«Mad Max», Varda et du féminisme à Cannes

Charlize Theron dans «Mad Max»
Photo: Warner Bros Charlize Theron dans «Mad Max»

Le 24 mai, en clôture du Festival de Cannes, la cinéaste Agnès Varda recevait la Palme d’or d’honneur. Réalisatrice de Sans toi ni loi, Les glaneurs et la glaneuse… elle est la première femme à se voir attribuer cette palme, après les Allen, Bertolucci, de Oliveira et Eastwood. Le 14 mai, le film d’action Mad Max 4 : Fury Road, de George Miller, avec en vedette Charlize Theron, y était présenté en première parmi les films hors compétition. Il s’est attiré une ovation.

Cannes aura fait parler, comme chaque année, pour d’autres raisons que les films. La poitrine de Sophie Marceau et sa culotte saisies par des photographes un jour de grand vent et l’interdiction pour les femmes de monter les marches du Palais sans talons hauts auront suscité l’attention… (Après avoir démenti la rumeur, Thierry Frémaux a admis qu’il y aurait eu un petit moment de zèle de la part de ses « vigiles ».)

Jane Fonda aura donné une longue entrevue où elle aborda sans fard la question de la chirurgie plastique, la violence sexuelle envers les femmes, l’absence de femmes âgées au cinéma alors qu’elles représentent une portion de plus en plus grande de la population. Comme le disait aussi, au même moment, l’actrice Maggie Gyllenhaal, la date de péremption des femmes dans le monde du cinéma arrive très tôt. À 37 ans, elle est déjà d’un âge trop avancé pour être choisie dans le rôle d’une femme désirée par un homme de 55 ans. Agnès Varda, 87 ans, est arrivée à la cérémonie de clôture en tunique sur pantalon noir et souliers plats. On dira que son âge lui en donne la permission. Mais encore…

Quand on lui demande si elle est encore féministe, Varda répond « oui, encore et tout à fait ». Depuis le début de sa carrière, Varda a insisté pour que les femmes prennent leur place dans ce monde. Elle raconte leur avoir dit : « Réveillez-vous ! La plupart des métiers de cinéma, vous pouvez les faire ! » et elle a été la première à avoir une équipe de tournage paritaire. Ces questions de cinéma et de sexisme donnent son sens à la présence de Mad Max 4 : Fury Road dans le décor cannois. Le film d’action n’a rien à voir avec le cinéma d’Agnès Varda, et il est nettement moins féministe que le sien, mais il l’est lui aussi, « encore et tout à fait ».

Par un détournement habile de la « pitoune de char » en impératrice de la colère féministe, Mad Max revisite, voire désacralise non seulement les Mad Max, mais le genre « garçon » du film d’action. Défense de femmes violées et transformées en génitrices et nourrices par un dictateur misogyne, on a dit de Mad Max : Fury Road que c’était un cheval de Troie, une fantaisie misandre. Si Cannes aime se rincer l’oeil sur le corps des femmes, Charlize Theron, en impératrice Furiosa au volant d’un convoi dont elle est la chauffeuse et la mécanicienne, reste toujours complètement habillée. Cheveux rasés, look androgyne, visage souillé, c’est bien elle l’héroïne pendant que Mad Max, lui, ne parle pas, son identité rapidement nommée à la toute fin du film. En véritable homme féministe, il demeure un adjuvant, dans un rôle de second plan.

Ce film, qui devrait être sur et pour les hommes, traite de la vie des femmes. Les détenteurs et représentants du pouvoir sont sacrifiés, et les femmes, guerrières, survivantes, défenseures du passé et de l’avenir sur Terre, se battent au nom de l’écologie, de la justice sociale et de l’égalité. Et surtout, elles ne sont pas toutes jeunes.

Mad Max met en scène une armée de femmes composée de filles, épouses et futures mères propriétés du dictateur, d’une Charlize Theron trentenaire rebelle, et d’un groupe de femmes âgées fortes d’une expérience qu’elles transmettent aux plus jeunes. C’est cette collectivité de femmes qui réussit à prendre d’assaut le château fort du patriarcat. Et est-ce qu’il n’y a pas, dans cette mise à mal du boy’s club présentée au Festival de Cannes, une leçon pour le milieu du cinéma lui-même, ce monde que les femmes doivent prendre d’assaut, après avoir bien pris soin de retirer leurs talons hauts ?

2 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 28 mai 2015 15 h 07

    Super lettre !

    Bravo !

  • Alice Savage - Inscrit 28 mai 2015 21 h 36

    Comment peut-on écrire une telle énormité?

    "En véritable homme féministe (sic), il demeure un adjuvant, dans un rôle de second plan."
    J'appréciais le reste de votre article, mais je pense que là vous vous rapprochez dangereusement des protagonistes de cette FICTION basée sur un concept de domination et d'affrontements permanents. Quelle pitié de donner une caricature pour un idéal de société.