Les pharmaciens peuvent aussi collaborer

Photo: Michaël Monnier Le Devoir

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a récemment annoncé que Québec réduira les honoraires des pharmaciens. Selon les estimations, de 155 à 177 millions de dollars seront amputés de leur enveloppe. Bien que la plupart des pharmaciens soient outrés par cette nouvelle, il reste qu’en définitive, ces annonces sont justifiées et comportent plusieurs aspects positifs.

Tout d’abord, le plus important d’entre eux est que la fameuse loi 41, qui a été adoptée en 2011, sera finalement en vigueur. La lenteur du processus était fortement décriée par l’ensemble des pharmaciens. Maintenant que le problème est réglé, c’est le silence radio. La majorité des pharmaciens ne mettent l’accent que sur la réduction d’honoraires. En bout de course, ce sont les patients qui sont gagnants, car ils auront accès à de nouveaux services, et c’est très bien comme cela. Bien que seulement trois des nouveaux services soient remboursés par le gouvernement, les pharmaciens doivent saisir l’occasion de démontrer que ces nouveaux actes contribueront à désengorger les urgences et à augmenter l’accessibilité à la première ligne. Si cet objectif est atteint, le gouvernement remboursera certainement les autres actes.

Autre aspect positif : cette annonce permet de diminuer la proportion des honoraires liés à des actes de distribution de médicaments et d’augmenter ceux liés à la réalisation de soins pharmaceutiques. Le pharmacien aura toujours un rôle à jouer dans la distribution de médicaments, mais le virage vers les soins pharmaceutiques doit être accentué, et de nouveaux services doivent être fournis en pharmacie. Cette loi n’est que le début d’une série de changements pour la pratique du pharmacien. Ces coupes se traduiront probablement par une diminution de certains services rendus par le pharmacien. Toutefois, le pharmacien étant déjà très accessible, cette diminution n’aura probablement pas d’impact significatif. De plus, la pharmacie étant également une entreprise et donc soumise à la concurrence, comme les pharmaciens propriétaires le soulignent souvent, les effets ne seront pas majeurs.

Les pharmaciens, comme tous les autres groupes de la population, doivent contribuer à l’effort collectif. Cet argument est certes redondant, mais reste qu’il s’applique à la situation actuelle. Un assainissement de nos finances publiques est nécessaire pour notre génération, alors que l’on prévoit qu’il n’y aura que deux travailleurs pour chaque retraité d’ici 15 ans. Ce ratio était de cinq pour un au début des années 2000. Pour laisser les finances publiques dans un état acceptable et surtout, pour ne pas étouffer la génération de demain, tous doivent être mis à contribution. Actuellement, les employés municipaux ont contribué avec le projet de loi sur les régimes de retraite, les familles avec les annonces récentes sur les garderies, les banques, les syndicats, les contribuables et les médecins ont également tous contribué à l’effort collectif. Pourquoi les pharmaciens devraient-ils être au-dessus de la mêlée et ne pas contribuer à cet effort ?

Il est maintenant temps de profiter de cette situation pour effectuer un virage en pharmacie. Je mets au défi les pharmaciens d’innover et de changer leur pratique pour offrir davantage de services cliniques dans les pharmacies. Les patients ont besoin de cette prise en charge et le pharmacien peut jouer un rôle primordial dans le suivi des conditions chroniques. Le mode actuel, qui est fortement axé sur la distribution de médicaments, n’est plus adapté aux besoins de la société. Le virage vers les soins pharmaceutiques doit être entamé. C’est de cette façon que l’on reconnaîtra la valeur ajoutée du pharmacien et que l’importance de celui-ci sera reconnue par le gouvernement. Les pharmaciens propriétaires, qui sont également des entrepreneurs, doivent faire preuve de créativité et profiter de cette situation pour changer le visage de notre profession.

