Un cri du coeur pour l’Hôpital Santa Cabrini

De nombreuses personnes, issues notamment de la communauté d’origine italienne, sont inquiètes de l’avenir que réserve le projet de loi 10 à l’Hôpital Santa Cabrini/CA Dante (ci-après nommé « Santa Cabrini »).

Toutes ces personnes, souvent bénévoles, ont bâti, développé, soutenu et financé leur hôpital. Pourtant à compter du 1er avril 2015, le conseil d’administration de leur établissement disparaîtra au profit de mégastructures lourdes et impersonnelles que seront les CISSS. Mais la disparition de l’hôpital communautaire n’est bonne ni pour Santa Cabrini ni pour le Réseau de la santé et des services sociaux.

En effet, il n’y aura aucun contrepoids à la nouvelle forme de gouvernance que vise le projet de loi 10. Le futur CISSS, vidé des conseils d’administration actuels, sera sous la gouverne exclusive de quelques personnes choisies ou nommées par le ministre. Un seul représentant des Fondations des établissements regroupés ne pourra y siéger qu’à titre d’observateur.

Vous-même, à l’époque ministre de la Santé, avez créé en 2005 les CSSS, tout en prévoyant des exceptions. Santa Cabrini avait alors été désigné « hôpital de première instance ». Vous aviez reconnu les particularités ethnoculturelles de cet hôpital sachant pertinemment qu’il n’était pas nécessaire d’être fusionné au CSSS pour continuer à travailler en partenariat avec le Réseau de la santé et des services sociaux.

Le p.-d.g. du futur CISSS aura bien d’autres obligations que de se soucier des particularités de chacun des établissements sous sa tutelle. La communauté d’origine italienne, qui a créé Santa Cabrini, a bien raison de s’inquiéter. Une fois l’hôpital coupé de son conseil d’administration, qui veillera à faire valoir son histoire, ses réalités linguistiques et culturelles ? Sans oublier que ce projet de loi enlève toute participation citoyenne et dépossède chacune des collectivités locales de son hôpital. Pourtant, ne faudrait-il pas continuer à bâtir en respectant le travail des communautés qui se sont investies avant nous ?

Perdu dans la pile

Les CSSS sont déjà des entités complexes, et la population a peine à s’y retrouver dans tous ces acronymes. Ajouter des CISSS ne fera qu’ajouter à la confusion. Et que dites-vous à tous ces donateurs qui ont cru à la Fondation de leur établissement ? Ils ont pourtant financé de nombreux projets, contribuant ainsi à réduire la dépense publique. À titre d’exemple, la création du Centre de lutte contre le cancer de Santa Cabrini serait un dossier perdu dans une pile de requêtes et non une réalité concrétisée grâce aux nombreux donateurs de la Fondation Santa Cabrini.

Le conseil d’administration de Santa Cabrini n’existant plus à partir d’avril prochain, comment la Fondation pourra-t-elle établir les priorités de l’hôpital auquel il est rattaché et planifier ainsi ses campagnes de sollicitation ? L’hôpital n’existera plus en tant qu’entité juridique !

Toute décision, tout projet d’amélioration des services suivra un processus décisionnel long, ardu et partisan. Celui qui est le plus fort risque d’être entendu au détriment des autres. Les équipes locales auront à se battre constamment pour recevoir l’écoute dans un contexte décisionnel encore plus lourd et plus éloigné de leurs réalités et de leurs patients.

Mettre toute son énergie dans un modèle centralisé de gouvernance, refaire un autre exercice de fusions d’établissements, éliminant par le fait même les bénévoles que sont les membres de conseil d’administration, voilà des paris à haut risque. La nouvelle bureaucratie, loin des préoccupations de sa base, risque fort de s’éloigner de la raison d’être de chaque institution : le patient dans sa communauté.

En soutien de cette demande visant le maintien d’un conseil d’administration propre à Santa Cabrini : Pierre Guzzo, Claudio Sabatino, Dominique de Pasquale, Antoinette Vaccaro, Angela Marrone, Salvatore Russello, Pio Carbonaro.

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5 commentaires
  • Albert Descôteaux - Inscrit 2 février 2015 08 h 34

    Pourquoi des hopitaux éthniques?

    Une phrase me fait sursauter et tiquer sérieusement: "Vous aviez reconnu les particularités ethnoculturelles de cet hôpital".

    Depuis le temps qu'on parle d'intégration, il est plus que temps de mettre fin aux services aux groupes "ethniques", comme un hopital pour une communauté italienne par exemple. Pourquoi les québécois d'origine italienne auraient-ils droit à un hopital pour leur communauté? Problème de langue? Comment ça, il y a encore des descendants de l'immigration italienne de l'après-guerre qui ne parlent pas français (ou anglais)? Ce sont ces gens le problème, et ce n'est pas en leur offrant un hopital qu'on réglerea leur problème d'intégration au Québec.

