Étudiants: pour une grève générale illimitée

Une assemblée générale d’étudiants qui vote la grève, c’est un cri du coeur qui révèle des intentions très vertueuses.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une assemblée générale d’étudiants qui vote la grève, c’est un cri du coeur qui révèle des intentions très vertueuses.

On a tort de blâmer les étudiants qui prêchent la grève. Il faut plutôt les encourager. Car il y a quelque chose que l’on a mal compris dans ce mouvement.

Une assemblée générale d’étudiants qui vote la grève, c’est un cri du coeur qui, pour être souvent gauche et inefficace, révèle des intentions très vertueuses. Ce que les étudiants veulent dire aux contribuables qui en arrachent pour financer leurs études, c’est simplement « je suis socialiste et je n’en veux pas de votre argent ».

Il est vrai que, dans l’état actuel des choses, une grève brève et isolée n’a pas l’effet escompté. Les enseignants et les bureaucrates de l’enseignement de même que les ouvriers d’entretien continuent d’être grassement payés. Le cri du coeur des assemblées générales, pétantes de démocratie, ne porte donc pas très loin.

Pourtant, il suffirait d’un léger changement de stratégie pour que les assemblées générales et leurs professionnels de la participation démocratique atteignent le véritable but du mouvement. Debout, Danton ! Debout, Robespierre ! Debout, Dollard des Ormeaux ! (Et toi, Robespierre, arrange-toi un peu la gueule avant de te présenter devant l’assemblée générale.)

Nous sommes confrontés à un véritable problème social et à un autisme collectif. Les assemblées générales qui s’expriment par la voix de notre bouche collective veulent dire ni plus ni moins : « Gardez-le dans vos poches, votre argent ! Je suis capable de m’arranger moi-même ! »

Grève générale illimitée

Pour réaliser ce voeu démocratiquement exprimé, le changement de stratégie requis consisterait simplement à déclarer une grève générale illimitée pour l’ensemble des étudiants et à la grandeur du Québec, et à s’y tenir.

Après quelques mois, au pire quelques années, les (innombrables) lois seraient modifiées et on cesserait de payer les professeurs, les bureaucrates de l’enseignement et les ouvriers d’entretien du cégep Lionel-Groulx. À ce moment-là, le peuple, le petit peuple, qui paie la peau des fesses en taxe de vente, en accises diverses, en cotisations sociales, en taxes salariales et en impôt sur le revenu (directement et indirectement), serait soulagé du coût de l’éducation.

Cessant de se boucher les oreilles collectives, la société québécoise aurait enfin entendu le vrai message des assemblées générales d’étudiants : « Gardez-le, votre maudit argent ! Je ne suis pas un fils à papa, je ne suis pas un fils à contribuable ! »

Notez bien que ce ne sont pas seulement les ouvriers qui seraient délestés du lourd fardeau qui consiste à payer l’éducation de jeunes désoeuvrés. Les gens du Plateau verraient aussi leur fardeau fiscal allégé ; ils pourraient désormais consacrer leurs ressources à lutter contre le capitalisme et à aider les pauvres en Corée du Nord et au Venezuela. Du reste, entre nous, les étudiants qui mènent les assemblées générales n’ont pas besoin d’éducation. Ils savent déjà tout.

S’ils s’engagent dans une grève générale et illimitée, il faut encourager ces étudiants qui ont le courage de passer d’une solidarité égoïste et cupide à une grande solidarité sociale.

15 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 23 mars 2015 03 h 50

    La grève, une distraction

    Il est notable que les étudiants qui se lancent dans des grèves sont généralement ceux qui étudient dans les domaines qui ne présententent pas vraiment de défi sur le plan intellectuel, tels que les sciences politiques, la sociologie, la philosophie ou la sociologie qui ne mène pas à une profession particulière. On ne retrouve pas le même phénomène dans les sciences dures telles que la physique, le génie et la biologie ou dans les domaines qui mènent à des carrières précises comme la médecine et les HEC.

