Produire localement pour sauver notre planète

Le Québec serait-il devenu un banc d’essai pour les entreprises américaines et autres qui désirent mettre leurs produits sur le marché en se servant de notre argent avec la bénédiction du gouvernement ? Si l’on en juge par les fermetures sauvages de la cartonnerie de Jonquière et du laminoir d’Arvida, propriétés d’entreprises américaines, et de bien d’autres à travers le Québec, on est en droit de se poser la question.

Les anciens travailleurs de la cartonnerie de Jonquière ont dû bondir sur leur chaise en lisant dans Le Quotidien les propos du p.-d.g. d’Investissement Québec (IQ), Pierre Gabriel Côté. Selon ce dernier, dans notre région, ça manque de projets d’envergure, de projets innovants, de projets répondant aux besoins de l’ère numérique, comme les nouveaux produits en carton. Mais au dire des anciens travailleurs de la cartonnerie, le produit qu’ils fabriquaient et sur lequel ils avaient mis beaucoup d’efforts en matière d’innovation était bel et bien ce type de carton.

M. Côté ajoute qu’il faut être proactif et aider les entreprises à innover, mais encore faut-il que ces démarches et projets réalisés avec l’argent des contribuables servent bien ces derniers. Et non que la productivité issue de l’innovation, une fois rentabilisée chez nous, soit transférée aux États-Unis sans état d’âme par des entreprises qui ne font jamais assez de profits. Depuis qu’ils ont décidé de relocaliser leur production aux États-Unis à partir de pays où sont exploités de façon scandaleuse les travailleurs, comme au Vietnam et au Bangladesh, le message des entreprises américaines ressemble à peu près à ceci : « Vous, les Québécois, contentez-vous de nous fournir la matière de première transformation et laissez-nous nous occuper des deuxième et troisième transformations. » Mais j’espère que les travailleurs de l’usine Kruger de Trois-Rivières, soutenue par IQ pour passer du papier au carton, ne se feront pas duper comme ceux de la cartonnerie de Jonquière quand la production deviendra rentable. Oui, la compagnie Kruger possède la plupart de ses entreprises au Canada, mais elle en a aussi aux États-Unis ; entre autres, au Tennessee, État paradisiaque de l’antisyndicalisme.

Crise sans précédent

 

L’ère dans laquelle nous vivons n’est pas seulement celle du numérique et de ses exigences, c’est aussi celle d’une crise sans précédent bien plus dangereuse que le groupe État islamique en Syrie. Mais les politiciens préfèrent la taire en campagne électorale ; pas assez vendeuse. Il s’agit de la crise du climat, qui nous oblige à faire vite pour effectuer une nécessaire transition vers des productions beaucoup plus locales et moins « carbonisantes », axées sur des impératifs écologiques. Les scientifiques ne cessent de le répéter : des actions décisives à entreprendre pour éviter le réchauffement catastrophique de la Terre doivent être mises en place dès décembre prochain lors du sommet sur le climat à Paris. J’appelle de tous mes voeux l’avènement d’un gouvernement de remplacement plus ouvert au respect de l’environnement, le 19 octobre prochain. Il nous faut à Paris la présence de représentants canadiens qui y croient vraiment.

En terminant, rappelons certains passages du manifeste « Un grand bond vers l’avant » (Le Devoir, 15 septembre), signé par des personnalités québécoises et canadiennes ciblant l’inaction des politiciens : « La pauvreté et les inégalités qui s’accentuent creusent une cicatrice qui défigure le présent […] Prendre soin de la planète et les uns des autres pourrait créer de nouveaux secteurs économiques très dynamiques […] Beaucoup plus de personnes auraient accès à des emplois mieux payés et travailleraient moins longtemps, ce qui nous laisserait amplement le temps de profiter de la présence de nos proches et de nous épanouir dans nos communautés. »

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