    Une autre phrase qui m'irrite: "La communauté d’origine italienne, qui a créé Santa Cabrini, a bien raison de s’inquiéter. Une fois l’hôpital coupé de son conseil d’administration, qui veillera à faire valoir son histoire, ses réalités linguistiques et culturelles? " Les hopitaux n'appartiennent pas aux communautés, ils relèvent du gouvernement du Québec et appartiennent à tous les québécois. Point.

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 2 février 2015 09 h 04

    Impression et réalité

    En lisant cet article on a l'impression de Cabrini ne dessert que la communauté d'origine italienne ce qui n'est pourtant pas le cas. Pour ma part j'y ai été souvent soignée, en français, sans avoir été hospitalisée dans cet hopital, pourtant loin de chez moi. Quand à mon médecin qui m'y envoie il est d'origine (lointaine) égyptienne... Et je ne suis sans doute pas la seule. En fait on peu supposer que que la communauté en question d'une part ne suffirait pas à maintenir cet hôpital en vie, et que de l'autre côté les "de souche" comme moi n'ont pas à y attendre des jours et des heures avant d'y être soignés ou examinés, alors... Dommage!

  • Grace Di Lullo - Inscrit 2 février 2015 16 h 57

    La vie change....

    Mes grand-parents sont italiens. Je représente la troisième génération.
    Cet établissement a son origine dans la communauté italienne. À son entrée sur la rue St-Zotique on y voit des céramiques provenant d'un artiste italien. La chapelle montre son caractère issu de la communauté. On voit également des fleurs et des pratiques très proches de la communauté italienne dans la chapelle. Il y a également les noms de bienfaiteurs, certains sont à votre consonnance italienne.

    ....mais le quartier change, Montréal et le Québec change...la communauté italienne se déplace également vers l'ouest de Montréal.

    Nous allons souvent à cet hôpital en dernier ressort, car nous n'apprécions pas les soins. Il y a un niveau de qualité à améliorer notamment au niveau des services, de l'accueil, et de la salubrité.

    Pour y avoir été en accompagnant ma mère et mon père (de souche canadien-francais), nous voyons quelques employés liés à la communauté italienne, mais cela n'est plus le cas. Les patients sont pour la plupart issus de d'autres communautés.

    Tout cela pour vous dire que ce n'est plus quant à moi un hopital - italien, desservant une communauté italienne, avec des médecins italiens. Ici, j'emploie italien pour dire le nom d'origine italienne.

    On trouve donc des patients de d'autres communautés, les médecins sont de toutes les origines, etc.

    Je crois qu'il est temps d'axer sur les services.

    Nous avons besoin de soins et non pas de querelles muticulturelles. Un patient c'est un malade peu importe son origine, son nom de famille....

    On est tous des Québécois et des Canadiens, c'est ce que mon grand-père disait... en italien...mais si je traduis il nous disait... Ici c'est mon pays.

  • Lyette Jalbert - Inscrite 2 février 2015 18 h 44

    Gouverner un MSSS sans formation en administration?

    Est-ce qu'il viendrait à un CA de nommer un directeur général qui n'a aucune formation en administration? Toutes les grosses entreprises font une sélection avec soin avant le confier la direction de leurs opérations à un candidat pessenti.

    Pourquoi le MSSS, qui compte le plus gros budget du Québec, est confié à un médecin qui a fait sa médecine mais qui n'a pas fait la preuve de ses capacités et de ses aptitudes à gérer une entreprise de cette envergure?

    On demande plus de formation et d'expérience à un directeur d'hôpital qur pour celui qui dirige le MSSS et qui y va selon ses intuitions, pas sûre que nous n'aurons pas besoin de tout reconstruire ce qu'il aura saccagé... Partisannerie ?

    DANGER !!!

  • Alexandre Jacques - Inscrit 3 février 2015 18 h 43

    Du ménage nécessaire

    En 1992, j'ai été opéré à cette hôpital pour une fracture à le cheville, je suis sortis en larme de la salle d'opération, j'avais 12 ans et le médecin n'avait pas jugé nécessaire de m'administrer des anti-douleurs à mon réveille.

    En 2012, j'ai subit une nouvelle opération là bas, pierre à la viscicul biliaire. J'ai eu des complication après l'opération, j'ai dûe resté hospitalisé 8 jours. Au 7e jour, mon corps avait rejetté l'aiguille de la perfusion. Une heure et demi de torture en raison de veine trop profonde, 5 personnes s'étaient essayer pour me trouver une veine malgré le fait que je demandais d'arrêter.

    20 ans s'était écouler entre mes deux opérations là bas et le respect des patients ne figurait pas dans leur priorité. Alors, si l'administration change et fait en sorte que ce manque de respect change, tant mieux. Parce que si je dois être à nouveau transporter à cette hôpital par ambulance, je me rendrais à HMR par mes propres moyen, quiette à causer des accidents majeur en m'y rendant face au refus des ambulanciers de m'y amener malgré qu'ils aient reçus comme consigne de m'amener à Santa Cabrini.