Élections et médicaments: bilan de campagne

Photo: Jorge Salcedo Getty Images

La campagne électorale tire à sa fin et, bien que cet enjeu ait été peu relayé dans les médias, la question des médicaments a été abordée par l’ensemble des partis. Le Canada et les États-Unis sont les deux seuls pays de l’OCDE qui n’offrent pas une couverture publique pour permettre l’accès aux médicaments prescrits pour l’ensemble de la population. La fragmentation des régimes d’assurance médicaments entre régimes privés et régimes publics provinciaux a conduit à un système incohérent où dominent le gaspillage et le jeu des intérêts des entreprises.

Après les États-Unis, les Canadiens paient le montant le plus élevé par personne pour les médicaments prescrits (771 $), soit 55 % de plus que la moyenne pour les pays de l’OCDE (498 $). Deux raisons expliquent cette différence : d’abord, nous payons plus cher pour les mêmes médicaments (la fragmentation des régimes réduit le pouvoir de marchandage) ; deuxièmement, les régimes privés induisent une logique de gaspillage où on rembourse tous les produits sans égard à leur valeur thérapeutique. On dépense donc beaucoup, mais cela ne signifie pas que nous avons un meilleur accès aux médicaments. Un Canadien sur dit ne remplit pas ses ordonnances pour des raisons financières. Au Québec, l’augmentation récente des franchises mensuelles et du taux de coassurance à 34 % n’améliorera pas la situation.

Le système actuel de couverture des médicaments n’est pas soutenable à terme. Il n’est pas préparé à l’arrivée d’une nouvelle génération de médicaments de niche très dispendieux et nous restons désarmés face aux stratégies de prix prédateurs dans le secteur pharmaceutique : par exemple, lorsqu’un hedge fund rachète une molécule pour en augmenter le prix de 5500 % afin de faire un coup d’argent rapide. Des réformes majeures vont s’imposer soit en renvoyant le risque sur le dos des patients en réduisant la couverture ou en augmentant les franchises et les coassurances, soit en transformant le régime de couverture pour le rendre efficace en s’inspirant des meilleures pratiques dans les pays de l’OCDE. Chaque parti a pris position sur ces questions, voici le bulletin :

Parti vert : B+

Premier parti à s’être positionné sur la question des médicaments durant la campagne en endossant le rapport « The Future of Drug Coverage » (rapport dont je suis coauteur et endossé par plus d’une centaine de spécialistes en politique de santé). Il propose de s’inspirer des meilleures pratiques en établissant un régime public universel pour permettre un meilleur accès, une réduction de coûts, une plus grande équité de financement, une élimination du gaspillage ainsi qu’une amélioration des habitudes de prescription. Le parti donne toutefois peu de détails sur le processus de mise en place d’une telle réforme.

Nouveau Parti démocratique : A

Le NPD reprend les recommandations du rapport « The Future of Drug Coverage », mais propose une description détaillée de la mise en place d’une telle politique sur quatre ans. Des sommes modestes seraient d’abord dépensées pour construire la capacité administrative pour une telle politique et permettre la défragmentation en établissant une liste commune de médicaments, permettant d’accroître le pouvoir de marchandage et de réduire les coûts. Les économies obtenues seraient alors utilisées pour mettre en oeuvre une couverture publique universelle.

Bloc québécois : C-

Le Bloc propose de modifier les règles du Conseil d’examen du prix des médicaments brevetés pour permettre de réduire le prix officiel des médicaments brevetés d’environ 10 %. Cette politique, que j’avais proposée en 2010, reste toutefois inadaptée puisque le prix officiel des médicaments brevetés est devenu peu pertinent dans un monde où les régimes publics négocient des rabais confidentiels.

Parti conservateur : E

Les conservateurs ont simplement mentionné leur intention de rejoindre l’Alliance pancanadienne pharmaceutique (APP), une agence d’achats groupés développée par les provinces. La détermination du prix des médicaments brevetés est de compétence fédérale, mais le gouvernement Harper n’a rien fait pour réduire les coûts. Au contraire, la ratification de l’AECG avec l’Europe va augmenter d’au moins 6 % le coût des médicaments brevetés. De plus, la ratification du Partenariat transpacifique inclut une « Healthcare Annex » qui encadrerait le fonctionnement de l’APP et minerait son pouvoir de marchandage.

Parti libéral : E

Les libéraux nous avaient habitués à une bonne compréhension en ce domaine ; pensons à leur stratégie nationale en 2004. Leur forum national a aussi entériné en 2014 l’idée d’un régime national d’assurance médicaments. Mais durant la campagne, le PLC a simplement repris l’idée du PCC de rejoindre l’APP, tout en endossant les accords commerciaux qui risquent de miner les maigres efforts institutionnels canadiens pour contenir les coûts.

Peu importe le parti, la présente campagne aura eu le mérite de discuter de ces enjeux, de prendre conscience de l’importance des défis qui nous attendent et de dégager le consensus selon lequel nous payons trop cher et que des réformes s’imposent. Il s’agit maintenant de voir quelles réformes seront mises en place.

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