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8 commentaires
  • Yves Gariépy - Inscrit 18 décembre 2014 08 h 48

    Regarder vers l'avenir et les besoins

    Cet étudiant est l'un des 400 qui s'ajoutent chaque année au groupe des pharmaciens en exercice; son message est lucide en ce qu'il propose une réallocation de la masse monétaire actuelle pour favoriser et intensifier les interventions au bénéfice des citoyens qui en ont le plus besoin. Il faut comprendre que le système actuel ne rémunère pas le pharmacien en fonction de la complexité de chaque intervention. Un virage devrait aligner les honoraires autrement, sinon les cas plus lourds seront laissés pour compte. Nos gouvernants devraient écouter le message de cet étudiant.
    Yves Gariépy Pharmacien à la retraite

  • Jean-François Trottier - Inscrit 18 décembre 2014 09 h 25

    Mettre au défi les pharmaciens ? Vraiment ?

    M. Romano, votre vision est intéressante et généreuse. Vous prêchez un peu pour votre paroisse mais uniquement parce que vous aimez votre futur travail et comprenez bien les enjeux à court et moyen terme, sinon plus, de notre système de santé.
    Malheureusement vous vous trompez de cible. Il ne sert à rien de mettre au défi les pharmaciens, puisque ceux-ci sont, je le suppose, déjà convaincus du bien-fondé de vos idées.
    Juste en face, il y a le Collège des Médecins, qui par exemple bloque depuis 20 ans l'instauration d'un statut pour les super-infirmières, comme il l'avait fait pour les sages-femmes d'ailleurs.
    Arriver à grapigner quoi que ce soit du Collège relève de la croisade. On peut dire, et je le dis, que cet organisme est le principal boulet dans toute manoeuvre tentant d'améliorer le système de santé.
    Pas les médecins, le Collège.

    Et puis, il y a le gouvernement Couillard, dirigé comme par hasard par des médecins et des banquiers, et dont l'objectif même pas caché est de détruire tous les services gouvernementaux pour créer un vide qui, s'illusionnent-ils, sera comblé par le privé.

    Ce que vous avancez est bien, mais encore faut-il voir dans quelle lutte vous vous engagez: pensez à un David quadraplégique contre deux Goliath en tank munis d'armes de destruction massive.

    Bonne chance.

  • Yvon Bureau - Abonné 18 décembre 2014 12 h 58

    Fierté à votre profession !

    Monsieur Romano,
    Et étudiantes et étudiants en pharmacie du Québec,

    Rien de mieux qu’une réflexion bien sentie pour en attirer d’autres; elles font suite à ma participation au 2e Rendez-vous sur l’avenir du système public de santé et des services sociaux, tenu à Québec le 9 décembre dernier. Il fut organisé par AQESSS, CSN et INM. Plus de 400 participants. Une excellente journée d’information et de solidarité dans la réflexion et dans l’appui à notre système public de SSS. Jetez-y un coup d’œil intéressé. http://www.aqesss.qc.ca/1777/Communiques_de_presse

    On y a parlé de médicaments, de pharmacie … Entre autres : d’un système d’assurance universel du médicament; la présentation de Marc-André Gagnon, professeur adjoint à l'École d'administration et de politique publique, Université Carleton, m’a beaucoup plu. Le Devoir devrait l’interviewer ! Et aussi de coopérative communautaire en pharmacie ailleurs au pays. Fort intéressant.

    Vous savez, j’ai été très fier de mon Ordre professionnel des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec (OTSTCFQ). Le 9 décembre, ils y ont présenté admirablement les déterminants sociaux vs le monde de la santé et des soins.

    Soyez fiers de votre profession !

    Merci d’assurer la relève en pharmacie. Votre profession, elle est si noble et si nécessaire, plus que jamais !

  • David Pilette - Inscrit 18 décembre 2014 22 h 58

    Défi !?

