Leçons à mes enfants

Le ministre de l'Éducation, François Blais
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l'Éducation, François Blais

Mardi matin, nous sommes allés à l’école avec mes enfants plus tôt que d’habitude pour témoigner de notre attachement à l’école publique. Monsieur le Ministre de l’Éducation, vous nous avez accusés d’instrumentaliser nos enfants en les faisant participer à cette action.

Pourtant, loin d’instrumentaliser mes enfants, j’ai bien au contraire le sentiment d’avoir assumé totalement mon rôle de parent, d’éducateur. Dire à ses enfants de participer à des activités qui visent à protéger leur école est pour moi, comme pour de nombreux autres parents rencontrés, une occasion de leur montrer que nous nous soucions de leur école, de la qualité de l’enseignement qu’ils reçoivent.

Comme parents, nous avons la responsabilité de protéger et d’assurer la sécurité de nos enfants. Qu’il s’agisse de nous préoccuper de la sécurité routière aux alentours de l’école, des moisissures dans les murs des établissements, des effectifs des classes, de la reconnaissance de la qualité des enseignements, du soutien dans la réalisation des devoirs, de la présence de professionnels dans l’école, par nos gestes, nos actions, nos discours, comme parents, nous disons à nos enfants que nous avons à coeur leur réussite scolaire, que nous prenons au sérieux leur éducation et la qualité du milieu de vie dans lequel ils passent de nombreuses heures.

Vous pouvez avoir fait d’autres choix comme père et je le respecte, mais laissons-nous, s’il vous plaît, le droit de choisir, comme parents, la manière dont nous souhaitons incarner la transmission de la valeur de l’éducation à nos enfants. Il y a quelques années, une enseignante avec sa classe de 3e année avait participé dans une émission d’Enjeux à une « leçon de discrimination ». Allez voir l’émission, vous verrez comment des enfants peuvent comprendre, appréhender les questions d’injustices.

Eh bien, mardi matin, j’ai aussi donné une leçon de justice sociale à mes enfants en participant à cette chaîne humaine. Et oui, c’était une occasion de leur dire et de leur expliquer comment l’école publique devait assurer une égalité des chances pour tous. Que pour réaliser cette justice sociale dans la promotion de la réussite scolaire de TOUS les élèves, il faut des moyens, des ressources humaines, des locaux. Depuis la rentrée, j’entends seulement des récits de parents qui témoignent ici de la suppression du poste d’une psychoéducatrice, là d’un orthopédagogue, de bibliothécaires. Ailleurs, ce sont les effectifs qui se sont accrus malgré les difficultés des élèves accueillis. Et chaque fois, ce sont les élèves les plus vulnérables de notre société qui vont subir ces coupes, renforçant toujours un peu plus les injustices qu’ils vivent.

C’est vrai qu’aujourd’hui, on ne voit que les conditions réduites pour assurer une éducation de qualité pour TOUS les élèves, les effets se verront plus tard. L’austérité est comme un virus qui s’infiltre petit à petit dans nos institutions, virus qui deviendra une maladie dans quelques années quand il sera trop tard pour agir. C’est avec cette comparaison que vous pouvez considérer comme boiteuse que j’ai expliqué à ma fille pourquoi nous allions nous réveiller plus tôt mardi matin. Et je lui ai rappelé que lorsqu’on veut une société juste et bonne pour tous, il faut combattre cette maladie, car si elle vit peut être dans des conditions privilégiées, tous ses amis ont le droit à la même réussite qu’elle, et pour cela, il faut que son école puisse avoir tout ce dont elle a besoin pour accompagner tout le monde vers la réussite. Je crois qu’elle a compris ma leçon. Elle s’est quand même interrogée sur un paradoxe. Maman, pourquoi, le « chef de l’éducation », lui, pourquoi lui, il ne trouve pas important que mon école soit bonne et juste pour tout le monde ?

7 commentaires
  • Jacques Morissette - Abonné 4 septembre 2015 09 h 58

    Vous avez bien raison madame.

