La politique commerciale conservatrice: bilan défavorable au Québec

Photo: Evren Kalinbacak iStock

Les 15 et 17 juin avait lieu à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Genève le 10e Examen des politiques commerciales du Canada pour la période allant de 2011 à 2014. Cet exercice fournit une bonne occasion d’analyser la politique commerciale du gouvernement Harper.

Dans une lettre sur le commerce international que nous publions sur le site de l’IREC (irec.net) nous nous proposons dans un premier temps d’étudier les moyens mis en place par le gouvernement fédéral canadien dans le cadre de sa politique commerciale. L’analyse tente ensuite de saisir à grands traits les principaux résultats de cette politique et d’en évaluer l’efficacité du point de vue des intérêts économiques du Québec. Les positions de l’opposition néodémocrate et ses principales critiques envers la politique conservatrice sont aussi exposées brièvement. Voici quelques éléments de résumé de notre analyse.

Les moyens de la stratégie canadienne : la politique commerciale du Canada sous le gouvernement conservateur comprend des éléments de continuité, mais aussi certains changements d’orientation majeurs par rapport aux gouvernements précédents. La stratégie conservatrice s’est appuyée sur quatre piliers : la mise en place d’une série de mesures d’«amélioration » de l’environnement des affaires et d’aide aux entreprises pour stimuler leur compétitivité sur les marchés internationaux ; la multiplication des initiatives de négociations bilatérales et régionales en vue de conclure de nouveaux accords commerciaux tout en maintenant une participation aux forums multilatéraux ; la mise en oeuvre de mesures unilatérales de libéralisation du commerce ; et le développement et mise en oeuvre de la « diplomatie économique ».

Les résultats économiques : le taux de chômage en baisse et la forte croissance montrent que la performance économique du Canada, pendant et après la crise économique mondiale, est plutôt bonne. Cependant, plusieurs indicateurs pointent vers un certain nombre d’échecs de la politique économique du gouvernement conservateur, notamment l’important déficit de la balance commerciale.

De plus, les statistiques économiques indiquent que l’économie canadienne souffre d’une double dépendance : d’abord à l’égard du marché américain pour trouver des débouchés ; puis des exportations reposant sur un éventail restreint de produits liés aux ressources naturelles, notamment le pétrole

Une politique commerciale conservatrice inéquitable pour le Québec ? Certaines mesures mises en place par le gouvernement fédéral ne sont pas en accord avec la politique québécoise sur le commerce extérieur, ou avec les positions historiques du gouvernement du Québec. Les orientations fédérales peuvent déboucher sur a) des mesures inefficaces qui ont un impact négligeable sur l’économie québécoise, notamment les mesures de libéralisations unilatérales dans le secteur manufacturier ; ou alors b) des initiatives qui entrent en contradiction avec les intérêts du Québec, y compris les concessions sur la gestion de l’offre dans le cadre des négociations commerciales bilatérales.

L’opposition à la politique commerciale Harper : le Nouveau Parti démocratique qui forme l’opposition officielle à la Chambre des communes a développé, depuis que Thomas Mulcair le dirige, une position « procommerce » plus affirmée. S’éloignant de la position traditionnelle d’opposition au libre-échange des néodémocrates, Thomas Mulcair prône une approche plus libérale et propose désormais de multiplier les initiatives de négociations bilatérales.

Pour le NPD, la politique commerciale Harper est « incohérente et dommageable » pour l’économie canadienne puisqu’elle augmente radicalement les droits de douane pour ces pays en développement ne bénéficiant plus du traitement préférentiel, tout en réduisant sensiblement les taxes douanières pour certains pays partenaires dans le cadre d’ententes commerciales. De plus, la politique commerciale conservatrice manquerait de transparence, selon l’opposition officielle à la Chambre des communes. Malgré ses critiques, le NPD entretient le flou sur les orientations commerciales d’un éventuel (premier) gouvernement dirigé par la gauche canadienne.

En somme, notre analyse de l’impact de la politique commerciale Harper montre que certaines mesures commerciales sont inefficaces et inéquitables pour le Québec. Ce dont le Québec a besoin, c’est d’une politique commerciale adaptée à ses besoins, qui cible les industries à haut potentiel en soutenant leur développement à l’international, tout en protégeant les secteurs d’activité sensibles comme l’agriculture, laquelle remplit également des objectifs d’occupation du territoire et de développement régional.

Dans les quatre dernières années, le parti de Thomas Mulcair n’a pas su développer un discours et une critique cohérents sur la politique commerciale Harper. Au fond, le NPD a préféré emprunter une position libérale sur les questions commerciales plutôt inspirée par les intérêts de l’ouest du pays, au lieu de faire valoir une perspective québécoise sur les enjeux de politique économique extérieure.

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