    M. Romano,
    Il s'agit de 15 % de baisses d'honoraires au niveau de la RAMQ pour les pharmacies. Je ne partage pas votre point de vue, il y aura des impacts substantiels dans les pharmacies dans les services aux patients, mais aussi au niveau de l'emploi des futurs diplômés en pharmacie.

    Je ne partage pas non plus votre quasi enthousiasme face a ces mesures d'austérité. Les coupes ciblent d'abord les patients sous pillulier et l'expérience nous montre que l'austérité affecte davantage la santé des populations vulnérables http://www.bmj.com/content/346/bmj.f3659. Au sujet de l'effort collectif nécessaire face au vieillissement de la population, je vous invite à vous intéresser aux paradis fiscaux, aux inégalités grandissantes dans nos sociétés, au Luxembourg ... le tableau peut être beaucoup plus large que vous ne l'envisagez.

    Les nouveaux actes ne seront malheureusement couverts que pour les personnes à faibles revenus. Ce n'est pas rien, mais si on veut vraiment offrir une porte d’entrée alternative efficace aux soins de premières lignes, il aurait fallu que les actes soient couverts pour l'ensemble des Québécois, comme ils le sont actuellement en cabinet médical. Bref pour la majorité des gens, il s'agit d'un service de santé privé maintenant disponible en pharmacie. De plus quatre des nouveaux actes devront être effectués gratuitement. Les autres provinces sont beaucoup plus avancées que le Québec dans la pratique pharmaceutiques, et l'expérience nous montre que les actes gratuits sont peu appliqués

    Le Ministre aurait pu s'attaquer à plusieurs zones de gaspillage dans la chaine de distribution des médicaments, la règle du "ne pas substituer" en est une parmi plusieurs autres, mais il a plutôt choisi de couper au niveau des pharmaciens, a ceux qui donnent des services directs aux patients.

  • Michel Najm - Inscrit 19 décembre 2014 01 h 48

    Quand le rêve tourne au cauchemar!

    Mon cher Massimo,

    Je suis un jeune pharmacien qui a longtemps rêvé et commenté l'actualité de notre domaine avec beaucoup d'ambition et de bonne volonté, comme toi. Je te souhaite de demeurer toujours aussi motivé.

    En ce temps des fêtes, j'ai le malheur de t'apprendre que le Père Noël n'existe pas. Je sais que tu me traiteras de grincheux. Mais c'est par respect à un futur collègue que je t'invite à te désillusionner dès maintenant. Il faut être naïf pour croire à la phrase suivante ''... ces nouveaux actes contribueront à désengorger les urgences et à augmenter l’accessibilité à la première ligne. Si cet objectif est atteint, le gouvernement remboursera certainement les autres actes.''

    La réalité est bien différente que l'explication simpliste que tu en fais et tes raisonnements sont faux. Tu passes de prémisses à des conclusions beaucoup trop rapidement; ça ne fait pas de sens! En évoquant sur le chemin les bienfaits pour la population et les finances publiques, tu t'attires un capital de sympathie ici (LaPresse) et là (LeDevoir).

    Évidemment, on souhaite tous collaborer intelligemment au déficit de notre société et oui, le modèle d'affaire des pharmacies gagnerait à être revu afin d'aligner la rémunération des pharmaciens vers les consultations professionnelles (versus la distribution classique). Mais c'est un projet d'envergure (voire monstre) qui se règle avec différents acteurs autour de la même table (ministère, ordre professionel, associations, chaînes et bannières, etc...).

    D'ici là, il est malhonnête de faire croire à la population que le projet de loi, tel que proposé par le ministre Barrette, amènera un bénéfice direct aux patients. C'est vendre ton rêve!

    Tous les pharmaciens sont alarmés par ce projet de loi car ils en comprennent les vrais conséquences : accessibilité réduite, fin du droit de propriété, etc.

    Je t'invite à lire leurs témoignages dans les divers médias ou discuter avec ton employeur pour réaliser l'ampleur de ces co