Les changements climatiques, un devoir en santé

Faire face aux changements climatiques est non seulement un devoir envers notre planète, mais également une occasion unique de progresser en santé. C’est ce que révèle la Commission du Lancet sur les changements climatiques et la santé, publiée le 23 juin dernier, concluant à nouveau que la lutte contre les changements climatiques pourrait être la plus grande occasion en santé mondiale du XXIe siècle. Des étudiants en médecine du Québec souhaitent donc rappeler que cette lutte devrait être considérée comme un objectif en santé publique, au même titre que la lutte contre l’obésité ou le tabac.

La majorité des politiques en santé publique qui ont des répercussions positives pour l’environnement sont décrites comme des politiques de no regret. Les bénéfices pour la santé justifient à eux seuls leur mise en oeuvre, et les cobénéfices pour l’environnement sont, en fait, une valeur ajoutée. D’un autre côté, un mode de vie soucieux de l’environnement entraîne des bénéfices directs sur la santé. Aller au travail à vélo plutôt qu’en voiture aide à réduire la pollution et les émissions de gaz à effet de serre, tout en diminuant les risques d’obésité et de maladies cardio-vasculaires et respiratoires. D’autres gestes quotidiens, tels que diminuer sa consommation de viande ou manger des produits naturels et locaux, aident également à réduire les émissions de gaz à effet de serre et contribuent à un mode de vie sain. La lutte contre les changements climatiques est donc une belle occasion à saisir en santé publique.

Rappelons également qu’à l’échelle planétaire, les changements climatiques ont déjà des conséquences appréciables sur la santé des populations, comme l’indique la Commission du Lancet. En plus des impacts directs sur les vies humaines, sous forme de tempêtes, sécheresses, inondations et canicules, on constate également des effets indirects sur les écosystèmes, tels qu’une baisse de la qualité de l’air et des eaux, ainsi que des bouleversements écologiques. Ces mêmes effets directs et indirects entraînent des perturbations sociales : migration de populations, intensification des conflits pour les ressources naturelles, exacerbation des inégalités au sein et entre les pays.

Les plus vulnérables

En effet, on remarque que les populations les plus touchées par les changements climatiques sont celles qui sont déjà les plus vulnérables : les personnes âgées voient leur santé cardio-vasculaire affectée par les chaleurs intenses ; les femmes des pays en développement, souvent chargées de chercher l’eau et de nourrir la famille, voient leur quotidien s’alourdir, les enfants souffrent en plus grand nombre des effets de la malnutrition secondaire aux mauvaises récoltes ; les infrastructures de santé risquent de s’écrouler à long terme, affectant les populations les plus démunies ; et finalement, les populations migrantes, de plus en plus nombreuses à fuir ces bouleversements, font face à plusieurs obstacles quant à l’accès aux soins de santé.

La Commission lance dix recommandations principales, consistant notamment à retirer le charbon comme source d’énergie, passer à des villes qui encouragent les modes de vie sains et verts, ainsi que faciliter la collaboration entre les ministères de la Santé et d’autres départements gouvernementaux, permettant l’intégration de la santé et de l’environnement dans les considérations gouvernementales plus larges.

Une occasion en santé publique

En tant qu’étudiants en médecine, nous ne pouvons garder le silence face à ces conditions qui affectent déjà, et affecteront encore plus, nos futurs patients. Nous appelons les professionnels de la santé et les politiciens à jouer un rôle primordial dans la défense des populations à risque, en promouvant des politiques responsables et bénéfiques à long terme. C’est ainsi que la menace des changements climatiques deviendra une occasion en santé publique et mondiale.

IFMSA-Québec, la division internationale et communautaire de la Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ), mobilisant les 3900 étudiants en médecine du Québec, s’engage à contribuer au processus politique qui mènera à la mise en place et au suivi des décisions de la conférence de Paris de décembre prochain. IFMSA-Québec continuera également à faire de la sensibilisation sur les changements climatiques, les modes de vie sains et le développement durable au sein des facultés de médecine du Québec et de la population générale.

*Dr Yassen Tcholakov, résident en santé publique de l’Université McGill, Djamila Saad, étudiante en médecine de l’Université McGill, Claudel P.-Desrosiers, étudiante en médecine de l’Université de Montréal, Camille Pelletier Vernooy, étudiante en médecine de l’Université de Montréal et présidente d’IFMSA-Québec

2 commentaires
  • Guy Lafond - Abonné 30 juin 2015 06 h 55

    Modes de vie sains:


    Comment cela se traduit-il par des quantités et des chiffres?

    - Diminuer nos consommations de viande; ex: quatre ou cinq repas de viande par semaine. Et les 16 autres repas sont à base de légumineuses, de céréales ou de produits laitiers.

    - Manger des produits naturels et locaux: plusieurs végétaux disponibles l'été et l'automne; plusieurs produits laitiers et certains végétaux disponibles à longueur d'année.

    - Réduire l'utilisation des voitures qui brûlent du combustible fossile. Pour les citadins, cela signifie d'utiliser davantage le transport en commun ou le vélo. Pour les ruraux, cela signifie de mieux planifier ses déplacements (ex: réduire de 50% la distance totale parcourue en voiture annuellement par rapport à 2015).

    - Ceux et celle qui utilisent un camion pour leur travail devraient, eux aussi, mieux planifier leurs déplacements. Ex: réduire de 30% la distance totale parcourue annuellement par rapport à 2015.

    - Réduire les voyages de plaisir en avion. Ex: au lieu de trois voyages par année, en faire un seul.

    - Tous les paliers de gouvernement peuvent intensifier leurs efforts pour investir davantage dans des transports publics propres (ex: le train).

    Chacun(e) doit faire son effort et trouver son nouveau confort autrement.

    Ainsi, nous pourrons réduire notre empreinte sur l'atmosphère.

    Ainsi, nous pourrons donner une chance à la végétation de mieux capter les quantités excessives de CO2 dans l'air.

    Ainsi, moins de particules de pollution se déposeront sur les glaciers.

    Ainsi, les rivières continueront de couler avec vigueur et de nourrir nos champs, nos forêts, nos villages et nos villes.

    Ainsi.

  • Yvon Bureau - Abonné 1 juillet 2015 16 h 11

    Et si les grands chefs religieux

    se réunissaient pour demander à leurs membres riches de moins voyager, de rester chez eux, de moins consommer, de partager davantage...

    Leurdire que la plus grande des richesses est celle qui est partagée.

    Les inviter à lire Ces riches qui détruisent la planète.

    Les modes de vie sains deviendraient des modes saints de vie !

    Pape François, c'est pour quand le 1e concile écologique?