Le CSF fait du tort aux femmes

Les activités menacées par le pl20, qui pénalise directement les femmes, sont notamment l’obstétrique (13 rendez-vous sont nécessaires pour un bon suivi lors d’une grossesse) et les cliniques de santé du sein. 
Photo: Thinkstock Les activités menacées par le pl20, qui pénalise directement les femmes, sont notamment l’obstétrique (13 rendez-vous sont nécessaires pour un bon suivi lors d’une grossesse) et les cliniques de santé du sein. 

Madame, votre mémoire en commission parlementaire sur le projet de loi 20 (pl20) est très surprenant et dénote une connaissance très fragmentaire d’un problème fort complexe. Le problème de l’accessibilité des soins en première ligne est connu et dénoncé depuis très longtemps par les médecins qui déplorent les mauvaises décisions gouvernementales et le peu d’aide apporté par le ministère de la Santé pour favoriser une médecine efficiente. Cette situation ne repose pas uniquement sur les médecins de famille, malgré les propos diffamatoires de M. Barrette.

C’est tout le réseau de la santé qui est embourbé et qui contribue à un problème de congestion en première ligne. Nombreux sont les groupes déplorant le pl20 : Me Ménard, ardent défenseur des patients, le Collège des médecins du Québec, dont le mandat est d’assurer une médecine de qualité au service du public, les doyens des quatre universités, dont le mandat est de favoriser une relève de qualité, l’Association des jeunes médecins du Québec (AJMQ), l’Association des médecins urgentistes du Québec (AMUQ), M. Paul Lamarche, administrateur en santé et bien d’autres. Comment se fait-il que le CSF, dans son souci pour l’intérêt des femmes patientes, ne s’est-il pas rallié à ces experts ? Votre attitude est incompréhensible et affligeante. Le CSF a-t-il mal compris les conséquences désastreuses du pl20 ? Craint-il de déplaire à l’État qui subventionne sa propre institution ? Ne réalise-t-il pas que le pl20 va nuire aux femmes du Québec, aux jeunes filles, aux mères, aux femmes plus âgées, à toutes les femmes. Peut-on occulter que, avec toutes les exigences du pl20, les médecins vont devoir exercer une médecine de débit ? Et, pour ce faire, les médecins devront délaisser des champs de pratique qui ne permettent pas de remplir les quotas.

Les activités menacées par le pl20, qui pénalise directement les femmes, sont l’obstétrique (13 rendez-vous sont nécessaires pour un bon suivi lors d’une grossesse), la périnatalité, les cliniques de santé du sein, d’allaitement, de planification familiale, de santé mentale (plus de femmes que d’hommes consultent pour ces services), les trousses d’agression sexuelle. Ce sont des soins essentiels pour les femmes que le CSF met en péril.

De plus, ce sont les plus vulnérables qui seront touchés par le pl20. Les femmes figurent en grand nombre parmi cette clientèle, celles avec des maladies chroniques, avec des problèmes de santé mentale, atteintes d’un cancer, réfugiées, toxicomanes ou alcooliques. Aujourd’hui, nous sommes, femmes médecins, beaucoup plus nombreuses ; notre pratique est teintée de notre sensibilité, de notre vision des choses, de nos préoccupations sociales et familiales. Dans le pl20, je me sens bafouée et j’ai l’impression que nos différences ne sont pas perçues comme complémentaires, mais plutôt comme source du problème.

C’est infiniment triste en 2015 de pointer entre autres la féminisation de la médecine comme responsable des problèmes de première ligne. Avec la féminisation de la médecine, un tournant, pourtant réclamé, s’est produit. On ne valorise plus le volume des médecins masculins d’antan, mais la qualité de la relation médecin-patient, l’écoute et le temps de qualité passé avec son médecin.

Ce sont toutes les Québécoises qui subiront les conséquences de votre incurie à remplir le mandat du CSF, soit défendre les droits et les intérêts des Québécoises. En plus, vous endossez une pratique de débit, de travail à la chaîne, et non de qualité et d’humanisme, car ce sont l’écoute, l’empathie et la prise en charge globale qui caractérisent notamment le travail des femmes médecins. Il n’y a pas de mot pour vous décrire ma tristesse et ma profonde déception de voir les droits des femmes, de mes concitoyennes, être malmenés ainsi. Quel tort irréparable vous faites aux femmes devant cette catastrophe annoncée !


