Et si les «crétins» se levaient?

Le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau

Ce mois-ci, les maires du Québec ainsi que le ministre des Affaires municipales ont offert aux contribuables du Québec un spectacle des plus singuliers. Tour à tour, les uns accusaient l’autre d’être celui qui prenait le bon vieux contribuable pour un «crétin». Une surenchère d’invectives indirectes dirigées vers l’absent, bien connu pour avoir toujours tort.

Alors qu’il y a à peine quelques semaines, les maires et le ministre s’entendaient comme larrons en foire en déchirant, avec le sourire, des contrats dûment signés avec leurs employés municipaux, ils étaient maintenant (presque) prêts à s’échanger des gros mots en duplex sur RDI.

Pas tous, évidemment. Les maires Coderre et Labeaume sont restés campés sur leur position de compromis, attendant patiemment leur récompense pour leur bonne tenue. Quelques jours plus tôt, plusieurs maires s’étaient aussi résignés à avaler la pilule des compressions de quelque 300 millions en transferts aux municipalités. Ils espèrent tous obtenir davantage du gouvernement lors de la négociation du prochain pacte fiscal, notamment une réponse favorable aux demandes formulées dans le livre blanc de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), publié l’année dernière.

Sans surprise, ce livre blanc réclame un nouveau partage des pouvoirs entre les municipalités et Québec, mais pour l’instant, cette autonomie réclamée par les municipalités demeure relativement vague. Certains ont évoqué le pouvoir d’imposer des conditions de travail aux employés municipaux, de même que la réduction de la «paperasse» à envoyer à Québec.

Nous sommes d’avis que, peu importe les pouvoirs que l’on transférera finalement aux villes, une telle délégation devrait être pensée avec les citoyens. L’autonomie municipale ne doit pas être la monnaie d’échange d’une guéguerre entre Québec et les municipalités. Ça serait nous prendre pour des crétins !

Même si les élus municipaux sont toujours heureux de rappeler que le palier municipal est le «plus près des citoyens», ce n’est souvent là qu’un écran de fumée. En effet, les élections municipales n’attirent pas les foules; plusieurs maires et conseillers sont encore élus par acclamation partout au Québec. Les campagnes électorales sont souvent couvertes très inégalement par des médias locaux débordés qui se contentent de rapporter sans questionner.

Au-delà des élections, la participation au débat public est très inégale dans les municipalités, notamment en raison d’un manque d’engagement des élus à l’égard des mécanismes crédibles de participation citoyenne. Au Québec, seule une poignée de villes se sont dotées d’une politique de consultation citoyenne. Outre Montréal et Gatineau, aucune ville ne peut se vanter d’avoir mis en place de véritables mécanismes de consultations publiques, relativement autonomes du pouvoir politique.

À preuve, prochainement, l’Assemblée nationale se penchera sur le projet de réduction de la taille du conseil municipal de Sherbrooke. Faisant passer le nombre de conseillers de 19 à 14, elle a été votée au printemps après que des consultations publiques — au grand déplaisir du maire — eurent été tenues à la hâte et que des informations tendancieuses eurent été diffusées largement sur le sujet. Comme à Québec et à Longueuil déjà, les Sherbrookois se verront bientôt amputés du quart de leurs représentants, sans grand débat à l’échelle nationale.

Cherchez l’erreur: d’un côté, on réclame plus de pouvoirs; de l’autre, on réduit le nombre de personnes qui exerceront ce pouvoir.

Que se passerait-il si Philippe Couillard proposait de réduire la taille du Parlement ? Il y aurait un important débat. Ce n’est pourtant pas ce qui arrive dans la plupart des municipalités. Au lieu d’être espace d’une démocratie de proximité, la municipalité est trop souvent le lieu d’une gestion paternaliste frôlant le despotisme.

La démocratie municipale a la santé fragile. Et, malgré les beaux principes énoncés dans le livre blanc, aucun engagement sérieux n’a été pris pour l’instant par les maires de l’UMQ au sujet de la mise en place de remparts contre une potentielle dérive fâcheuse dans les villes du Québec.

C’est pourquoi l’imposition par Québec de certains mécanismes automatiques de consultation, comme c’est le cas en matière d’urbanisme, nous apparaît essentielle afin non seulement de parer, par exemple, aux décisions unilatérales d’un parti politique municipal, mais aussi pour, peut-être, encourager la participation citoyenne. Doit-on rappeler l’évidence? L’autonomie ne doit pas se faire au détriment de la démocratie.


 
11 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 23 décembre 2014 06 h 53

    La structurite pour remplacer la démocratie

    L'information est essentielle en démocratie.
    Le manque d'information conduit au désintéressement et à la non-participation.
    La démocratie se porte mal aussi bien au niveau municipal que scolaire parce que les populations en cause ne sont pas informées ou mal informées.
    Les journaux "locaux" n'offrent que quelques articles insipides en période électorale. Rien pour attiser l'ardeur des citoyens.
    L'Information politique locale devrait être disponible tout le temps et non pas seulement au compte-gouttes en période électorale.
    Mais nos gouvernants, plutôt que de s'attaquer au problème, préfèrent jouer avec les structures: moins de régions; moins de commissaires; moins de représentants; Selon cette logique, pour être d'une efficacité absolue, il faudrait en arriver à une seule région, à une seule commission et à un seul élu.
    Une de nos législateurs a reconnu le problème. Mme Ouellet du PQ. Elle recommande que Télé-Québec soit convertie en une radio-télévision qui diffuserait les nouvelles régionales de façon plus régulière et surtout plus complète.

