Chercheurs, vous devez agir!

La recherche semble perçue comme une dépense et non comme un investissement pour la société.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir La recherche semble perçue comme une dépense et non comme un investissement pour la société.

Alors que le gouvernement entame un long processus de révision de ses dépenses publiques, y compris le financement des activités de recherche, l’ACFAS est inquiète de la perception qui se dégage des gestes qu’il pose depuis les dernières élections. En effet, la recherche semble perçue comme une dépense et non comme un investissement pour la société. Les investissements publics en recherche s’avèrent pourtant extrêmement rentables ; ils ont la capacité de générer des économies récurrentes et des revenus à fort potentiel de croissance, à partir de subventions dépassant rarement les 100 000 $ par an. Ils permettent de faciliter l’obtention de fonds fédéraux, privés et internationaux, si bien que l’investissement du gouvernement du Québec représente moins de 20 % du financement total des projets de recherche seulement ! Par ailleurs, rappelons que le travail des chercheurs apporte bien plus à la société qu’une plus-value économique. Ils jouent un rôle social très important, en particulier parce qu’ils forment la relève d’une main-d’oeuvre hautement qualifiée dont toute société innovante a besoin. Ils interviennent aussi dans les médias pour éclairer l’actualité avec une vision objective et informée. Ils conseillent les gouvernements et les municipalités pour qu’ils ajustent leurs programmes sociaux. Ils collaborent avec les entreprises, les hôpitaux, les écoles, pour proposer des solutions innovatrices.

La nature même de l’activité de recherche permet de bénéficier de retombées socio-économiques bien plus larges que le montant initialement consenti. Pourquoi donc la société québécoise devrait-elle en être privée ? C’est le message que l’ACFAS soutient dans son mémoire, déposé à la Commission de révision permanente des programmes. C’est aussi le message qu’elle a directement transmis aux ministres Daoust et Bolduc, afin que la Politique nationale de la recherche et de l’innovation soit préservée et que les fonds associés soient maintenus. Mais l’ACFAS ne doit pas être la seule à porter ce message.

Chercheurs et étudiants-chercheurs, si vous êtes inquiets pour l’avenir, vous devez agir. Vous êtes intimement convaincus de votre apport à la société et c’est, souvent, cela qui donne tout son sens à votre travail. Mais les citoyens ont-ils vraiment conscience de tout ce qu’ils peuvent perdre en se privant des bénéfices de la connaissance que vous produisez ? C’est à nous de justifier le bien-fondé des investissements en recherche auprès du grand public. J’en appelle donc à vous afin que nous fassions entendre, massivement, la voix de la recherche engagée sur la place publique. Nous devons nous mobiliser pour faire reconnaître l’importance de votre travail, mais aussi expliquer les conséquences que les compressions à venir auront sur vos recherches, pour protéger les fonds qui vous ont été attribués. Personne d’autre n’est mieux placé pour le faire.

Je vous appelle d’abord à cosigner ce texte sur www.acfas.ca, puis à faire entendre votre voix et faire connaître vos initiatives sur Twitter avec #chercheurengagé.

2 commentaires
  • Éric Cornellier - Abonné 19 novembre 2014 09 h 46

    Inquiétude justifiée et partagée

    «L'ACFAS est inquiète»? Cette inquiétude est partagée par plusieurs. Les politiques du gouvernement Couillard affaiblissent le Québec dans tous ses secteurs d'activité. Espérons qu'un réveil citoyen saura modérer cette destruction de ce qui fait la richesse de notre société : la justice sociale et la libre recherche de la vérité.

  • Normand Bourgault - Inscrit 20 novembre 2014 10 h 05

    N'oublions pas le fédéral de Harper !

    Le fédéral fait pire encore que le Québec en recherche en muselant les chercheurs et en sabrant dans les programmes. La même philosiphie politique, celle de Harper et celle de Couillard, doit nous amener aux mêmes gestes de défense de la pensée scientifique. Il faut voir dans ces attaques deux tactiques d'une même stratégie: ne pas laisser produire l'information et ne pas laisser diffuser l'information scientifique pour préserver le pouvoir de ceux qui possèdent et contrôlent la richesse des nations.