    Devant le manque de défi intellectuel ou de perspective de carrière clairement définie, certains étudiants se lancent dans des mouvements de contestation tels que la grève par désoeuvrement, à la recherche de causes à défendre. Ils le font pour briser la routine, sortir de leur bulle individuelle et se distraire de leurs préoccupations quotidiennes.

    Malheureusement ces mouvements à propos de tout et de rien escamotent et banalisent les véritables batailles sociales à mener.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 23 mars 2015 12 h 30

      M.Chevalier vous raisonnez comme le maire Jean Tremblay et le premier ministre medecin qui l appuie.Bref des anti-intellectuels .Pour ma part je crois que vous avez tout mal donc je suis pour la greve des etudiants et ils ne banalisent pas les les maladies sociales que ce gouvernement nous infligent et nous affligent...........J-P.Grise

    • Christian Laliberté - Abonné 23 mars 2015 13 h 03

      Excusez-les de vouloir améliorer la situation de tous, y compris la vôtre.

    • Hélène Paulette - Abonnée 23 mars 2015 17 h 31

      Et d'où sortez-vous que la philosophie, la sociologie ou les sciences politiques ne représentent pas de défi sur le plan intellectuel? Je dirais plutôt que les étudiants dans certains domaines qui mènent à de lucratives carrières sont moins portés, disons, à se préoccuper du sort des autres et par là même se comportent en individualistes crasses!

    • Alain Salvas - Inscrit 23 mars 2015 19 h 36

      Opter pour les humanités comme parcours universitaire n'est pas nécessairement un signe de paresse. Lire et comprendre Aristote, Rousseau ou Arendt requiert beaucoup d'effort. Je ne crois pas non plus que ce mouvement de grève soit un signe de désoeuvrement.

      J'irais plutôt vers l'explication de l'économiste Joseph Schumpeter. Ce dernier soutenait que dans les démocraties libérales, l'essor de l'éducation engendre une surproduction d'intellectuels. Désavantagés et déconsidérés dans un système capitaliste qui favorise la spécialisation, plusieurs intellectuels développent une hostilité envers le capitalisme.

      Force est d'admettre qu'on ne manque pas ici de penseurs. Pas qu'il y en ait trop, non! Mais chacun a son idée du bien public ou de la volonté générale. Beaucoup voudraient jeter l'économie de marché aux orties. Et pour le moment, aucun ne propose une alternative radicale viable pour gérer l'allocation de nos ressources.

    • André Chevalier - Abonné 23 mars 2015 20 h 55

      @ Jean-Pierre Grisé et Christian Laliberté

      D'abord, ce n'est pas une grève, mais peut-être un boycott comme le signale un autre intervenant. C'est le refus d'utiliser un service.
      Ce n'est même pas un véritable boycott, car celui-ci a pour but de nuire au fournisseur de service, ce qui n'est pas le cas ici.
      On pourrait assimiler ça à une "grève" de la faim qui est une sorte de cri de désespoir. Je pense que nous n'en sommes pas là en ce qui concerne la société. Je pense que les étudiants se tirent dans le pied en précédant de la sorte.

  • Bernard Dupuis - Abonné 23 mars 2015 10 h 37

    Pourquoi faudrait-il ne pas faire la grève au juste?

    Incapable de dire pourquoi au juste les étudiants ne devraient pas faire la grève, on s’attaque à la crédibilité de ceux qui «généralement» font la grève. Ceux-ci auraient la tare d’étudier dans des domaines dits des «sciences molles». Ces sciences seraient caractérisées par le fait qu’elles ne représentent pas «vraiment de défi sur le plan intellectuel»! Comme cela est affirmé sans preuve, cette «opinion» reste naturellement au raz des pâquerettes intellectuelles.