    Le ministre de l'Éducation François Blais dit que des enseignants et des parents instrumentalisent les enfants à des fins politiques, sur un ton de reproche. Alors que le le parti Libéral, entre autres, utilisent les générations qui nous suivront pour expliquer les raisons des coupures au Gouvernement et dans les services publics, pour des raisons idéologiques.

    Je ne sais pas dans quelle mesure c'est vrai, ni pourquoi ils se gêneraient d'être accompagnés de leurs enfants pour manifester. Par ailleurs, c'est une belle façon pour les parents d'éduquer leurs enfants pour les vraies choses de la vraie vie. Les animaux éduquent bien leurs petits à se protéger autant que possible des prédateurs, s'ils ne l'apprennent pas d'eux-mêmes.

  • Benoit Toupin - Abonné 4 septembre 2015 10 h 00

    Condescendance instrumentalisée

    Bravo d'exprimer avec tant de justesse le droit des parents et de leurs enfants de s'impliquer dans leur vie citoyenne et de choisir la façon de faire. Le ministre semble empêtrer dans ses contradictions, son incapacité de préserver et mieux de développer l'école publique, son obligation de solidarité partisanne, la faiblesse de sa position face à son collèque du trésor.

    Est-ce que Monsieur Paul Gérin-Lajoie aurait accepté de travailler sous de telles contraintes; j'en doute. Il était un passionné de l'éducation publique et sa mission ne faisait pas de compromis lorsqu'il s'agissait d'élaborer ce qui devait donner une chance égale à tous. Il nous a légué un extraordinaire potentiel.

    Les vrais politiques ne s'empêtrent pas, ne blament pas, ne divisent pas, ils construisent. La dernière vrai politique à plus de quinze ans: La mise en place du réseau de centre de la petite enfance: Depuis ce temps, rien... Notre état, notre maison collective, aussi importante que notre domicile individuelle, subit les affres d'un discours anti-taxes et impôts, d'une sape du potentiel de l'état.

    Nous regretterons un jour ce manque d'attention à l'égard de notre maison collective et de la solidarité qu'elle exige.

  • Monique Bisson - Abonné 4 septembre 2015 12 h 01

    Analyse juste et engagement louable!

    Oui, bravo, Madame, et, merci, pour votre engagement à défendre cette école publique que nous portons à bout de bras depuis des décennies. Cette école qui au début des années 60 a permis à toutes les couches de la société d'avoir accès aux études, même supérieures, un droit pour lequel des parents se sont battus comme vous le faites avec votre cœur et votre tête, aujourd'hui, pour l'école de nos enfants et de nos petits-enfants.

    Et, bravo, d'entraîner vos enfants dans cette démarche, car monsieur le ministre-roi a tout faut et puisse votre analyse juste et percutante de vérité le ramener à la raison pour la suite de notre monde de l'éducation publique.

    Monique Bisson, Gatineau

  • Pierre R. Gascon - Inscrit 4 septembre 2015 16 h 34

    Le temps est venu

    Ces parents refuse de vivre dans l'inertie de l'acceptation passive. Pour eux, sortir de l'ordinaire c'est regarder ce qui se passe quand une nouvelle réponse est apportée à un problème.

    À mon point de vue, l'investissement dans la formation est le meilleur antidore contre la marginalisation. Cela exige un modèle économique organisé en fonction du bien commun; ce bien commun qui est le passage de ce qui est mieux pour moi à ce qui est mieux pour tous, et il englobe tout ce qui donne cohésion à un peuple. Dit autrement, cela signifie de construire des ponts au lieu d'élever des murs et maintenir une nécessaire unité face à toute tentative de division.

    Le peuple est attentif; alors, le temps est venu pour trouver des meneurs fiables et sûrs. Non Datur Fatum.

  • Éric Cornellier - Abonné 4 septembre 2015 18 h 08

    Merci et bravo !

    Merci et bravo, Madame Bellot ! S'il y avait plus de parents comme vous, l'école publique se porterait mieux. Éduquer les enfants aux enjeux de société, ce n'est pas les instrumentaliser, c'est les préparer à assumer leur responsabilité citoyenne pour plus tard. Les enfants comprennent plus et mieux que ce que notre ministre de l'Éducation semble croire.

    Éric Cornellier, enseignant au primaire