Voir plus loin que le 19 octobre

Le projet d’indépendance du Québec représente essentiellement la volonté que les Québécois gèrent eux-mêmes ce qui relève actuellement de la juridiction fédérale.<br />
Photo: Getty Images Le projet d’indépendance du Québec représente essentiellement la volonté que les Québécois gèrent eux-mêmes ce qui relève actuellement de la juridiction fédérale.

Des indépendantistes sont tentés d’appuyer le NPD plutôt que le Bloc québécois aux prochaines élections. C’est à eux que je m’adresse ici et non aux électeurs fédéralistes, que le programme du NPD peut contenter, je suppose.

Le premier argument en faveur de cet appui d’indépendantistes au NPD est celui du vote « stratégique » pour renverser à tout prix le régime Harper et éviter que les conservateurs ne profitent de la division du vote pour se faufiler vers la victoire. Or, dans la plupart des circonscriptions du Québec, cette dernière possibilité est inexistante.

Les conservateurs ne sont arrivés au premier rang que dans 5 circonscriptions sur les 75 qui existaient en 2011. Le Québec en compte maintenant 78, et les 3 nouvelles ont été créées dans des régions à très faible électorat conservateur. Dans 8 autres comtés seulement, le candidat conservateur arrivait deuxième (souvent loin derrière le vainqueur). Dans les 65 circonscriptions restantes, le PC a dû se contenter de la troisième, quatrième ou cinquième position. Or, dans une course à trois partis ou plus, si ceux qui étaient les deux premiers conservent globalement leurs appuis, mais se les partagent différemment entre eux, celui qui était au troisième rang peut dans certains cas se faufiler au deuxième rang, mais jamais au premier. C’est une impossibilité arithmétique. À moins, bien sûr, que les appuis propres des conservateurs n’augmentent ; ce n’est pas ce que le plus récent sondage annonce au Québec.

Quand même, dans 13 circonscriptions sur 78, par contre, le vote bloquiste peut-il jouer en faveur des conservateurs ? Cela reste très théorique : on ne voit pas, par exemple, comment, même transféré entièrement au NPD, il pourrait empêcher la réélection du conservateur Maxime Bernier par la Beauce, qui a donné à ce dernier, en 2011, plus de voix qu’à ses cinq adversaires réunis. Ou influencer le résultat dans Mont-Royal, où la lutte se faisait en 2011 entre conservateurs et libéraux, avec le NPD très loin derrière et les bloquistes une rareté.

Personnellement, je crois préférable que chacun vote selon ses convictions, mais je peux comprendre les scrupules qui existent dans une poignée de comtés. Il appartient à ceux qui y résident de trancher leur dilemme, qui ne saurait inspirer un mot d’ordre adressé à tout le Québec. Dans l’écrasante majorité des circonscriptions, le slogan « Voter Bloc, c’est voter Harper » ne repose sur aucune réalité et doit être pris pour ce qu’il est : un attrape-nigaud.

Un deuxième argument se résume par la formule « l’indépendance se décidera à Québec ». D’abord, cela n’est pas vrai, et Jacques Parizeau l’avait bien compris, lui qui insiste dans son ouvrage La souveraineté du Québec sur le caractère crucial de la reconnaissance internationale pour le projet indépendantiste et qui n’a jamais ménagé son appui à la présence du Bloc à Ottawa, siège de toutes les ambassades et foyer de contact avec la plupart des organisations internationales.

Plus fondamentalement encore, le projet d’indépendance du Québec représente essentiellement la volonté que les Québécois gèrent eux-mêmes ce qui relève actuellement de la juridiction fédérale. Il serait paradoxal que le camp indépendantiste se désintéresse de ces mêmes questions au point de laisser en exclusivité à ses adversaires la capacité d’être informés des décisions fédérales avant même qu’elles ne soient prises, et de renoncer ainsi à pouvoir en alerter les Québécois et en débattre dans une perspective québécoise là même où se fait le débat, c’est-à-dire à la Chambre des communes. Au Parlement de Québec, on est la plupart du temps accaparé par les seules questions de juridiction « provinciale » et c’est normal.

