Saint-Sulpice: une vocation culturelle essentielle

Presque tout dans l’ancienne bibliothèque Saint-Sulpice est resté intact.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Presque tout dans l’ancienne bibliothèque Saint-Sulpice est resté intact.

En ces temps d’austérité, le rôle qu’on a voulu faire jouer à la ministre de la Culture est particulièrement périlleux… Il ne revenait pas à la petite-fille d’Athanase David, initiateur du premier des Prix du Québec, le prix de littérature, de laisser bazarder sur la place publique notre héritage culturel et nous sommes heureux de sa volte-face. Permettez-nous tout de même de livrer nos réflexions sur l’intention initiale.

Dans l’affaire de la bibliothèque Saint-Sulpice, pourquoi chercher un acquéreur et prendre le risque de confier cette oeuvre admirable de l’architecte Eugène Payette à des individus ou à des institutions dont on ignore la bienveillance actuelle ou future ? Sait-on jamais, par les temps qui courent, quelqu’un pourrait, par exemple, vouloir l’utiliser comme temple et y ressusciter le culte d’Athéna. Comment, à titre de défenseure du patrimoine religieux et de la diversité culturelle, la ministre Hélène David pourrait-elle s’opposer à cela ?

Dans l’affaire de la bibliothèque Saint-Sulpice, pourquoi chercher une vocation autre que culturelle à un immeuble phare de la culture montréalaise, héritier du premier cabinet de lecture française ouvert à Montréal, par les prêtres de Saint-Sulpice, du temps que la ville était majoritairement anglophone ? Dans l’affaire de la bibliothèque Saint-Sulpice, pourquoi chercher midi à quatorze heures ?

Le suspect numéro un, le candidat capable de faire vivre le fabuleux espace que nous ont légué les anciens seigneurs de Montréal est tout près de là ; il est si près qu’il semble échapper au ministère de la Culture et des Communications. Mais oui, bien sûr, nous l’avons tous sur le bout de la langue, l’Office de la langue française. Cet organisme gouvernemental vit aujourd’hui retranché dans l’espace passablement modifié de l’ancien Commercial Technical High School. À l’origine, cet immeuble avait une certaine prestance, mais il y a belle lurette que ses magnifiques escaliers extérieurs ont cédé la place aux élargissements successifs de la rue Sherbrooke.

À l’opposé, presque tout dans l’ancienne bibliothèque Saint-Sulpice est intact : les espaces d’apparat, les escaliers, les lustres, les marbres, le mobilier tout convient à Sa Majesté la langue française et à ses fidèles sujets.

Aux yeux de certains, la bibliothèque Saint-Sulpice paraîtra trop élégante pour loger cet organisme de contrôle, normatif et tatillon qu’est parfois l’Office de la langue française ; mais puisque l’Assemblée nationale en a le pouvoir, il lui suffira de transformer l’Office, d’en faire l’Académie française d’Amérique, laquelle sera dès lors à la hauteur de son nouveau siège social, dans lequel elle pourra remplir les ramifications de sa mission.

Ainsi, l’architecture raffinée de la bibliothèque Saint-Sulpice poursuivra sa mission première, en contribuant à assurer la Défense et l’Illustration de la langue française.

P.-S. Si d’aventure on voulait en changer le nom, estimant que Saint-Sulpice affiche un caractère trop religieux, on pourrait faire un clin d’oeil à l’histoire du Québec et à l’histoire de l’architecture et l’appeler la bibliothèque Laurentienne.

5 commentaires
  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 27 mai 2015 08 h 02

    Oui mais

    Je suis d'accord avec le caractère patrimonial de cet édifice a préserver... Mais en période de rigueur budgétaire, qui touche les moins nantis d'entre nous, pourrait on ne pas le louer aux entreprises privées qui recherchent un endroit de prestige...ou consulats... il n'y a pas que le domaine publique comme potentiel investisseur? Et si effectivement nous devons nous en remettre au domaine publique, pourquoi ne pas le transformer en CHLD... Domaine publique où parait il y a un manque flagrant de places disponibles.
    On pourrait ainsi honorer l'histoire par ce lieu physique et honorer les vieux, qui ont permis sa création au fil des générations...

  • Murielle Tétreault - Abonnée 27 mai 2015 08 h 25

    Pourquoi vouloir effacer les faits religieux de notre histoire

    Votre suggestion pour la Bibliotheque Saint-Sulpice me semble correct mais le dernier paragraphe me choque.Vouloir protéger le patrimoine en effaçant un pan de notre histoire m'apparaît incongru.Je trouve que notre attitude de vouloir nier l'apport des communautés religieuses dans notre histoire en est une d'adolescent qui rejette ses parents pour ensuite les redécouvrir plus tard. plusieurs fois il est trop tard ,les parents sont déjà morts. C'est ce qui risque de nous arriver,les traces de l'action passée de ces hommes et de ces femmes qui ont bâtit notre cité auront disparu. Ces hommes étaient de leur époque et on subit souvent la pression de leur société et malgré elle et avec elle créer une culture québécoise.
    Nos ancêtres ,nos parents pauvres ont fait de lourds sacrifices pour ériger des églises, des collèges,des bibliothèques,souvent grâce à des dons, du bénévolat et des corvées.Nous ,avec nos piscines chauffées,nos condos à deux garages ,nous n'avons pas les moyens de les entretenir,de les conserver?

  • Daniel Gagnon - Abonné 27 mai 2015 09 h 57

    Saintes flagorneries du gouvernement Couillard

    L'hypocrisie de la gouvernance libérale: d'une main jeter l'héritage des prêtres de Saint-Sulpice et de l'autre attendre sous le soleil ardent le moment de pouvoir s'adresser au pape François 45 secondes pour l'inviter au Québec...!

    Affaires de gros sous simplement et cynisme pratique de la part du Premier ministre?

    Comme s'il s'agissait de la même technique d'approche et de relations publiques que pour la course de la Formule 1?

    On dit que le premier ministre Couillard a été ému quand le pape lui a demandé de prier pour lui!! Quelle blague!

  • Michel Lebel - Abonné 27 mai 2015 10 h 45

    Pas de changement de nom!

    De grâce, gardons le nom de bibliothèque Saint-Sulpice. Un peu de respect pour notre histoire!

    M.L.

  • Yves Corbeil - Inscrit 27 mai 2015 12 h 35

    La cohérence de notre incohérence

    Un peu plus haut dans le Devoir, un article sur un pont rouillé symbole emblèmatique de notre patrimoine ingénieriale, privatisé au profit des Américains à qui on demande maintenant de le préserver moyennant quelques gallons de peinture.

    Faudrait peut-être penser avant d'agir comme ça on éviterait des situations loufoques comme on n'en voit tellement de nos incompétents en charge.