Signataires:

Annick Reid, médecin de famille
Elisa Pucella, médecin de famille, Laval
Sophie Bernier, médecin de famille, Roberval
Nadine Gauthier, omnipraticienne en gériatrie, CSSS sud Lanaudière, 4 enfants et patiente d'un médecin
Julie Fréchette médecin de famille Trois-Rivières clinique de santé sexuelle et soins à domicile (clientèles majoritairement féminines dans les 2 cas)
Nancy St-Arnaud, médecin de famille, Bécancour
Caroline Noory, médecin de famille depuis 25 ans
Aline Levi, médecin depuis 30 ans, fière femme québécoise, mère de cinq professionels, dont 2 femmes québécoises 
Annie Cardin St-Antoine, médecin de famille,Vaudreuil
Patricia Bell, omnipraticienne, Montréal
Anne Bhéreur, M.D, médecin de famille, Montréal
Rita Tan, médecin et mère de bientôt 2 enfants
Christine Motheron, omnipraticienne, mère de 3 enfants
Catherine Martineau, médecin de famille UMF Charles-lemoyne, mère de 2 enfants
Kim Gloutney, omnipraticienne en périnatalité, clinique d'allaitement, suivi de grossesse et pédiatrie, mère de 3 enfants
Marie-Eve Gilbert, médecin de famille et d'urgence, maman de deux enfants
Mylène Simard médecin de famille, hospitalisation CSSS Jonquiere et GMF cyriac Jonquiere
Sylvie Letovanec, médecin de famille depuis 30 ans ST Jean sur Richelieu
Mai-Anh Le Van, urgentologue, Centre Universitaire de Santé McGill
Isabelle Collin, médecin de famille, UMF Laurier, Hospitalisation CHUQ, Université Laval, Québec
Marie-Eve Godin, médecin de famille GMF Cyriac, hospitalisation et planning, CSSS Jonquière
Julie Potvin, médecin de famille, Roberval
Ariane Murray, médecin de famille, UMF de Verdun, CHSLD Réal Morel, mère de 2 enfants
Lisa O'farrell, médecin de famille, GMF du carrefour, Québec
Josiane D'Amico, médecin de famille et chef d'UMF, Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal
Kim Pion, médecin de famille urgence, CSSS Chicoutimi
Annie Jauron, CSSS Pierre-Boucher, UMF de Verdun, GMF Marguerite-D'Youville, professeure chargée d'enseignement clinique, mère de 3 enfants
Valérie Haf Gagné, médecin de famille, CSSS Jeanne-Mance, UMF des faubourgs, chargée d'enseignement clinique de l'Université de Montréal, mère de deux enfants
Annick Reid, médecin de famille, Boisbriand, mère monoparentale
Sophie Mazur, médecin de famille, Rawdon, clientèle très majoritairement féminine, monoparentale, 4 adolescents
Anne Pomerleau, Rouyn-Noranda, santé de la femme (obstétrique, planning familial, IVG)
Annie Vigneault, médecin d'urgence, Hôpital Maisonneuve Rosemont
Geneviève Côté, médecin de famille, CSSS Laval, chargée d'enseignement clinique à l'UMF CLSC du Marigot, fondatrice de la Clinique Accueil Santé de Laval, aidante naturelle de sa grand-maman atteinte de troubles cognitifs
Marie-France Rollin, médecin de famille au GMF de l'Outaouais, mère de deux jeunes enfants
Marieke Gardner, médecin de famille, urgence et soins intensifs Hôpital Lasalle, mère d'une fille de 18 mois
Anne Rochette, médecin de famille CSSS Thérèse de Blainville
Sophie Zhang, médecin de famille, CLSC des Faubourgs, CHSLD Bruchési, CRAN (Centre de recherche et d'aide aux narcomanes)
Julie Drouin, rhumatologue, Trois-Rivières
Cynthia Houle, médecin de famille urgence CSSS de l'Énergie, Shawinigan
Sophie Laporte médecin de famille planning CLSC Montréal-Nord, pouponnière Hôpital Sacré-Coeur
Rachel Nassif ,médecin de famille, CSSS du Lac-des-Deux-Montagnes, Centre jeunesse des Laurentides et mère d'une petite princesse de 10 mois
Yanouchka Labrousse, médecin de famille, UMF Charles LeMoyne
Diane Rheault, médecin de famille, GMF Ste Dorothée, Laval
Caroline St-Pierre, médecin de famille, Québec, mère de 3 enfants
Joanie Guay, médecin de famille à Roberval, obstétrique, santé de la femme, trousse médico-légale, mère d'une cocotte de 5 mois
Rachel Leclerc, omnipraticienne, CSSS des Aurores Boréales, mère de 2 enfants (bientôt 3)
Myriam T-Harvey, médecin de famille, Les Escoumins