Un gouvernement NPD, minoritaire ou majoritaire, ne sera pas sans risques pour le Québec. Songeons au passé assez troublant de son chef : Tom Mulcair ne fut pas simplement un avocat d’Alliance Québec, mais l’employé et conseiller juridique à temps plein de cet organisme voué à la destruction d’à peu près toutes les dispositions de la loi 101. Pensons à son attitude d’une ambiguïté éclairante sur le transit du pétrole albertain au Québec, inspirée manifestement par le désir de faire des gains électoraux dans l’Ouest. Les politiciens qui dans l’opposition combattent les riches et les puissants, mais changent de position rendus au pouvoir nous sont familiers. Que penser de ceux qui, même dans l’opposition, se montrent ambigus ?

En d’autres mots, il faut voir plus loin que le 19 octobre prochain : l’absence de tout point de vue québécois critique, indépendant d’intérêts pancanadiens, aux Communes, ne serait pas une bonne affaire pour la cause de l’indépendance ni, de façon plus générale, pour les intérêts du Québec. C’est sûrement ce qu’a conclu Gilles Duceppe et ce qui l’a amené à reprendre un combat dont, avec toute son expérience, il ne sous-estime pas la difficulté.

Dans une déclaration du 25 mars 2012, M. Mulcair présentait le rôle de son parti comme « un rempart contre la montée de l’option souverainiste au Québec ». Comme souverainiste, je ne vois pas en vertu de quelle logique je devrais participer à la construction de ce rempart.

21 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 11 septembre 2015 05 h 09

    Affirmation patriotique ou protestation anti-conservatrice...

    Le 19 octobre sera soit un vote d'affirmation patriotique québécois, soit un vote anti-conservateur de protestation. Au seul choix de chacun des électeurs, bien entendu, mais en réponse directe aux actes concrets posés, ou ratés, des candidats québécois...
    La question qu'il faut, je crois, que chaque Québécois et Québécoise se pose avant de porter son geste électif est : quelle fierté aurais-je à voter contre ce qui ne m'intéresse pas, alors que je peux voter pour faire avancer le Québec ?
    Voter négativement ou voter positivement ? Voilà la question.
    Mais là, pour poser individuellement un geste constructif qui en devienne collectif, il faudra encore à ce jour que les candidats du Bloc nous montrent mieux que justement, ils font vraiment bloc...
    Et cela, non pas en se cachant silencieux et obéissants derrière un chef qui fait le spectacle pour plaire aux média, mais en montrant que tous, au-delà de leurs différences individuelles, ils s'unissent dans des actions concrètes.
    Celles-là proposées par un parti qui est si sincère avec le peuple québécois, qu'il ne cherche pas à lui dorer la pillule.
    Pour arriver au pays, une qualité devra non seulement être partagée de tous, mais être désirée de tous. Il s'agit du courage.
    Dans les circonstances actuelles, présenter les choses de manière idyllique pour l'accession au pays relève au mieux, de l'inconscience. Et au pire, de la complicité avec nos adversaires.
    Que le Bloc parle de courage et de force commune aux Québécois, c'est ce que je souhaite. Que tous les candidats le fassent, et beaucoup seront surpris du résultat. Surtout du côté du Canada... Nous n'avons peur ni de l'un, ni de l'autre; nous l'avons montré plus d'une fois lorsque nous en avons eu l'occasion.
    Tout au contraire de l'idée canadienne qu'on ne cesse de vouloir nous faire gober.

    Merci de m'avoir lu.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 11 septembre 2015 06 h 35

    … BQ !

