Après le procès de Lise Thibault, celui de la monarchie

Il y a longtemps que les Québécois auraient dû rejeter la royauté. Qu’à cela ne tienne, mieux vaut tard que jamais. Un peuple minimalement respectueux de lui-même ne saurait accepter indéfiniment d’être le sujet de quelque autorité tierce. Il est temps que la volonté démocratique se fasse enfin verbe au Québec. Et seule reine. Cela, de manière officielle.

Nous qui sommes plus de 85 % à vouloir l’abolition de la monarchie, qu’attendons-nous pour proclamer la république, à l’instar de l’Irlande, des États-Unis, de tant d’anciennes colonies britanniques et, bientôt, de la Barbade et de la Jamaïque ? Le peuple croit-il que Sa Majesté s’abolira d’elle-même ? Allons ! Il nous faut notre propre petite révolution tranquille à cet égard — ou simplement l’application aux têtes couronnées des mêmes politiques d’austérité qui affligent la société civile, selon qu’on soit de droite ou de gauche… Botter les derrières qui trônent, ce serait là en tout cas une magnifique rupture démocratique avec le royalisme aux accents médiévaux qui constitue toujours le fondement du Canada, cette « monarchie constitutionnelle », le pays le plus loyaliste de tout le Commonwealth. La monarchie n’ayant plus la légitimité politique pour exercer ses pouvoirs d’antan, la chose serait au fond essentiellement technique, mais non moins porteuse et significative… On admettra qu’une telle décision s’impose de plus en plus à la lumière des récentes controverses.

Et s’il faut absolument dépenser pour tenir au préalable une consultation publique afin de réfléchir à cette éventualité, j’invite tous les partis à l’Assemblée nationale à en faire la proposition. Après tout, quand on songe aux dizaines millions de dollars que nous avons déjà gaspillés au fil des siècles en tolérant la présence dans notre système politique de ces parasites de droit divin et de leurs vice-parasites, quelques dollars de plus pour la cause de la démocratie ne seront pas perdus. Au fait, pas plus tard qu’hier, un éminent constitutionnaliste me rappelait qu’aucun délai de prescription n’est prévu pour ce qui est de l’acceptation par le Canada d’une procédure de modification constitutionnelle mise de l’avant par une province, à des matières figurant à l’article 41 de la loi de 1982, dont la charge de lieutenant-gouverneur.

Le Québec pourrait donc simplement envoyer un message clair à Ottawa ainsi qu’au reste du Canada en disposant de l’abolition du lieutenant-gouverneur, assortie d’une résolution à l’effet de doter le Parlement du Québec d’une présidence nommée par l’Assemblée nationale, laquelle exercera les mêmes fonctions. Le Canada aurait devant lui toute l’éternité pour accepter telle proposition, laquelle resterait indéfiniment pendante. Cela, bien sûr, jusqu’au jour où le Canada deviendra une république ou, plus certainement, le jour où le peuple québécois exercera en toute légitimité son pouvoir constituant en conférant à l’État québécois les institutions démocratiques de son choix.

De Lise Thibault à J. Michel Doyon

La condamnation et l’emprisonnement sans précédent de Lise Thibault plus tôt la semaine dernière ne devraient certes pas manquer d’inspirer tous ceux qui, en dépit de la désespérance généralisée, croient encore le Québec capable d’innover. Rappelons que par le passé, l’Assemblée législative de la province de Québec est devenue notre « Assemblée nationale ». La législature est devenue le Parlement. Le Sénat québécois (Conseil législatif) a aussi été aboli. Depuis un bon bout de temps, le Québec a cessé d’emprunter le langage du Canada pour se désigner.

Plus encore, les propos déconcertants tenus par le nouveau lieutenant-gouverneur, J. Michel Doyon, au moment de son assermentation sont matière à provoquer la nausée. Ainsi, de ses propres dires, l’héritier institutionnel des Dorchester, Gosford, Colborne et Durham ne se contentera pas d’être un simple officier symbolique. Celui-ci affirme vouloir « élever » cette fonction « méconnue », laquelle peut participer à revaloriser nos institutions démocratiques, prétend-il, rappelant que la Constitution canadienne lui confère de vastes pouvoirs, comme le privilège autocratique de refuser de signer une loi adoptée par nos élus ! Il faut croire que le nouveau chef du Parlement et de l’État québécois a manqué des bouts de l’évolution de nos conventions constitutionnelles.

