Le CSF n’a rédigé aucun chèque en blanc

La présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne<br />
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Dechêne

En commission parlementaire la semaine dernière, le Conseil du statut de la femme a appuyé les grandes lignes du projet de loi 20, visant à augmenter l’accès aux médecins de famille et la prise en charge complète des patients par les médecins. Rappelons que ces difficultés d’accès représentent le problème le plus criant avec lequel le Québec est présentement aux prises dans le domaine de la santé. Nous avons davantage de médecins par habitant qu’ailleurs, et pourtant, la majorité des malades plus âgés ne peuvent les voir dans un délai raisonnable. Les experts indépendants que nous avons consultés dans notre avis de 2013 sur la question s’entendent sur le fait que les types de pratiques exercés par les omnipraticiens expliquent en bonne partie le manque d’accès.

Pour le Conseil, il est impossible de ne pas tenir compte du fait que les femmes, à titre de patientes, de proches aidantes, de parents et majoritaires chez la population vieillissante, sont les principales usagères du système de santé. Elles font donc les frais de ce manque d’accès à la première ligne, ce qui compromet leur santé, les condamnent aux urgences, sans compter le stress et le temps perdu. Pour les femmes âgées, vulnérables, en perte d’autonomie, c’est encore plus dramatique.

Pas un chèque en blanc

Cette prise de position du Conseil du statut de la femme contre le statu quo et en faveur des femmes malades ou vulnérables a suscité des réactions vives de plusieurs femmes médecins et des associations médicales. Des femmes médecins perçoivent qu’on les abandonne. Elles considèrent qu’au nom du féminisme, le Conseil devrait prendre leur parti, et non celui des patientes. Pourtant, nous avons tenté d’exposer la situation le plus honnêtement possible, et nous n’avons pas rédigé un chèque en blanc au ministre pour qu’il puisse agir à sa guise.

En effet, le Conseil s’est inquiété du fait que le gouvernement pénalise davantage les femmes médecins que les hommes. Il a notamment demandé que les exigences imposées aux médecins soient levées pendant le congé de maternité d’un an et les congés de maladie. De plus, le Conseil a mis l’accent sur la disparité salariale entre les femmes médecins et leurs collègues masculins et a proposé des pistes pour comprendre et éventuellement corriger cette inégalité. (Le mémoire du Conseil est publié à www.placealegalite.gouv.qc.ca)

Pour une réforme réfléchie

Cela dit, il faudra porter une attention particulière aux règlements que le ministre prépare sur les obligations du corps médical et sur les mesures pour inciter à la prise en charge des patients. Comme le dit l’adage, le diable est dans les détails. Le Conseil enjoint donc au ministre de faire des choix judicieux lors de cette étape cruciale de sa réforme et de consulter le plus largement possible, notamment les médecins et les experts indépendants.

En définitive, il est primordial, pour toutes les parties, de garder l’oeil sur l’objectif principal de toute cette discussion : améliorer l’accès à la première ligne de soins et la prise en charge des personnes les plus vulnérables. Reste à voir comment cela peut se faire, au bénéfice de toutes et tous.

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3 commentaires
  • Mai-Anh Le Van - Inscrite 5 mars 2015 02 h 01

    Il aurait été possible pour le CSF de défendre TOUTES les femmes québécoises

    Mme Miville-Dechêne,
    Petit détail. Je doute fortement que les lettres envoyées par les femmes médecins vous demandaient de les défendre au lieu des patientes. Le meilleur exemple publié est celle de Dr Sylvie Dufresne et cosignataires hier http://www.ledevoir.com/societe/sante/433396/le-cs Bien au contraire: il aurait été facile pour vous de défendre les deux parties en même temps puisqu'elles ne s'opposent pas, contrairement à ce que vous prétendez. Il n'y a aucune preuve que le PL20 va améliorer l'accès aux soins de santé des femmes patientes et aidantes et les experts en commission parlementaire semblent abonder dans l'autre sens.
    Merci tout de même de bien remarquer que le PL20 n'est qu'une coquille vide dont les règlements apparaîtront après le vote. L'appuyer, comme vous l'avez fait, est un chèque en blanc. Les premiers règlements concernant la fécondation-in-vitro laissent présager que le ministre fait fi des normes de pratique médicales reconnues et des recommandations des experts en commission parlementaire.

  • Éric Deland - Abonné 5 mars 2015 20 h 00

    Raisonnement bancal.

    triste d'entendre la présidente du CSF mettre en opposition les intérêts des femmes-médecins et ceux des autres femmes. La féminisation de la médecine serait donc à.la source des maux du système de santé...En reprenant les thèses du ministre Barette, Mme Minville-Deschênes souscrit à sa vision rétrograde et mesquine de la pratique médicale. La dévalorisation du travail des femmes-médecins et de l'omnipratique qui résultera de la loi 20 ne favorisera pas l'accès aux soins pour les plus démunis, puisque le travail auprès des clientèles <lourdes> sera, dans une logique comptable primaire, jugé improductif, et pénalisé financièrement. La position de Mme Minville-Deschênes est très paradoxale.

  • Serge Bouchard - Abonné 5 mars 2015 21 h 48

    Libérale

    La position de Mme Minville-Deschênes est libérale d'abord. Elle tente de la présenter de manière logique et cohérente, voire même courageuse, mais ça ne tient à l'évidence pas la route. Bref, elle fait de la politique.