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5 commentaires
  • Gilbert Turp - Abonné 4 mars 2015 09 h 10

    La Santé, sous monsieur Barette, devient encore plus une Industrie de la Maladie qu'elle ne l'était déjà.

    Et oui, cette lettre pointe un fait : la mentalité « vraies affaires » des libéraux, y compris monsieur Barette, c'est du pétage de bretelles de gars.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 4 mars 2015 10 h 26

    Le bon docteur Barette,radiologiste

    est dans le champ et depuis longtemps,comme son patron eux seuls possedent la Verite.Dans mon temps ces gens-la ont changeait leur prenom pour celui de Jesus.Ils ne sont que de mesquins individus et ils ne sont pas seuls dans ce bon parti liberal quebecois.Decu aussi de MMe Miville-Deschenes. J-P.Grise

  • Monique Girard - Abonnée 4 mars 2015 14 h 12

    C'est la faute à Barrette, au CSF et al.!

    En plus, vous endossez une pratique de débit, de travail à la chaîne, et non de qualité et d’humanisme, car ce sont l’écoute, l’empathie et la prise en charge globale qui caractérisent notamment le travail des femmes médecins.

    Cette phrase, mesdames les médecins, m'a fait sourciller, moi, femme et féministe! J'ai toujours été préoccupée par l'égalité homme-femme, par le respect mutuel et par la complémentarité homme-femme. Toutefois, je suis très sceptique lorsque je lis que l'écoute, l'empathie et la prise en charge globale caractérisent le travail des femmes médecins. Sur quoi est-ce que vous vous basez pour affirmer une telle chose? Avez-vous des statistiques prouvant cela? Les femmes sont des êtres humains comme les hommes avec leurs forces et leurs faiblesses et oui, certaines sont empathiques mais et oui, certaines ne le sont pas. Je suis fort heureuse que les femmes aient désormais une grande place en médecine mais de grâce, n'essayez pas de me faire croire qu'elles sont en train de changer le portrait de la médecine en la rendant plus humaniste.....Je suis plutôt sceptique...Je ne suis plus capable de lire des lettres de médecins (hommes et femmes) qui mettent le mauvais fonctionnement de notre système de santé sur la faute des autres mais qui ne sont pas capables de regarder dans leur propre cours et qui ne veulent par remettre en question leur pratique médicale. Triste tout cela!

    • Éric Deland - Abonné 5 mars 2015 20 h 36

      Le dévouement, l'empathie, l'humanisme, ça ne se prête pas à des analyses statistiques. Si on vous demandait, Mme Girard, de fournir des statistiques prouvant l'authenticité de votre féminisme, en seriez-vous capable?

  • Colette Pagé - Inscrite 4 mars 2015 19 h 37

    La méthode Toyota à la sauce Barrette !

    À la suite de son intervention contre la Charte et maintenant en faveur du Loi 20 il est raisonnable de se demander si le CSF et particulièrement sa présidente nommée par le Parti libéral n'est pas en mission commandée pour apporter son support au bon docteur Barrette. Un radiologue habitué à lire les raxons- X à la chaîne qui souhaiterait que les médecins l'imitent lorsqu'ils rencontrent leurs patients. Ce qui inclus les patients avec de multi-iproblématiques.

    Le ministre de la santé ne semble pas avoir compris que les femmes médecins doivent conclier travail-famille et qu'elles également droit à leur qualité de vie.