Hommage aux voix qui font voir

«À titre d’auditeur chevronné, je préfère l’incomparable voix humaine aux synthétiseurs vocaux qu’utilisent les personnes handicapées de la vue par commodité.»
Photo: Michaël Monnier Le Devoir «À titre d’auditeur chevronné, je préfère l’incomparable voix humaine aux synthétiseurs vocaux qu’utilisent les personnes handicapées de la vue par commodité.»

J’adore la lecture. Je lis des biographies, des romans, des essais, des magazines, sans oublier les journaux. Je lis souvent et partout, en marchant ou en me rasant. Je lis même dans l’obscurité.

Une explication s’impose, je suis aveugle! En fait, mes livres sont des enregistrements sonores réalisés par des femmes et des hommes qui lisent bénévolement toutes sortes de documents au profit des personnes incapables de lire l’imprimé.

À l’occasion de la Semaine de l’action bénévole débutant le 12 avril, je désire saluer et marquer d’un signet géant le travail admirable des milliers de volontaires qui lisent inlassablement devant un microphone des textes espérés et avidement écoutés par autant de personnes vivant avec un handicap visuel ou une autre déficience perceptuelle partout au Québec. Chaque semaine, les treize cabines d’enregistrement de Vues et Voix à Montréal accueillent 350 bénévoles qui produisent, d’une part, des livres parlés distribués principalement sous forme de disques audionumériques par Bibliothèque et archives nationales du Québec et, d’autre part, des extraits de journaux et magazines diffusés par le Canal M par la télé numérique ou le site Internet de Vues et Voix. Quatre-vingts bénévoles montréalais oeuvrent également à l’enregistrement de livres et de périodiques dans les trois studios de la bibliothèque d’INCA qui les fournit à ses abonnés francophones de tout le Canada.

Compagne fugace

Voici quelques chiffres éloquents : les bénévoles de Vues et Voix ont enregistré 15 000 titres depuis 1976 tandis que ceux d’INCA en ont produit 6200 depuis 1968. Ces organismes sans but lucratif procurent les documents sonores gratuitement aux personnes admissibles qui les consultent au moyen d’un appareil spécialement adapté. La Ville de Québec n’est pas en reste. En effet, Audiothèque emploie 60 collaborateurs bénévoles voués à la reproduction sonore de journaux et de revues mis à la disposition de ses usagers par le truchement du téléphone.

Les bénévoles ont en commun le dévouement, l’enthousiasme, la passion de la lecture, une diction impeccable mais surtout une voix chaleureuse, souvent reconnaissable qui incite à la découverte de l’ouvrage. À titre d’auditeur chevronné, je préfère l’incomparable voix humaine aux synthétiseurs vocaux qu’utilisent les personnes handicapées de la vue par commodité. La voix du bénévole possède aussi une pérennité en ce sens qu’elle captivera longtemps un vaste lectorat. Occasionnellement, j’écoute avec fascination des livres enregistrés il y a 40 ans. Enfin, et ce n’est pas la moindre de ses qualités, la voix du bénévole est amicale et peut éventuellement représenter une compagne, même fugace, dans la solitude du lecteur vivant avec une déficience visuelle.

Mesdames et Messieurs, votre bénévolat revêt un caractère inestimable pour les personnes handicapées dont je me fais humblement le porte-parole dans ces lignes. Si la lecture est une amitié, comme l’écrivait jadis Marcel Proust, vous êtes certainement nos plus chers amis dans notre quête de littérature. Vous contribuez gracieusement à garder bien ouverte notre fenêtre sur le monde. Je conclus par un vibrant merci et demeure dans l’espoir d’entendre encore longtemps vos voix dans mes haut-parleurs.

1 commentaire
  • Diane Pilotte - Inscrite 13 avril 2015 10 h 38

    Merci!

    J'adore la lecture. Tout comme vous Monsieur Brière. Voilà pourquoi je suis lectrice bénévole chez Vues et Voix depuis 30 ans...

    Merci de tout cœur pour ce très touchant témoignage. Nous n'avons pas de lien direct avec les utilisateurs de nos livres parlés et c'est valorisant de voir que nous pouvons faire un difference dans la vie des personnes avec des limitations visuelles ou motrices ainsi que les enfants dislexiques et les analphabètes.

    Je suis tellement fière du travail de Vues et Voix que j'ai accepté de devenir présidente du conseil il y a 10 ans déjà!

    Nous ne pouvons plus compter sur nos subventions gouvernementales mais le conseil d'administration continuera à se battre pour assurer la pérennité de Vues et Voix.

    Diane Pilotte ASC ood
    Présidente du conseil
    Vues et Voix