L’histoire en danger au 375e de Montréal

Photo: Shinya Suzuki / CC

Dans « Qu’en est-il de la dimension historique ? » (Le Devoir, le 25 mai), le conseiller de l’opposition Guillaume Lavoie s’inquiète d’une possible mise au rancart de l’histoire durant les festivités du 375e de Montréal. Une visite approfondie du site de la Société du 375e donne envie de sonner l’alarme comme lui… Déjà, la phrase d’accueil fait croire à une mise au rancart de l’histoire : « Plus qu’une fête. C’est le moment où le futur de Montréal commence. » Le futur ? Seulement ? Et le passé ? Aucune mention. Étrange…

Autre objet d’étonnement : les trois premiers portraits de Montréalais en ligne à ce jour mettent en vedette un itinérant, un pauvre bougre à l’air dérangé et un handicapé. Curieux choix : on n’a rien trouvé de plus réjouissant que de mettre en relief des Montréalais d’aujourd’hui plongés dans l’indigence. On cherche aussi en vain des portraits marquants du passé de cette ville ; comme celui de Maisonneuve ou de Jeanne Mance, qui n’ont fait que… la fonder !

Le comité semble croire que rappeler l’importance des fondateurs ne fait pas partie de son rôle, puisqu’il affiche une préférence marquée et suspecte pour des portraits plus anecdotiques qu’historiques. Tristes relents du 400e de Québec, qui avait laissé Champlain enfermé dans le silence de son introuvable tombeau et avait caché les symboles québécois. Comble de l’ironie : pendant ce temps, à Ottawa, le fondateur de la Nouvelle-France était visible partout et présenté comme à l’origine… du Canada.

Poursuivons notre enquête du côté du conseil d’administration de la société du 375e. Tiens, sa présidente s’appelle France Chrétien-Desmarais… Convaincre la fille de Jean Chrétien et épouse d’André Desmarais, héritier de Power Corp., de l’importance de souligner, ne serait-ce que du bout des lèvres, l’identité québécoise des Montréalais équivaut à lui faire avaler des couleuvres.

Surfant sur la vague du 150e du Canada, célébré lui aussi en 2017, parions qu’elle imposera plutôt l’unifolié comme symbole de fierté.

Parmi les projets qui lui seront soumis, je l’imagine rejeter du revers de la main celui qui oserait proposer par exemple de souligner le 50e anniversaire de la venue de Charles de Gaulle. La seule évocation de son célèbre cri du coeur lui donnera de l’urticaire. Cela fera pourtant 50 ans en 2017 qu’il aura retenti haut et fort à la face du monde.

Ceux qui chercheront un seul historien membre du CA ou de l’équipe seront déçus : il est noyauté par des affairistes. Les historiens, ces fauteurs de trouble et empêcheurs de fêter en rond, ne sont présents que par la bande, à travers un partenariat presque caché avec Montréal en histoires, organisme fondé en 2006.

Cette alliance pourtant naturelle n’est même pas soulignée par un misérable hyperlien sur le site du 375e. De là à dire qu’on nous prépare une fête vidée de substance historique comme à Québec en 2008, il n’y a qu’un pas.

Montréalais, écoutez-moi bien : pendant toute la durée du 375e, il vous faudra redoubler de vigilance. Dans ce Québec provincial inféodé à Ottawa, tout ce qui n’est pas purement canadien/canadian, comme la Nouvelle-France, risque d’être évacué. Sans états d’âme. À moins que des voix fortes, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’organisme, ne se fassent entendre.

Espérons qu’ainsi on pourra faire mentir Guillaume Lavoie quand il constate que « l’histoire n’est pas centrale » dans l’affaire. Pour le moment, il a malheureusement tout à fait raison.

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