    En effet, cette opinion ne repose elle-même ni sur la physique, ni sur la biologie, ni sur les sciences de l’administration (HEC). Toutefois, elle fait de ces sciences dites «dures» une espèce d’idéal intellectuel et social. Cet idéal présuppose une idéologie appelée le «scientisme». Celle-ci possède sa propre morale, sa propre politique et ses propres dogmes. Pour elle, les «vraies sciences» ne semblent pas savoir quoi faire des grèves qui portent sur la justice sociale, la démocratie, nos choix politiques. Ces «petites» questions n’intéressent que ceux qui s’adonnent aux sciences dites «molles». Ces sciences seraient elles-mêmes sans rigueurs et par conséquent sans intérêts et sans vérités.

    Si tout défi intellectuel ne concernait que la physique, la biologie, la médecine et l’économie, alors que fait-on de nos choix politiques et sociaux? Il faut savoir que tout ce qui est vrai (ou possiblement vrai) n’est pas nécessairement scientifique. Ce n’est pas parce que le Québec est dirigé par trois médecins que celui-ci se dirige nécessairement vers le paradis «scientiste» et la prospérité économique promise.

    Pour retrouver la prospérité économique, les trois médecins et l’économiste nous font croire qu’il faudrait diminuer les salaires, augmenter les taxes, diminuer les impôts et couper les services aux plus démunis. Qu’est-ce que la physique pourrait nous dire d’indicatif ou d’impératif à ces sujets? Pas grand-chose n’est-ce pas?

    Alors, pourquoi faudrait-il ne pas faire la grève?

    Bernard Du

    • André Chevalier - Abonné 23 mars 2015 11 h 29

      Le scientisme est la prétention de pouvoir tout expliquer par la science et vouloir réguler toutes les activités humaines en se fondant sur cette présomption. C'est une erreur.

      Toute tentative de plaquer des modèles philosophiques, religieux ou scientifiques sur les sociétés ont mené à des désastres humains. La nature humaine est trop complexe pour être définie et déterminée par quelque modèle imposé. Les seuls modèles qui permettent à une société de fonctionner sont ceux qui font consensus, c'est la démocratie.

      Manifester collectivement sur l'ensemble des problèmes que connait la société, ça va en autant que chacun est conscient que les manifestants n'ont pas tous les mêmes priorités et que les problèmes ne seront pas tous réglés par leur action et que celle-ci ne peut être que ponctuelle.

      Faire la grève pour des motifs disparates, ça n'aboutit à rien; ce n'est que du défoulement.

    • Hélène Paulette - Abonnée 23 mars 2015 17 h 33


      ''Faire la grève pour des motifs disparates, ça n'aboutit à rien''
      c'est justement pour ça, monsieur Chevalier, que le pouvoir divise...

  • Pierre M de Ruelle - Inscrit 23 mars 2015 12 h 38

    Discutable

    Ce n'est pas une greve mais un Boycote. Ou plutot de la chair a canons manipule par les syndicats , qui eux ne font pas greve , pour l'instant du moins...

  • Michel Lebel - Abonné 23 mars 2015 17 h 03

    Tout un plat!

    Je ne sais si l'auteur se moque ici se moque des étudiants ou s'il est sérieux. " Les étudiants qui mènent les assemblées générales n'ont pas besoin d'éducation. Ils savent tout"(sic). "Les gens du Plateau pourraient aider les pauvres en Corée du Nord et au Venezuela" (resic). C'est de la rigolade, quoi!? Enfin la liberté d'expression doit bien se manifester!

    M.L.

    • Hélène Paulette - Abonnée 23 mars 2015 21 h 56

      Tout à fait monsieur Lebel... Et c'est un écrivain... et prof d'université... et libertarien d'après wikipédia!

  • Hélène Paulette - Abonnée 23 mars 2015 22 h 04

    C'est navrant...

    Monsieur Lemieux votre prose n'est certainement pas à la hauteur de votre réputation et ne fait certainement pas honneur à L'Institut Économique de Montréal...