Osez, citoyen Doyon, osez donc exercer votre droit de réserve à l’encontre de la volonté de notre Assemblée nationale ! Juste pour voir ! De toute façon, un jour ou l’autre, votre signature sera tout aussi inutile que votre poste au moment où nous passerons la loi supprimant la fonction honteusement archaïque et véritablement « passée date » que vous représentez.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

25 commentaires
  • François Dorion - Inscrit 7 octobre 2015 06 h 00

    Avant

    Avant de faire tout son cirque de révolution française, le Québec aurait dû se demander si les institutions de monarchie constitutionnelle qu'il a abolies servaient vraiment les Bourbons, contre qui la révolution française a eu lieu.

    Si l'empire britannique a commencé à se démanteler après la seconde guerre mondiale, c'est en raison de la culture des armes des rois orangistes, attirés par l'erreur de la langue anglaise sur l'objectivité du sujet, l'erreur même qui a valu la révolution française.
    Mais l'angleterre est restée attachée à la tradition de Merlin, qui lui a valu ces institutions politiques, comme l'espagne les a adoptées lorsqu'elle s'est vue imposer la monarchie des Bourbons par la France après la seconde gierre mondiale.

  • Michel Thériault - Inscrit 7 octobre 2015 06 h 58

    Monarchie

    Votre texte est éloquent. Le problème c'est que les Québécois manquent de courage pour faire une révolution. Ils préfèrent regarder TiVia et le banquier...

  • Hélène Gervais - Abonnée 7 octobre 2015 07 h 10

    J'aurais honte ...

    à sa place d'être une figure totalement inutile et payée par nos impôts; comme si nous étions des enfants et que nous ayions besoin d'un représentant de la reine. Franchement, ça fait dur.

  • Christian Montmarquette - Abonné 7 octobre 2015 07 h 44

    Le PQ, ou quand le mot «souverainiste» en dit long...

    - Quand avez-vous vu un seul élu péquiste se lever et dénoncer le système monarchique et réclamer la république et la souveraineté du peuple du Québec? À peu près jamais. Bien au contraire, ils font tous la queue à tous les 4 ans depuis 45 ans pour y prêter serment!

    - Et pourquoi donc?

    Parce que ces assoiffés de pouvoirs endossent nombre des principes de ce système antidémocratique qui confère aux élus, aux premiers ministres et au gouvernement des pouvoirs quasi-monarchiques tels: le contrôle du juridique par le politique; l'immunité parlementaire; la nomination des juges et des chefs de police provincial et municipaux; la nomination et le contrôle du Directeur général des Élections; la nomination des ministres et le contrôle de leurs propres salaires et des propres règles qui les gouvernent.

    Pas étonnant que les péquistes se soient eux-mêmes si longtemps qualifiés de «souverainistes» et non d'indépendantistes républicains. Quand on connaît leur intarissable «culte du chef» et qu’on est au fait que le projet péquiste, non seulement ne permet-il même pas au peuple de se prononcer sur sa propre constitution, mais que le PQ a même éliminé de son programme un simple mode de scrutin proportionnel qui aurait empêché que la moitié de nos votes soient jeté à la poubelle et que des partis politiques puissent prendre le pouvoir avec moins de «40%» des votes… Ce qui en dit long sur le respect de la démocratie et le genre de pays que nous réserve le Parti québécois si jamais il parvenait à ses fins.

    Au bout du compte, à la concentration des pouvoirs et des richesses du système monarchique, le PQ ne fait que proposer son remplacement par une nouvelle forme de concentration des pouvoirs néolibéral et capitaliste.

    Christian Montmarquette

    Référence :

    « La grève sociale doit revendiquer une nouvelle constitution »-Presse-toi à gauche, 16 mars 2015.

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 7 octobre 2015 09 h 13

      Vous avez raison, la couronne irait beaucoup mieux sur la tête de Françoise. Elle n’aurait qu’à l’incliner un peu vers la gauche et tout le monde serait heureux.

