Contre EI, une coalition au sol?

Un paramilitaire irakien fait le V de la victoire après la reprise d'un village près de Tikrit, en mars dernier, aux mains du groupe État islamique.
Photo: Ahmad al-Rubaye Agence France-Presse Un paramilitaire irakien fait le V de la victoire après la reprise d'un village près de Tikrit, en mars dernier, aux mains du groupe État islamique.

Depuis le démembrement de l’Empire ottoman après la Première Guerre mondiale, le Moyen-Orient a toujours été une poudrière. Ses immenses ressources pétrolières et le conflit entraîné par la création d’Israël en 1948 ont fait de cette région du monde un foyer de tensions permanentes, auxquelles le retour en force de l’islam radical est venu ajouter un important élément additionnel. Comme si tout cela n’était pas déjà suffisant, l’intervention unilatérale irréfléchie des États-Unis en Irak en 2003 a contribué à déstabiliser encore plus la région.

Maintenant et depuis quelques années, alors même que la Syrie était ravagée par une interminable guerre civile, que l’Irak se déchirait entre chiites et sunnites et que l’Iran tente un timide retour au sein de la communauté internationale, voilà que le cancer du djihadisme islamique, sous l’appellation État islamique, vient miner davantage la région.

Ce qui est nouveau avec l’apparition de ces nouveaux barbares d’État islamique, c’est que les États où les insurgés islamistes réussissent à arracher du territoire sont ouverts aux attaques aériennes par des pays membres de l’OTAN autant que par les pays arabes voisins. Pourtant, les attaques aériennes de la coalition ne connaissent qu’un succès mitigé qui n’empêche pas le groupe État islamique de gagner du terrain au sol. Il est temps que la communauté internationale fasse davantage.

Dans les années 1930, il a fallu du temps et la fin de beaucoup d’illusions pour que les pays concernés réalisent l’ampleur de l’horreur sociale et humaine que fut le nazisme. Mais ce n’est pas l’horreur qui a d’abord poussé les pays à agir. L’Angleterre et la France avaient signé un traité en vertu duquel elles viendraient en aide à la Pologne si celle-ci était attaquée. Hitler a parié que les Anglais et les Français ne feraient rien, comme cela avait été le cas en 1938 avec la Tchécoslovaquie. Hitler a perdu son pari et son agression contre la Pologne a entraîné la Seconde Guerre mondiale.

Puis, dans un geste que les historiens n’arrivent toujours pas à expliquer, c’est Adolf Hitler qui a déclaré la guerre aux États-Unis (et non l’inverse), trois jours après l’attaque japonaise à Pearl Harbor. On connaît le reste. Les alliés se sont unis et ont fini par défaire l’Allemagne nazie et, en Asie, l’empire japonais dont les massacres n’ont pas eu beaucoup à envier à ceux des nazis.

Face au groupe État islamique, les pays civilisés du monde doivent se décider à mettre fin à ce cancer qui ronge le Moyen-Orient et qui inspire le terrorisme international. Il faut éradiquer cet État islamique, comme on arrache de la mauvaise herbe.

Pour atteindre ce résultat, les attaques aériennes ne suffisent manifestement pas. Il y a 25 ans, les États-Unis ont accepté que soit formée une large coalition incluant des pays arabes voisins de l’Irak pour chasser les armées de Saddam Hussein du Koweït qu’il avait envahi et pillé. Cette coalition, sous l’égide de l’ONU, incluait nombre de pays arabes inquiets des visées hégémoniques régionales du dictateur irakien. Il faut aujourd’hui, comme le veut l’expression « des bottes au sol », même si ces « bottes au sol » en Irak (après la déroute de l’armée de Saddam Hussein), en Afghanistan, de même qu’au Vietnam n’ont pas donné les résultats espérés. Nous en sommes là face au groupe État islamique.

Le comportement des djihadistes d’État islamique démontre une barbarie humaine insoutenable, en même temps qu’une hargne incompréhensible du patrimoine culturel de l’humanité. Il est grand temps que les pays du Moyen-Orient prennent l’initiative de former une coalition sous l’égide de l’ONU, avec la participation d’autres pays du monde pour écraser cette insurrection. Cela ne réglera pas tous les problèmes du Moyen-Orient, mais cela apporterait une pierre de plus à l’esquisse de solutions à moyen et long termes pour que la paix revienne dans une région du monde qui ne l’a pas beaucoup connue depuis un siècle.

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