Les mauvaises manoeuvres du ministre Barrette

Au rythme actuel de diplomation, il faudra 50 ans pour former les 2000 infirmières spécialisées promises par le ministre.
Photo: Université Laval Au rythme actuel de diplomation, il faudra 50 ans pour former les 2000 infirmières spécialisées promises par le ministre.

Les Québécois savent exactement ce qui cloche avec la santé : un inacceptable manque d’accès aux soins, tant aux urgences, aux chirurgies qu’aux médecins de famille. Ils savent aussi où se situe une partie de la solution : dans la plus grande disponibilité des médecins de famille, dans la coordination avec les spécialistes, dans l’attribution de nouvelles responsabilités, notamment aux infirmières praticiennes spécialisées et aux pharmaciens.

Ils assistent, depuis 10 mois, au spectacle d’un ministre qui fait preuve d’improvisation, de manipulation et d’insolence, et ce, dans les négociations comme sur les réseaux sociaux.

Le problème ? L’activisme du ministre, tourné vers les structures et le minutage des journées des médecins, a un impact nul sur l’accessibilité aux soins. Pourquoi ? Parce que les moyens que le ministre prend, loin d’être courageux, sont lents, laborieux, démotivants et dépourvus de toute sincérité. Ils sont surtout improductifs et abusifs.

Prenons le cas des 2000 nouvelles infirmières praticiennes spécialisées qu’il a promises. Au rythme actuel de diplomation — 40 par année —, il faudrait 50 ans pour y arriver. Donc, plutôt que de fusionner les centres jeunesse avec les centres hospitaliers (un non-sens du projet de loi 10), le ministre devrait, de toute urgence, s’entendre avec son collègue de l’Éducation pour porter rapidement à 200 le nombre de places disponibles pour ces infirmières dans les universités.

Les pharmaciens, eux, sont prêts depuis plus d’un an à offrir de nouveaux services qui auront un effet immédiat sur l’accès. Le ministre n’a qu’à publier un décret découlant de la loi adoptée à l’unanimité en 2011 — il y a plus de trois ans — par l’Assemblée nationale. Or, il fait de l’obstruction en intégrant ce dossier dans un autre projet de loi (28) plutôt que d’agir et de permettre aux pharmaciens de faire de même. Dans la vraie vie, un geste en ce sens aurait un réel effet pour les citoyens ; demandez à ceux qui peinent à poursuivre leur traitement en raison de la difficulté qu’ils ont à faire renouveler leurs ordonnances…

Dans le dossier crucial de l’accès à un médecin de famille pour le quart des Québécois qui en sont privés, le ministre s’était engagé à ce que tous les groupes de médecine de famille (GMF) respectent leurs engagements en matière de recrutement de patients avant la fin de… l’an dernier. Toutefois, on attend toujours, comme on a attendu en vain pendant neuf ans, sous le gouvernement libéral précédent, le respect des engagements directement liés à un meilleur accès. Gaétan Barrette s’est-il déjà mis dans la peau d’une personne sans médecin de famille, mais aux prises avec des symptômes inquiétants pouvant mener à une maladie grave ?

Comment expliquer que le ministre ne fasse pas ce qui a donné des résultats ailleurs, ce qui relève du gros bon sens, s’il est si préoccupé par l’accès aux soins ? Il préfère affirmer son autorité par un bâillon et, ainsi, écarter les questions.

Certains trouvent le ministre drôle, coloré, divertissant… entre autres le soir, sur Twitter. Mais au lieu de mettre ses énergies sur de la « structurite » ou sur ses susceptibilités intramédicales, ne devrait-il pas s’occuper de ce que nous attendons tous de lui : donner rapidement accès aux Québécois à leur propre système de santé ? Car — il semble utile de le souligner — ce système n’est pas celui du ministre Barrette, c’est celui de tous les Québécois.

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10 commentaires
  • Denise Lauzon - Inscrite 13 février 2015 03 h 00

    Les inconvénients du paiement à l'acte pour les médecins


    Je pense qu'il serait temps que le Québec adopte un système de santé dans lequel les médecins seraient payés à salaire fixe (ce qui ne veut pas dire sans augmentation de salaire).

    Dans le Journal de Montréal du 11-02-15, Joseph Facal nous décrit les inconvénients du paiement à l'acte pour les médecins. Il dit entre autres: "Tant que le médecin tirera ses revenus d'actes individuels pour lesquels il ne doit pas pourchasser le patient pour être payés, parce que c'est le trésor public qui paie, il aura intérêt à multiplier les actes inutiles. Généralement, le patient n'y verra que du feu et tendra même à penser qu'il a un "bon" médecin tellement celui-ci le suit de près." Il ajoute aussi: "De plus, la rémunération à l'acte fait en sorte que le médecin protégera jalousement son territoire professionnel en résistant à ce que tel ou tel acte soit posé par une infirmière ou un pharmacien puisqu'il perd une source de revenu. Cela crée des rivalités entre les professionnels et complique terriblement le travail en équipe.".

  • Marcel Bernier - Inscrit 13 février 2015 04 h 53

    Très intéressant comme réflexion...

    Mais on continue à faire l'impasse sur les augmentations scandaleuses de rémunération consenties aux médecins par rapport à l'ensemble des salariés-es de l'État. Ce sont les trois médecins ‒ Barette, Couillard et Bolduc ‒ qui, en toute collusion, nous ont imposés, à nous contribuables, ce fardeau illégitime. Surtout quand on sait que le dit Barette s'est servi du chantage pour soutirer ce magot au Trésor public.
    Depuis lors, celui-ci s'est démené comme un diable dans l'eau bénite pour faire en sorte de se faire élire à tous prix pour préserver ces avantages indus, et ce, dans le plus pur esprit corporatiste.

