Les agronomes québécois à la rescousse des abeilles

Les abeilles souffrent de l’usage des insecticides de la classe des néonicotinoïdes. Il faut donc adopter une stratégie rationnelle et rigoureuse pour son utilisation.
Photo: François Pesant Le Devoir Les abeilles souffrent de l’usage des insecticides de la classe des néonicotinoïdes. Il faut donc adopter une stratégie rationnelle et rigoureuse pour son utilisation.

L’été est bien engagé et la vie estivale bat son plein. Les insectes pollinisateurs, dont les abeilles, sont aussi très actifs. Malheureusement, depuis une dizaine d’années, on constate un déclin de ces insectes pollinisateurs, une situation alarmante qui affectera notre agriculture. Ces insectes sont non seulement essentiels à la reproduction des plantes, soit 80 % des espèces végétales, mais fondamentaux aux fins de notre alimentation pour 35 % de la production mondiale.

La majorité des études scientifiques attribuent ce déclin à plusieurs facteurs, y compris l’usage de certains pesticides, dont les néonicotinoïdes. Un insecticide utile pour l’agriculture, car il sert à protéger les semences au printemps contre l’attaque des insectes du sol et la pourriture. Utilisées depuis fort longtemps, les semences enrobées d’une fine couche d’insecticide et de fongicide permettent d’obtenir de meilleurs résultats. Au cours des années, les produits utilisés ont évolué pour d’autres plus efficaces, comme les néonicotinoïdes.

Au Québec, depuis 2008, près de 100 % des cultures de maïs et plus des deux tiers des cultures de soya utilisent ce type de semences enrobées.

D’importants projets

Le Québec a très peu fait connaître son plan d’action face à cette situation préoccupante et donne une impression d’inaction, comparativement à l’Ontario. Bien au contraire, d’importants projets sont en cours pour trouver une solution agronomique rationnelle aux néonicotinoïdes. Ces projets appuieront aussi les producteurs dans le changement.

Le milieu agronomique québécois s’est donc mobilisé en adoptant une stratégie rationnelle et rigoureuse. Ainsi en 2012, le Québec a entrepris un projet de recherche de grande envergure en confiant l’évaluation de l’impact des traitements de semences néonicotinoïdes sur les ravageurs du semis au Centre de recherche sur les grains du Québec (CEROM). De concert avec des producteurs et des agronomes, le CEROM a mis sur pied un important réseau de dépistage à la ferme pour trouver des solutions de rechange aux applications préventives de néonicotinoïdes sur les semences. Ce projet vise à diagnostiquer et à documenter la présence des insectes de sol par le dépistage, à réaliser des essais comparatifs sur près de 80 parcelles traitées et non traitées et à recommander ou non l’utilisation de semences traitées l’année suivante. De plus, le Réseau d’avertissements phytosanitaires documente la présence d’insectes de sol sur 150 sites depuis 2011. Les résultats de ces projets seront compilés, un rapport de recherche sera dévoilé en 2016 et l’analyse des données servira à élaborer un outil de décision destiné aux agronomes et aux producteurs.

Par ailleurs, les fournisseurs de semences se sont aussi mobilisés. Ils offrent des semences non traitées, donnant le choix aux agriculteurs d’éviter l’usage de ce pesticide lorsqu’il y a une stratégie de dépistage des insectes et que le risque de subir des pertes est bien évalué.

Rappelons que le Québec compte près de 400 agronomes experts en phytoprotection, le domaine scientifique visant à protéger les plantes contre leurs ravageurs. L’Ordre des agronomes du Québec a publié en 2013, avec leur collaboration, un mémoire sur l’exposition des abeilles aux pesticides de la catégorie des néonicotinoïdes, qui propose une série d’actions. De plus, un projet-pilote d’accompagnement à la ferme est en cours et sera terminé en 2016.

Le travail de recherche du CEROM et des agronomes ainsi que l’appui aux agriculteurs sont soutenus financièrement par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. En 2014, près de 250 producteurs ont bénéficié de cette aide pour le dépistage de ravageurs et environ 50 % des agriculteurs n’ont pas utilisé de semences de la catégorie des néonicotinoïdes en 2015.

La communauté agronomique et agricole québécoise travaille en collaboration et est confiante de trouver une solution qui s’appuie sur une approche scientifique et globale.

Une réglementation efficace

Dans l’éventualité où le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) réglementerait l’utilisation des néonicotinoïdes et autres pesticides, l’Ordre des agronomes l’invite à considérer les pistes de solutions concrètes développées par la communauté agronomique qui seront bientôt applicables au Québec. De plus, une future réglementation sur l’usage des néonicotinoïdes et autres pesticides doit s’appuyer sur une justification agronomique plutôt que sur une interdiction. Cette recommandation de l’Ordre repose tant sur les connaissances et les compétences des agronomes en matière de pesticides que sur sa compréhension des enjeux auxquels fait face le milieu agricole. Elle s’inscrit dans une perspective de protection et de santé du public, en tenant compte de la pérennité de l’agriculture.

1 commentaire
  • Daniel Francoeur - Abonné 3 août 2015 16 h 05

    Titre fallacieux

    Après avoir lu l'article j'en conclus qu'un titre plus exact serait: « Le corporatisme des agronomes à la rescousse des agronomes ».

    Le poison tue les abeillles, et en conséquence possiblement la plus grande partie de la vie sur la terre. Le temps n'est plus au dosage du nocif mais à la reconfiguration des méthodes de production délétères.