc à nier la parole démocratique d'une large frange de la population québécoise. Très blessant et décevant venant d'un professeur émérite de droit. On se serait attendu à beaucoup mieux de votre part que de déclarer « personae non gratae » presque la moitié de vos concitoyens.

      Nic B.

    • François Beaulé - Abonné 23 octobre 2015 09 h 28

      Michel Lebel a raison, la réponse est NON.

      Et voilà pourquoi, le PQ est désormais incapable de conquérir le pouvoir. Même ses manigances populistes de la triste «Charte des valeurs» ne lui ont pas permis de le faire. Au contraire ce genre de stratégie à la Jean-François Lisée lui a fait mordre la poussière.

      Les Québécois ne veulent plus accorder le pouvoir à un parti dont l'objectif fondamental est l'indépendance. Le peuple à dit NON aux 2 référendums, NON à Mme Marois et NON à Gilles Duceppe. Il est plus que temps que la politique québécoise s'organise clairement selon l'axe gauche-droite.

      À deux reprises, en 1976 et en 1994, le PQ a pris le pouvoir et a imposé des référendums avec l'appui d'environ 40% des Québécois seulement alors que le OUI nécessite plus de 50% pour triompher. Finies les folies ! Les péquistes ont abusé du mode de scrutin de type britannique. Le peuple a fini par comprendre le stratagème.

      Plus de 60% des Québécois ne veulent plus rien savoir d'un référendum sur l'indépendance. Pourquoi alors élire un parti séparatiste ?

    • Michel Lebel - Abonné 23 octobre 2015 10 h 03

      @ Nicolas Bouchard,

      Je ne suis pas aveuglé par mon "opinion fédéraliste"! Je nie pas le droit de parole aux souverainistes! Le projet souverainiste est tout à fait légitime. Je dis seulement que je ne crois pas que c'est la meilleure voie pour les Québécois. Selon moi, un Canada fédéral et multinational me paraît la meilleure voie. Référendums, élections et sondages me semblent donner quelque peu raison! En démocratie, le peuple a toujours le dernier mot pour la suite de choses. C'est ainsi. Mais qui peut prédire l'avenir?

      M.L.