    • Patrick Boulanger - Abonné 23 décembre 2014 09 h 51

      L'idée de Mme Ouellet me semble intéressante. Toutefois, je l'aurais trouvé beaucoup plus intéressante son idée si elle ne s'était pas limitée à proposer des nouvelles régionales. Un mandat pour que Télé-Québec s'intéresse au national (c'est-à-dire le Québec), à l'internationale et bien sûr au régional me semble une bien meilleure idée.

    • André Chevalier - Abonné 23 décembre 2014 13 h 19

      @Patrick Boulanger
      « Un mandat pour que Télé-Québec s'intéresse au national (c'est-à-dire le Québec), à l'internationale...»

      Je crois que c'est un mandat qui lui avait été refusé par le CRTC.

    • Claude Dostie - Inscrit 23 décembre 2014 13 h 24

      Parfois, des structures sont nécessaires et il ne suffit pas de les englober sous le terme « structurite » pour discréditer le concept. Télé-Québec, c'est une structure. Cela dit, c'est une bonne idée d'informer mieux les citoyens. Ce que le texte soulève, c'est aussi que les décideurs locaux gouvernent souvent en toute impunité. Après tout, réduire le nombre de représentants élus, ce n'est pas une mince affaire! Et pourtant, un conseil municipal devrait pouvoir le faire sans consultation populaire?

  • François Dugal - Inscrit 23 décembre 2014 08 h 07

    Enrichissons notre vocabulaire

    Crétin :
    Se dit du citoyen ordinaire.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 23 décembre 2014 14 h 34

      Les élections sont là pour nous le prouver, si besoin est.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 23 décembre 2014 14 h 42

      À M. Boulanger, si je vous comprends bien, après une lecture attentive de votre projet, vous avez rayez virtuellement le Canada du paysage. Croyez bien que si c'est le cas je ne vous en tiendrez pas rigueur...

    • Patrick Boulanger - Abonné 23 décembre 2014 17 h 32

      @ Mme Massicotte

      J'avais inclus inconsciemment le Canada dans " l'international".

  • Fernand Lavigne - Abonné 23 décembre 2014 11 h 11

    S'inpirer de Boston

    Afin d’améliorer la gouvernance des municipalités, le Québec aurait avantage à s’inspirer des structures et modes de consultations par comités permanents que l’on retrouve à Boston, même, 600,000 de population, et toutes les villes, de 25,000 à 100,000 de population, en périphéries. Rappelons que la population du grand Boston est d’environ 3.5 millions d’habitants.

  • Gérard Pitre - Inscrit 23 décembre 2014 14 h 10

    François Dugal

    Nous avons élu et choisi le 7 avril dernier un gouvernement de crétins et nous savions très bien ce que nous faisions. En ce qui me concerne, je ne fais pas parti du nous et je m'en félicite. Nous avons préférés foutre à la porte un gouvernement honnête quoique un tantinet hésitant à appliquer son programme et un peu tatillon sur certaines politiques, avance recul, nous lui avons trouvé tous les péchés du monde, même s'il n'en était pas responsable à cent pour cent, nous avons tremblé comme une feuille de papier au vent par peur d'un référendum et nous avons choisi à la place de remettre le pouvoir à un parti corrompu, qui s'en donne à coeur joie d'écoeurer le monde, car atteint du virus incurable de la structurite, et nous nous sommes bouchés les yeux sur ses 9 ans de corruption et de magouille, qui nous ont coûté les yeux de la tête, en crédibilité en argent et en dette; donc votre définition nous va à ravir, et nous nous nous nourrissons du crétinisme, dont ce gouvernement en est le plus bel exemple. Tous ceux et toutes celles qui n'ont pas voté pour ce gouvernement non représentatif, ont le droit de chialer et de critiquer, ne vous abtenez jamais de votre droit à critiquer et à condamner, mais tous ceux et toutes celles qui ont voté libéral, vous n'avez pas un mot à dire. Vivez avec les conséquences de vos choix, et lorsque vous en aurez assez subi des mensonges, des promesses brisées, de la magouille et de la corruption des libéraux, peut-être prendrez vous conscience qu'il est plus que temps que vous reveniez les 2 pieds sur terre. D'ici là, ce sont nous tous, vous comme nous qui devons subir et endurer ce gouvernement qui ne mérite pas d'être là. Gérard Pitre

    • Hélène Paulette - Abonnée 23 décembre 2014 18 h 34

      Je nous souhaite une Bonne Année de Manifestations monsiieur Pitre...