    • Nicolas Bouchard - Abonné 7 octobre 2015 09 h 54

      Bizarre, l'article parle du lieutenant-gouverneur mais vous avez trouvé le moyen de critiquer le PQ. Vous devez vraiment en faire une obsession maladive.

      Les députés du PQ ont régulièrement modifié le texte devant être lu, ajoutant par exemple "et au peuple du Québec". Que font les députés de QS?

      En plus, le PQ a boycotté la dernière cérémonie d'assermentation du Lt-Gv du Québec. Où étaient les députés de QS lors de cette cérémonie?

      Lorsque QS, vos enfants chéris ayant toujours raison, auront apporté la cause de l'indépendance à 49,5% au cours d'un référendum, ils pourront critiquer l'oeuvre du PQ. En attendant, qu'ils se gardent une petite gêne.

      Nicolas B.

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 octobre 2015 10 h 21

      Corrigé.

      «L'article parle du lieutenant-gouverneur mais vous avez trouvé le moyen de critiquer le PQ.»- Nicolas Bouchard

      L'article parle aussi de la «monarchie» pour autant que je sache.

      Et amener l'indépendance à «49,5%» est un chose, mais la maintenir à 35%-40% en 45 ans d'existence dont 22 ans au pouvoir en est une autre.

      Sans compter que cela ne change strictement rien au verticalisme et à l'antidémocratisme chroniques du PQ, et à son adhésion au système parlementaire britannique.

      Liberté, égalité, fraternité ça vous dit quelque chose..?

      Rien à voir avec les valeurs inégalitaires et d'oppression économiques néolibérales du Parti québécois.

      - CQFD

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 octobre 2015 12 h 18

      «Vous avez raison, la couronne irait beaucoup mieux sur la tête de Françoise... »-Richard Génois Chalifoux

      Je vous ferai remarquer que la «couronne de Françoise» n'a aucune commune mesure avec l'auréole que les péquistes ont placées au dessus de tête nouveau messie du PQ.

    • Serge Morin - Inscrit 7 octobre 2015 12 h 36

      Franchement vous depassez les bornes.
      Vous semblez croire que la gauche est un royaume
      et vous en êtes le plus fidèle sujet.
      Vos éternelles critiques sur le PQ sont redondantes et tellement previsibles que vous desservez votre cause
      Pas besoin de me repondre je connais la réponse
      html

    • Serge Morin - Inscrit 7 octobre 2015 12 h 39

      Cuba vous sied si bien
      50 ans de gauche pour arriver à un accord avec les USA

    • Gilles Théberge - Abonné 7 octobre 2015 13 h 11

      Mais le Pq ça reste le Pq. C'est un ennemi potentiel de Françoise et conséquemment il est toujours bon de gerroyer contre ses ennemis.

      D'où l'intérêt de monsieur montmarquette.

    • Christian Montmarquette - Abonné 7 octobre 2015 13 h 13

      Pensée à réfléchir...

      Ce PQ qui se lamente tant depuis 33 ans de s'être fait imposer de force une Constitution qu'il n'avait pas signée.. Propose sommes toutes d'imposer la même chose au peuple québécois quand il veut rédiger l'acte fondateur du pays par dessus la tête du peuple.

    • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 7 octobre 2015 14 h 15

      M. Montmarquette, vous avez réussi, une autre fois, à déverser votre fiel contre le PQ. Continuez dans votre idéologie de la gauche à tout prix et nous resterons dépendants du Canada puisque vous préférez comme gouvernement la droite fédéraliste à Ottawa et à Québec!

    • Nicolas Bouchard - Abonné 7 octobre 2015 20 h 26

      M. Montmarquette,

      Gardez l'idée d'indépendance à 35-40% après deux défaites est une grande réussite à mes yeux. Comparez avec l'Écosse, la Catalogne, le pays Basque et etc. et vous verrez que ce sont des chiffres très honorbales. Cependant, votre haine aveugle du PQ vous empêche de voir cela.

      Je vous ai posé 2-3 questions sur QS et leurs comportements et actions, zéro réponse de votre part. Tiens tiens, beaucoup plus facile de critiquer le PQ que de justifier QS. Votre capacité d'introspection semble très limitée.