    « Comme souverainiste, je ne vois pas en vertu de quelle logique je devrais participer à la construction de ce rempart. » (Jean Dorion, anc député, BQ)

    De cette citation-rempart, et en vertu de tout élan sympathique à la « cause » du Québec, cette douceur :

    Si on veut que cet élan de sympathie aux questions-réalisations touchant à l’acheminement de l’autodétermination du Québec d’u Canada augmente d’autorité et de crédibilité, le BQ est comme invité à présenter tant à la population qu’aux médias, outre les dossiers en cours, et de les soumettre à la future Gouvernance du Canada, un projet de résolution sur la possible « Constitution du Québec » ainsi que sur des études touchant le phénomène éreintant de l’assimilation du Québec !

    Le jour où cette douceur s’émergera d’esprit et de corps, émergera le …

    … BQ ! - 11 sept 2015 -

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 11 septembre 2015 11 h 11

      De d’u, lire plutôt : du (mes excuses !)

  • Guy Lafond - Inscrit 11 septembre 2015 06 h 39

    Vert, la souveraineté


    Les spéculations politiques me lassent de plus en plus.

    La planète n'entend pas.

    La planète n'attend pas.

    Faisons sortir le vote.

    Votez vert et souriez car c'est de plus en plus le vote du gros bon sens.

    :-)

  • Robert Bernier - Abonné 11 septembre 2015 07 h 35

    Voir plus loin, n'est-ce pas aussi ...

    Voir plus loin que le 19 octobre, pour un québécois même souverainiste, n'est-ce pas aussi voir que nous avons perdu 2 référendums sur la question nationale? Et que nous perdrions vraisemblablement un 3e s'il était fait à court terme? C'est d'ailleurs probablement le constat qu'a fait Gilles Duceppe lui-même quand il n'a pas beaucoup insisté pour prendre les rênes du PQ il y a quelques années.

    Le Québec ne semble pas près de quitter le Canada. Vois plus loin que le 19 octobre, n'est-ce pas aussi partir de ce constat et se demander dans quel Canada il nous sera le moin douloureux de vivre? À moins que l'idée soit de choisir la politique du pire en espérant que les québécois en aient marre à la fin. Et ce Canada, quoi qu'en disent les bloquistes pour lesquels j'ai toujours voté, ce Canada, il est hors de leurs mains, et ils ne peuvent même pas aspirer à le diriger.

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 11 septembre 2015 11 h 44

      Mais, m. Bernier. qui vous a dit que le Bloc aspire à diriger le Canada ?
      sûrement quelqu'un qui vous croyait assez naïf pour le croire.!?

      En tant que citoyen québécois, votre intérêt est de voter pour un représentant ...qui vous représente seulement...et a à coeur les intérêts du Québec...seulement du Québec... : Le Bloc québécois.

      Les autres partis politiques fédéraux défendent les intérêts des 9 autres
      provinces et autres Territoires...un intérêt plutôt dilué, n'est-ce pas.?

      Rappelez-vous seulement de 2008...et du sauvetage du Parc automobile ontarien au coût de milliards de $$$$ ...alors que le Québec demandait de l'aide pour ses "forêts",..il ne lui fut donné que quelques centaines de milliers de $$..

    • Robert Bernier - Abonné 11 septembre 2015 14 h 35

      @ Mme Sévigny

      Je suis loin d'être naïf, ne vous inquiétez pas. Ce qu'il faut comprendre quand j'écris "quoi qu'en disent les bloquistes pour lesquels j'ai toujours voté, ce Canada, il est hors de leurs mains, et ils ne peuvent même pas aspirer à le diriger", c'est ceci que, contrairement à ce qu'ils voudraient bien que nous croyons (si nous étions naïfs, mais vous ne l'êtes pas, n'est-ce pas?), ce qu'ils voudraient que nous croyons, c'est qu'ils peuvent vraiment obtenir quoi que ce soit de tangible pour le Québec. Ce qui est faux, fort malheureusement. Votre exemple de 2008 est fort judicieux: le Bloc y était encore en assez bon nombre, ce me semble!