    • Jean-François Trottier - Inscrit 13 février 2015 15 h 15

      M. Bernier, tout ce que vous écrivez confirme la volonté de Barette.
      Il ne veut pas réduire les revenus des plus riches, il veut réduire l'État.

      Pour ce faire, il a besoin de gens qui chiâlent contre les médecins, eh oui, mais sans toucher à leur pactole.

      Je ne dis pas que vous avez tort,. Je dis que Barette souhaite que tout un chacun se "chicane" sous lui pour mieux écraser.

      Tiens, "chicane"... Le mot préféré de Charest autrefois. Eh ben.

  • Pierre Labelle - Inscrit 13 février 2015 06 h 09

    Vers la privatisation!

    C'est là que veut nous amener ce gouvernement. Couillard a choisi la bonne personne pour nous y conduire en la personne de Barrette. Ce radiologiste millionnaire se fout de tout le monde, il écoute seulement ce qu'il veut entendre, il écarte de son chemin ceux qui ne partage pas son opinion et ce; en utilisant souvent des grossièretés qui sont indignes du poste qu'il occupe. Le pire dans tout cela c'est qu'il agit avec la bénédiction de son chef Phillippe; une sorte de concertation semble exister entre ces deux "richards" de la médecine. À moins d'un mouvement de contestation populaire et d'une telle ampleur, comme du jamais vu au Québec, nous nous dirigeons tout droit vers la privatisation de notre système de santé. De plus, en maintenant en place le ministre Bolduc, le ministère de l'éducation va continuer à se dégrader. Tout un trio ces trois "richards" de la médecine.

  • Jean-François Trottier - Inscrit 13 février 2015 06 h 55

    Improvisation ?

    Non, Barette n'improvise pas. Il sait ce qu'il fait et démontre une détermination étonnante.

    Le but est simple mais comporte plusieurs volets:

    Il décourage les médecins, un peu en coupant dans leurs revenus, beaucoup en leur enlevant les moyens de fonctionner dans le système public.

    Il brise l'image du système à coup de guérillas incessantes et pousse la population à se défier du public.

    Il embrigade les généralistes dans une logique d'efficacité... improductive. Ce faisant il pousse tout le système vers le curatif. Exit la santé, bonjour la maladie.

    En fin de compte il fait de la santé une question de services dont le but prochain est le morcèlement, juste avant le démantèlement.

    De partout il mine le système de santé pour en faire de la médecine de brousse urbaine, un semblant de service pour les plus démunis d'où sortiront tous ceux qui en ont la chance.

    Et enfin, le privé, qui s'étendra de lui-même. Des médecins écoeurés, les infirmières qui déjà n'en peuvent plus de l'augmentation des tâches sans rémunération et sans reconnaissance, aucun support logistique, ni moral. Des usagers qui ont toutes les raisons de hurler dès leur entrée en clinique ou à l'hôpital puisqu'on les pousse à se défier.

    Non, Barette n'improvise pas.

  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 13 février 2015 07 h 14

    Un Gros consommateur d'ouvrages de Croissance Perso

    Je crois que le Dr Barrette a beaucoup plus l'habitude de voir les autres empiéter sur "sa place" que faire l'exercice aussi suintant que se mettre à la place des autres.

    Je ne connais pas du tout ces dossiers avec autant de rigueur que vous Mme Lamarre, mais je suis portée à vous donner le bénéfice du doute. M. Barrette est un malotru, mais l'élégance, Couillard en a et ça ne fait pas de lui un ministre plus Humain, alors comme pour tous les politiciens, j'ai laissé sa chance au coureur. J'ai écouté son Plan tordu envers lequel il nourrissait une confiance d'Airain. Il l'avait trouvé, lui, "LA" solution à l'imbroglio que constitue notre système de Santé. Les mesures à adopter, lui, il avait tout débrouillé cela les doigts dans le nez et il suffisait de porter la CAQ au pouvoir pour ne plus attendre à l'urgence et tous avoir notre médecin de famille.

    Coup de théâtre: aux élections d'avril 2014, il est parvenu à insérer son gros pied boudiné dans la pantoufle de vair du Prince Philippe Couillard et il l'a parfaitement épousé sans coup férir. Élu, il veut encore tout chambouler dans le système de Santé sous son Égide, mais cette fois, avec des méthodes qui charment les libéraux.

    S'il avait été honnête et avait la ferme Certitude de l'aloi de ses Plans bien Mûris à la CAQ, il se serait jalousement attaché à son "Génial Projet" et n'aurait jamais été prêt à l'abandonner pour s'emparer aussi vite d'un nouveau pour lequel il voue exactement la même Confiance Exacerbée que la fois précédente.

    Je suppute alors que Barrette est un thaumaturge, car tous les ministres ont essayé de bonifier en vain le système de Santé depuis plusieurs décennies et lui a accouché à lui seul de deux Ébauches Miraculeuses irréprochables en quelques mois.

    Je présume que la Confiance de Roc de M. Barrette lui vient de ses lectures de Croissance Perso, et qu'il ne faut pas s'y fier pour juger de la fiabilité de ses Initiatives, quand ça vient de lui, c'est invariablement "Énorme"!