      Vous avez tout faux. Le PQ refuse une constitution non-signée par l'Assemblée Nationale, qui est autorité légitime au Québec et les représentants du peuple dans notre système monarchique. À forcer de critiquer sans réfléchir, vos jérémiades finissent par ne plus avoir aucun sens.

      Nic B.

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 octobre 2015 08 h 28

      «Le PQ refuse une constitution non-signée par l'Assemblée Nationale»-Nicolas Bouchard

      Désolé, mais maintenir l'indépendance à un niveau de 35% durant 45 ans est non seulement la preuve d'un échec. Mais tant et si bien, que tous s'entendent pour dire que le prochain référendum sera celui de la dernière chance, et tant qu'à moi, avec la coquille-vide péquiste, la promesse d'un 3e échec.

      Ce PQ qui se lamente depuis 33 ans de s'être fait imposer de force une Constitution qu'il n'avait pas signée, propose d'imposer la même chose aux citoyens du Québec.

      N'espérez-pas que le peuple soit assez idiot pour se lancer tête baissée dans une telle avanture sans constitution, sans projet de pays et sans savoir dans quoi le PQ cherche à l'embarquer.

      Aucune personne sensée ne se lancerait même dans le simple achat d'une maison sans d'abord avoir vu les plans. Alors qu'à toutes fins pratiques, c'est ce que le PQ propose.

      Ne nous faisons-pas d'illusions. Jamais un parti néolibéral, bourgeois et à la solde de l'entreprise privée ne fera l'indépendance du Québec. Et encore moins ne sera le vecteur d'une véritable libération du peuple.

      Au bout du compte tout ce que le PQ propose, c'est de changer les exploiteurs du peuple canadiens par des exploiteurs du peuple Québécois.

      Christian Montmarquette

      Référence :

      « La grève sociale doit revendiquer une nouvelle constitution »-Presse-toi à gauche, 16 mars 2015.

      http://www.pressegauche.org/spip.php?article21303

      .

    • Nicolas Bouchard - Abonné 8 octobre 2015 09 h 16

      "Tous s'entendre pour dire" = un argument vide que n'importe quel professeur de Cégep indiquerait comme caduque en gros traits rouges. Allez refaire vos devoirs M. Montmarquette.

      Sinon, j'attends toujours des réponses concernant les actions et comportements de Qs face à la monarchie et le Lt-Gv. C'est le silence radio total de votre part lorsque vous êtes appelé à écrire autre chose que des attaques anti-PQ.

      Nic B.

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 octobre 2015 10 h 03

      «Tous s'entendre pour dire" = un argument vide»-Nicolas Bouchard

      C'est donc que vous considérez les propres dires de votre chef, Pierre Karl Péladeau, aussi comme du vide...

      « On n'aura pas 25 ans devant nous pour le réaliser. Avec la démographie, avec l'immigration, c'est certain qu'on perd un comté chaque année. » -Pierre Karl Péladeau, Radio-Canada, 19 mars 2015

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 octobre 2015 10 h 44

      «J'attends toujours des réponses concernant les actions et comportements de Qs face à la monarchie..»-Nicolas Bouchard

      Je ne suis pas votre secrétaire, et c'est la dernière fois que je fais votre recherche à votre place:

      « Khadir qualifie William et Kate de «parasites»-Taïeb Moalla/Agence QMI
      31-05-2011

      «Louise Beaudoin, porte-parole péquiste en matière de Relations internationales, nous a signalé que le couple princier était le bienvenu au Québec » -Taïeb Moalla/Agence QMI, 31-05-2011

  • Francine Lavoie - Abonnée 7 octobre 2015 09 h 01

    Obsolète, inutile et coûteuse

    Où qu’elle soit d'ailleurs, la monarchie est une institution obsolète, parfaitement inutile et complètement antidémocratique. Coûteuse en plus pour les contribuables qui n’en retirent aucun bénéfice, outre celui, pour les people, d’assister au baptême d’une princesse, à travers les images de certains magazines... Son représentant au Québec n'a donc pas la moindre raison de s'enorgueillir de son «poste».