L’après-2015: casse-cou ou cycle vertueux?

En 2030, lorsque nous regarderons par le rétroviseur, pourrons-nous voir 2015 comme une véritable ligne de « partage des eaux » ayant marqué un changement de direction vers un modèle effectif de développement durable à l’échelle planétaire ? L’émergence de ce nouveau modèle a présentement comme toile de fond le bruit que produisent le dégel des banquises, le vol avorté d’abeilles au coin d’une fleur, l’absence des grenouilles dans ces lacs devenus acides, les océans désertés sous une pluie de microplastiques, le clapotis des vagues gigantesques inondant les champs, la honte silencieuse de ceux qui n’ont pas de moyens pour apporter de quoi nourrir leurs enfants, les forêts résonnant sous les coupes à blanc… et bien d’autres échos que chacun a pu entendre ici et là dans ce vacarme que produisent les innombrables manifestations du monde actuel. Nous sommes avec un pied dans une ère géologique connue et l’autre dans l’inconnu.

L’Holocène, ère géologique douce et stable qui nous a accueillis tout au long du développement de l’humanité, tire à sa fin. Nous poursuivons notre course vers une toute nouvelle ère soumise à l’humain et ses activités en tant que force déterminante du changement global. Son nom dit tout, Anthropocène ; et nous en sommes les créateurs. Voilà la grande différence entre 1992, époque de Rio, et l’après–2015, pour ce qui concerne le cadre d’un modèle de développement soutenable.

Modes de consommation insoutenables

Un vaste processus de consultation et de négociation au sein de l’Organisation des Nations unies enclenché depuis 2012 devrait donc bientôt accoucher de la vision et du leadership d’un nouveau plan global de développement durable codifié autour de 17 objectifs majeurs. Ces objectifs cherchent à encadrer la recherche du bien-être des quelques milliards d’habitants de la planète à l’ère de l’Anthropocène. Cela implique, entre autres, d’empêcher la violation des droits de la personne fondamentaux en tenant compte des limites imposées par la nouvelle réalité. La santé, l’éducation, un revenu minimal, l’équité entre les sexes, l’eau potable, l’assainissement et l’accès aux énergies propres restent encore des droits orphelins pour une majorité significative de la population mondiale.

Ces droits fondamentaux ne pourront pas être assurés si la préservation de la biodiversité et son urgente restauration ne deviennent pas une condition sine qua non pour contrer les impacts destructeurs causés par l’humain. Aussi, la lutte ferme et radicale contre les causes des changements climatiques s’avère notre atout majeur pour garantir les services essentiels offerts par les écosystèmes et la biodiversité pour se nourrir, avoir un sol fertile, de l’eau propre et bien établir des économies vraiment bénéfiques pour la société. En somme, pour assurer notre mieux-être et la justice sociale.

Les pressions engendrées par des modes de production et de consommation insoutenables, globalisés et standardisés qui ne cessent de s’accroître font que les ressources diminuent dramatiquement. Alors, comment faire pour que tous les êtres humains puissent trouver un minimum de dignité, un emploi décent et en même temps respecter les droits de tous les êtres vivants (Droit de la nature ou de la « Pacha Mama ») ? Un des 17 ODD (Objectifs du développement durable) s’avère particulièrement problématique : celui de la réduction des inégalités au sein des pays ou entre ces derniers et, d’autre part, le défi immense de garantir une croissance économique inclusive et soutenable.

Il s’agit bien ici d’avoir les moyens réels pour s’assurer d’un développement humain soutenable et la prospérité. Le développement massif à l’échelle planétaire d’énergies propres, d’infrastructures soutenables et de villes plus écologiques doit être la base d’une croissance tant espérée dans les pays les plus pauvres et d’une véritable évolution écologique, sociale, culturelle et économique à l’échelle globale.

Comme le jeu des bâtonnets

Pour illustrer ces défis qui nous interpellent, prenons ces 17 ODD comme le fameux jeu de bâtonnets où ils se trouvent enchevêtrés entre eux. Chaque bâtonnet — ou objectif — se doit donc d’être considéré très attentivement pour pouvoir assurer le maintien du grand enjeu global en veillant attentivement à ce que le tout ne s’écroule pas. Mais comme dans ce jeu de bâtonnets d’origine bouddhiste, le bâtonnet qu’on nomme Mikado reste celui qui a le plus de valeur. Dans le cas des ODD, Mikado sera l’adoption en décembre à Paris d’un traité universel contraignant et comportant des engagements fermes de lutte contre les causes des changements climatiques.

Ce traité qui se veut historique doit traduire un engagement effectif des pays riches et émergents quant à l’abandon des combustibles fossiles d’ici 2100 et le début d’un nouveau cycle d’évolution pour l’humanité. Son adoption aura un impact fort important quant à l’atteinte de tous ces ODD. L’équilibre planétaire peut ainsi être rétabli au même titre que cette impressionnante plume suspendue sur les treize morceaux de feuilles palmiers présentés par les structures montées en état optimal de concentration et d’équilibre par l’artiste suisse Maedir Eugster Rigolo. Les citoyens sont prêts à contribuer activement à ce nouvel équilibre puisque 80 % de la population mondiale se déclaraient très préoccupés par les causes et les impacts des changements climatiques, comme l’a constaté une récente enquête de l’ONU.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

1 commentaire
  • Louise Melançon - Abonnée 7 juillet 2015 11 h 17

    Un texte inspirant et tellement bienvenu!

    Merci pour cette réflexion qui est encourageante pour tous ceux et celles qui promeuvent la responsabilité des humains dans la nécessité de faire prendre un autre tournant à notre planète terre.