SOS transports en commun à Percé

 Le nom même de Percé a littéralement disparu de la carte de la péninsule sur laquelle s’inscrit le nouveau «réseau d’Orléans Express».
Photo: Sylvain Majeau Tourisme Québec Le nom même de Percé a littéralement disparu de la carte de la péninsule sur laquelle s’inscrit le nouveau «réseau d’Orléans Express».

Sans voiture personnelle, il est devenu quasi impensable de se déplacer depuis Percé. L’idée même de considérer les transports en commun comme un bien essentiel semble disparaître peu à peu des priorités locales et régionales.

L’avion de Gaspé est inaccessible au plus grand nombre à cause des coûts prohibitifs, mais aussi parce que le transport entre Percé et Gaspé demeure problématique.

Incroyable mais vrai, l’autocar qui dessert encore la Gaspésie jusqu’à Montréal ne s’arrête plus à Percé, sa capitale touristique. Le nom même de Percé a littéralement disparu de la carte de la péninsule sur laquelle s’inscrit le nouveau « réseau d’Orléans Express ». Comme publicité négative pour éloigner les visiteurs de Percé, on n’imaginerait pas mieux que la diffusion de ce nouvel horaire, en circulation depuis mars dernier.

Quant au trajet en autocar entre Grande-Rivière et Montréal par la Matapédia, il est présentement d’un inconfort dissuasif. Non seulement les services d’Orléans Express ont grandement diminué depuis l’arrivée de Kéolis, mais surtout les véhicules utilisés ne sont aucunement adaptés aux trajets de longue durée. Peut-être à la rigueur acceptable sur de courtes distances, l’inconfort d’un transport en charter devient insupportable pendant un voyage de 14 heures, à subir de jour à l’aller et de nuit au retour, sans possibilité de choix. Comment obtenir de Kéolis, qui détient un monopole sur le territoire gaspésien comme sur les trajets entre Montréal et Québec, sinon le rétablissement d’urgence d’un arrêt à Percé, du moins une sérieuse amélioration du confort de ses véhicules en Gaspésie ?

Peu fiables

 

Les services offerts localement par REGIM (Régie intermunicipale de transport Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine) seraient intéressants s’ils étaient plus fiables. Dans les faits, l’incohérence des horaires et des consignes, pour qui réussit à les obtenir, a de quoi décourager les utilisateurs potentiels. Telle est l’expérience de certains usagers occasionnels qui ont déjà manqué des rendez-vous importants pour la seule raison qu’ils avaient été mal renseignés.

Il y a pourtant chez REGIM, qui a déjà cinq ans d’existence, des pistes d’avenir à explorer. Un communiqué paru dans Graffici en mai dernier annonçait le dévoilement d’une stratégie de planification quinquennale, promettait un renouvellement d’image ainsi que la parution prochaine d’un nouveau site Web. Hélas, cet excellent programme d’intentions n’arrive pas à corriger l’impression que les services de REGIM demeurent en rodage et qu’il est toujours aussi difficile d’y obtenir des renseignements pertinents.

Ni trains ni taxis

 

Le train qui desservait autrefois la Gaspésie jusqu’à Montréal a peu à peu disparu complètement. Déjà vétustes, les voies ferrées sont maintenant à l’abandon. Les rumeurs qui surgissent sporadiquement sur l’éventualité de la réapparition de Via Rail tiennent du folklore. Il en va de même pour les innombrables pétitions demeurées sans écho, sans oublier les supplications inlassablement réitérées de nos élus, restées sans effet. Il est douteux que la privatisation locale soit une solution, comme certains l’ont cru. L’initiative chancelante du petit circuit touristique de l’Amiral entre Gaspé et Barachois montre les limites de ce qu’on peut espérer de ce côté. Réservé à quelques croisiéristes, ce service est maintenant suspendu parce qu’il n’est plus sécuritaire à cause du mauvais état des voies ferrées. Dans un tel contexte, il serait téméraire d’imaginer prochainement entre Gaspé et Montréal le rétablissement d’un véritable service ferroviaire à l’usage de tous les citoyens.

Il n’y a plus de taxis à Percé depuis 2013. La récente arrivée des taxis Porlier de Mont-Joli, destinés aux touristes d’été ou au remplacement épisodique des navettes de REGIM entre Grande-Rivière et Gaspé, sera-t-elle une solution durable ? Enfin, une autre question : d’où vient l’incompréhensible blocage qui empêche, entre Gaspé et Montréal par la baie des Chaleurs, l’installation d’un service de taxi analogue à celui qui est autorisé entre Gaspé et Montréal par le côté nord de la péninsule ?

On dit que le transport en commun n’est pas rentable en Gaspésie, mais rien n’est fait pour attirer efficacement la clientèle, c’est-à-dire en offrant de bons services. Il faut voir par exemple comment Kéolis oriente sa publicité pour comprendre que le bien-être de ses passagers repose moins sur leur confort que sur leur amusement : Wi-Fi gratuit à bord de ses véhicules, ce qui est apprécié de tous, mais aussi possibilité de vous entretenir personnellement en cours de route avec un blogueur professionnel, ce qui est peut-être distrayant, mais guère utile pour vous faire oublier que vous êtes mal assis.

Les solutions qui s’imposent dans l’immédiat n’ont rien d’enthousiasmant. Les Percéens qui le peuvent continueront à rouler en voiture et les autres essaieront de se débrouiller avec les moyens qui restent à leur disposition. Les touristes n’auront pas oublié que Percé figure toujours sur la carte routière de la Gaspésie. Été comme hiver, ils continueront d’y venir en voiture, en caravane, en motoneige, en hélicoptère, en autocar privé… Tout le monde sait que la situation présente, comme les projets futurs, relève de choix politiques. Nos élus continueront à faire généreusement ce qu’ils peuvent pour défendre leur idéal du bien commun, chacun à sa façon. Quant à moi, à défaut de faire mieux, je continuerai avec tant d’autres à rêver d’un avenir plus inventif.

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