      Si ni le PLC ni le NPD ne font grand chose pour le Québec, c'est peut-être que, à cause de la politique de la chaise vide à laquelle nous adhérons chaque fois que nous votons pour le Bloc et une éternelle opposition, ces partis croient pouvoir (ou devoir, en conséquence de nos choix) se passer de nous mais pas du reste du Canada.

      Il serait pertinent de se demander si, étant donnés les referendum perdus, il ne serait pas temps de réinvestir le Canada et de faire en sorte que notre vote finisse par compter. Je sais que c'était l'idée des Trudeau, Marchand et Pelletier. Espérons que nous y enverrions de meilleurs représentants!

      Je ne suis pas naïf. Mais je commence à en avoir bien assez de payer (les choix qui se font sans s'occuper de ce que j'en pense) pour quelque chose (l'indépendance du Québec) que je n'aurai vraisemblablement jamais. Vous devriez commencer à y penser vous aussi, juste pour voir.

      Robert Bernier
      Mirabel

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 12 septembre 2015 07 h 25

      Je me pose la question suivante : Qu'est-il arrivé de bon pour le Québec toutes ces années où nous y avons envoyé des Premier ministres à ce gouvernement fédéral ? C'était bien des québécois pourtant qui étaient «au pouvoir».

      Je veux bien qu'on critique le fait que nous n'élirions que des personnages dans le coin de la grand salle, mais qu'est-il arrivé quand nous placions des chefs sur la grande chaise ? Nous y avons même envoyé un chef qui avait de la difficulté à s'exprimer en anglais. Ça nous a donné quoi ici chez-nous ? Je vais vous le dire : Par nos votes de support, nous avons transformé des québécois en adversaire.

      Et que va-t-il arriver si par nos votes de support nous y plaçons encore un québécois sur ce fâmeux siège du pouvoir ? Réponse : «Les mêmes causes produisent les mêmes effets». Les preuves sont faites : Le problème n'est pas «qui» on met dessus, le problème est la chaise elle-même.

      PL

  • François Dugal - Inscrit 11 septembre 2015 07 h 48

    Le ROC

    Le ROC voit que le Québec s'apprête à voter NPD-NDP. Par conséquent, avec sa logique centenaire, il votera libéral. Ainsi, les québécois, pour se débarrasser de Harper, feront élire un Trudeau.
    N'est-il pas beau, le "plusse meilleur" pays du monde?
    Levons-nous et chantons en chœur le deuxième couplet de notre hymne national :
    "Sous l'œil de Dieu, près du fleuve géant,
    Le canadien grandit en espèrant.
    Il est né d'une race fière,
    Béni soit son berceau."

    • André Hamel - Abonné 12 septembre 2015 12 h 19

      Pour la petite Histoire : Lorsque Basile Routhier a composé les paroles du Ô Canada, c'est aux Canadiens français qu'il pensait. À cette époque, les Canadiens, c'était eux. Les autres, c'était les Anglais. D'ailleurs les termes Canada et Canadiens datent de la Nouvelle-France qui était constituée, à une certaine époque, de trois colonies : l'Acadie, le Canada et la Louisiane.

      Si on revient aux paroles que vous citez "près du fleuve géant", peut-on simplement dire que ça convient plus ou moins aux Prairies et à la Colombie britannique ?

      Voici la traduction anglaise de ce couplet :

      O Canada! Where pines and maples grow.
      Great prairies spread and lordly rivers flow.
      How dear to us thy broad domain,
      From East to Western sea.
      Thou land of hope for all who toil!
      Thou True North, strong and free!

      En terminant, une info croustillante :
      Que prônait politiquement Calixa Lavallée, le compositeur de la musique ?

      Je vous le donne en mille :
      L'annexion du Canada aux États-Unis !

      Ironique non ?

      André Hamel
      compositeur et enseignant