Politique énergétique québécoise: suivre l’exemple danois

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Monsieur le Ministre Pierre Arcand,

Québec travaille présentement à l’élaboration de sa future politique énergétique 2016-2025. Les orientations qui y seront consignées vont structurer son économie pour plusieurs décennies. La Commission mondiale sur l’économie et le climat confirmait dans un rapport récent que les « coûts associés au maintien du modèle économique basé sur les combustibles fossiles sont plus clairs que jamais ». Un mouvement de désinvestissement du secteur des hydrocarbures est palpable, le signal le plus probant étant le retrait des énergies les plus polluantes du fonds souverain de l’État norvégien. Chef de file en énergies renouvelables avec le développement de ses filières hydroélectrique et éolienne, le Québec mise pourtant sur le transport et l’exploitation des combustibles fossiles sur son territoire.

Quatre tables d’experts portant sur autant de thèmes énergétiques distincts ont été organisées en 2015 par le MERN en vue de contribuer à l’élaboration de la future politique énergétique du Québec. Un expert invité à celle sur les hydrocarbures, Philip Andrews-Speed, rappelait que l’embargo pétrolier de 1973 avait forcé l’Angleterre à reconnaître la nécessité d’exploiter les hydrocarbures sur son territoire. Selon lui, la réalité de 2015 est différente : « Au Québec, actuellement, la nécessité absolue d’exploiter les hydrocarbures n’est pas évidente pour tous ; or seule l’urgence d’un tel besoin peut en fonder la légitimité. » Il se disait perplexe devant la volonté du Québec d’aller de l’avant avec cette exploitation, invitant le gouvernement à examiner de façon intégrée et viable à long terme les divers scénarios de déploiement structurés des différentes options énergétiques s’offrant à lui.

Dans cette perspective, nous avons étudié, dans un article intitulé « Affranchissement des combustibles fossiles : le Québec peut-il s’inspirer du Danemark ? », la démarche de transition énergétique du Danemark vers un affranchissement complet des combustibles fossiles d’ici 2050. Afin de planifier cette transition radicale, le Danemark a mis sur pied en 2008 la Commission danoise sur les changements climatiques, réalisant que la problématique est globale et qu’elle nécessite une analyse poussée des interactions entre les différents secteurs primaires de son économie. Formée de 10 experts des milieux de l’agriculture, du climat, de l’économie et des transports, cette commission a travaillé plus de deux ans à l’élaboration de divers scénarios d’affranchissement, qui furent aussitôt traduits en politiques énergétiques par le gouvernement danois.

Notre analyse indique qu’il est tout à fait pertinent et réaliste que le Québec poursuive le même objectif que le Danemark. À cet égard, pour répondre aux besoins primaires de son marché intérieur dans un scénario 100 % renouvelable et garantir de manière viable sa sécurité énergétique, le patrimoine et le potentiel énergétiques du Québec sont immensément plus importants que ceux du Danemark.

Notre analyse a aussi mis en évidence le fait que le Danemark se démarque depuis 40 ans par le suivi d’une ligne directrice claire, qui transcende les partis politiques, où les actions gouvernementales emboîtent le pas aux travaux effectués par les commissions énergétiques mandatées. Au Québec, on assiste au contraire depuis plus de 20 ans à une suite de débats rarement suivis de la mise en place d’un cadre de développement capable d’engager les réformes énergétiques recommandées. L’exemple le plus récent est celui de la Commission sur les enjeux énergétiques de 2013 dont la plupart des recommandations, notamment celle proposant une réduction draconienne de la dépendance du Québec aux combustibles fossiles (75 % d’ici 2050), sont restées lettre morte. Notons qu’une annonce d’une cible de réduction de GES de 37,5 % d’ici 2030 a été faite récemment, mais n’a été assortie d’aucun engagement en ce qui a trait à la diminution de l’utilisation des combustibles fossiles, un élément pourtant indispensable à l’atteinte d’un objectif de cette envergure. On retrouve le même libellé dans un décret récent du gouvernement du Québec stipulant que la politique énergétique 2016-2025 sera, pour le secteur de l’électricité, celle contenue dans le prochain plan quinquennal d’Hydro-Québec (2016-2020). Ce secteur doit pourtant faire partie intégrante d’une analyse globale de scénarios devant mener à une réduction importante des émissions de GES du Québec.

Les défis colossaux associés aux changements climatiques appellent aujourd’hui à cette audace des gouvernements d’y octroyer leurs meilleures ressources. Le Québec doit se souvenir qu’il a la capacité de se réinventer comme il l’a fait au moment de sa Révolution tranquille.

Par la présente, Monsieur le Ministre, nous espérons que la future politique énergétique du Québec, à l’image de celle élaborée de manière inspirante au Danemark, sera préalablement soumise à un cadre d’examen rigoureux et global d’analyse de scénarios d’affranchissement des combustibles fossiles.

3 commentaires
  • François Dorion - Inscrit 8 octobre 2015 01 h 53

    Une différence notable

    Le Danemark est un pays indépendant et non stratégique qui peut se permettre un iswoleent énergétique. Ce n'est pas le cas du Québec, qui d'autre part a des sources d'approvisionnement pétrolier disponibles dans la forêt qui permettraient d'éviter le passage par le schiste, qui met en danger l'agriculture.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 8 octobre 2015 09 h 30

      @f.dorion
      De un, votre partisanerie politique est aussi visible qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine...

      Deuxièmement, les GES n'ont pas de frontières...

      Et tertio, préparons donc l'indépendance nationale et énergétique afin de décider ce que le Québec veut... sans être obligé d'avoir toujours l'aval du Canada.

  • J-Paul Thivierge - Abonné 9 octobre 2015 09 h 57

    la réalité énergétique du Québec

    Cette image est saisissante ; des centaines de wagons citernes sur la voie des exportations qui vont contribuer à ajouter des GES sur notre planète malade pendant qu'on oit derrière, plus haut, l'avenir énergétique des sources propres et renouvelables de l'avenir.

    Si on pouvait juste se donner la peine de comprendre que les milliers d'emplois et les G$ de retombées économiques sont dans la décarbonisation de l'économie mondiale.

    Tous les économistes et analystes sérieux le confirment les dégâts de dérèglements climatiques couteront beaucoup plus que les investissements à faire et les retombées de s'orienter dès maintenant
    vers la production et l'utilisation d'énergie non polluante et sans charbon, ni pétrole ...
    puis ensuite la production de végécarburant et de pétrole synthétique en recyclant le CO2 capté.

    L'économie du ROC étant actuellement fortement orientée sur l'exportation du sale bitumineux doit être convertie mais auparavant nos choix politiques vont décider de l'avenir énergétique Canadian pour ce qui est du Québec, on doit souhaiter que nos cibles de réduire les émissions de 20 % d'ici 2020 seront réussies mais avec la cienterie et quelques autres projet on s'éloigne plus de la cible qui deviendra bientôt impossible à atteindre.

    La prochaine politique énergétique ainsi que la stratégie énergétique qui en découlera pourra contribuer à confirmer si les cibles sont encore en vue ou si c'était juste pour un spectable à la galerie des médias.