À quoi sert un scientifique?

D’ici 2017, ce sont des coupes à la hauteur de 2,6 milliards et de 7500 postes qui auront été imposées par le gouvernement fédéral à dix de nos ministères et organismes à vocation scientifique. Il n’est donc pas étonnant que l’on ait vu 250 scientifiques protester à Ottawa le 19 mai dernier.

Un des enjeux sur la table des négociations est le droit à la liberté d’expression. Cette liberté est un principe fondamental, car sans celle-ci, il ne peut y avoir d’intégrité scientifique. Et une science sans intégrité n’est pas une science.

Mais que fait un scientifique ? Qu’a-t-il à dire de si précieux pour les Canadiens ? Quel est son rôle dans une économie du savoir ?

La science est un métier exigeant, qui oblige le scientifique à réfléchir avant de prendre la parole. Sa liberté d’expression n’est pas une simple affaire d’opinion. La science demande que soient examinées attentivement plusieurs sources de données et que les observations soient mises à l’épreuve. La critique est le moteur de la science et implique des échanges avec des experts internationaux.

La science doit également être partagée avec le public. Ceci se fait souvent par l’intermédiaire de journalistes scientifiques et d’organismes sans but lucratif, comme l’Agence Science Presse. Ces « traducteurs » de la science ont pour mission de consolider notre culture scientifique. Ils déploient leur ingéniosité pour, par exemple, permettre aux jeunes de comprendre le monde dans lequel ils grandissent. Des phénomènes chimiques aux principes de l’évolution, de l’équilibre des écosystèmes aux effets des polluants marins, nos jeunes développent une curiosité et un esprit d’analyse qui sont tous deux essentiels pour évoluer dans une économie du savoir.

La science transforme aussi notre quotidien, souvent sans que l’on s’en rende compte. Dans le domaine de la santé, par exemple, la recherche appliquée permet de développer des outils pour les malades chroniques afin qu’ils consolident leur propre expertise quant aux soins qui leur sont destinés. Il y a aussi des sciences dont le public n’entendra jamais parler, à moins qu’une crise ne se déclare.

Par exemple, la surveillance épidémiologique s’exerce bien souvent dans l’ombre jusqu’à ce qu’une épidémie fasse les manchettes. Même si ce n’est qu’à ce moment précis que les journalistes et le public désirent savoir, les connaissances ne peuvent être partagées que si le travail des scientifiques a été soutenu de manière constante et leur indépendance protégée. Cette indépendance est cruciale et a des répercussions pour chacun d’entre nous.

La science est l’un — sinon le seul — de nos remparts contre l’idéologie, l’ignorance, les conflits d’intérêts, les dérives et la paresse intellectuelle. Les élus, les employeurs, les industriels ou les spéculateurs financiers ne sont pas des scientifiques. Et la science doit rester à l’abri du pouvoir, des lobbys ou du monnayable pour circuler publiquement.

Sur ma route de chercheuse, j’ai découvert que l’indépendance scientifique n’est jamais acquise. Une étude qui semblait interférer avec un projet de loi en préparation a suscité des menaces sans équivoque de la part d’un sous-ministre désireux de protéger ceux qui gouvernaient. Dans une démocratie, le savoir doit circuler pour pouvoir être mis au service des citoyens.

À quoi sert un scientifique ? À réfléchir, analyser, douter et parfois provoquer. Éclairer autant que possible. Dénoncer s’il le faut. L’une des raisons pour laquelle nous voulons une science intègre et libre est que celle-ci protège chacun des citoyens.

6 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 26 mai 2015 07 h 35

    Entièrement d'accord


    Merci, Madame Pascale Lehoux.

    Vive la science! Vive les scientifiques et les sages!

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 26 mai 2015 09 h 42

      J'ai fait une erreur dans mon commentaire...j'aurais dû écrire :le deuxième avant-dernier paragraphe qui commence ainsi:" La science est l'un etc..."

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 26 mai 2015 09 h 25

    Mais... pas très fort en français...

    pour ce qui est des affiches (pancartes). On y lit ce qui suit: Protégeons la santé et la sécurité publique...un calque de l'anglais : protect public health and safety.

    Pour le francophone, la sécurité publique est un service... policier ou de l'armée.

    Pour le reste de l'article, j'ai bien aimé l'avant dernier paragraphe...un bon résumé.

  • Jacques de Guise - Abonné 26 mai 2015 12 h 29

    J'aimerais vous croire mais je ne peux pas, expérience oblige

    Vous nagez en pleine idéologie professionnelle scientifique. M'intéressant notamment à la justice et à la formation depuis longtemps, on pourrait remplacer les mots science et savoir par les mots justice et savoir juridique et le même discours pourrait être tenu par n'importe quel professionnel du droit sur la justice. Bref, c'est un discours que la science tient sur elle-même et que la justice tient sur elle-même. Bref un discours convenu. On ne peut être contre la vertu.... si vous comprenez ce que je veux dire. Mais dans la réalité concrète de la vie, les choses sont drôlement différentes. L'heure est sonnée pour ces savoirs surplombant. C'est le savoir social qui fait cruellement défaut. Au lieu de vous enfermer dans votre utopie scientifique, exposez tout simplement votre manière d'être et votre manière de penser.

    Vous ne mesurez pas le fossé quasi infranchissable qui s'est creusé entre l'intelligentsia de tout acabit : scientifique, universitaire, politique, administratif et gestionneux, et le monde ordinaire. Ce qui se donne à voir et à vivre est fort différent de votre vision scientifique tronquée. Votre techno-structure tue la vie.....

    • Jacques Gagnon - Inscrit 26 mai 2015 16 h 27

      Je crois que vous ne comprenez pas et que vous mélangez tout, surtout quand vous parlez d'intelligentsia. La science touche tous les domaines de la vie et de l'activité humaine, y compris ce que vous appelez le savoir social. La démarche scientifique nous protège contre les abus en tout genre et nous met à l'abri de l'opinion personnelle.

      Sans la science, jamais vous n'auriez pu écrire ces lignes. Je crois qu'il ne faut pas non plus être réfractaire et faire des efforts.

  • Jacques de Guise - Abonné 26 mai 2015 20 h 59

    Franchement!!!!

    À M. J. Gagnon,

    Si vous croyez vraiment que la démarche scientifique nous protège contre les abus en tout genre et nous met à l'abri de l'opinion personnelle, on ne peut certes pas se comprendre, car c'est justement cela de l'idéologie scientifique professionelle . Ce qui est plus grave toutefois, c'est que vous refusez de voir tous les maux engendrés par le rationalisme scientifique débridé qui chosifie la vie Quand votre science objectivante tiendra compte de toutes les dimensions de la personne humaine on se reparlera, pour l'instant elle tend à la réduire à un objet qu'elle peut manipuler. Ce qui permet de donner du sens à ma vie et d'écrire ce que j'ai écrit, ce n'est pas votre savoir scientifique actuel en sa conception dominante, croyez-moi.

    Après avoir réussi à me dégager tant bien que mal des balivernes de la religion et des balivernes de la nouvelle religion, la science, j'ai acquis la conviction que mieux valent les leurres de la subjectivité que les impostures de l'objectivité scientifique.