Des commissions scolaires vidées de leur sens

Il faudrait revenir à l’essence même des commissions scolaires de 1841.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Il faudrait revenir à l’essence même des commissions scolaires de 1841.

Dans son programme de 1998, l’Action démocratique du Québec a mis de l’avant l’abolition des commissions scolaires (c.s.). De fait, dans leur forme actuelle, les c.s. sont devenues inopérantes, des coquilles vides. Tous les pouvoirs ont été concentrés au ministère de l’Éducation, leur seule raison d’être est la perception de la taxe scolaire.

Depuis, au lieu d’améliorer la situation, le gouvernement Charest a encore accentué sa tutelle sur les c.s. avec l’adoption de la loi 88 qui a resserré le carcan de la bureaucratie sur les écoles et étouffé toute initiative. En 2011, l’ADQ veut redonner le pouvoir aux écoles et aux parents en inversant la pyramide et reconstruire le système à partir de l’école. Dans les faits, il s’agit de revenir à l’essence même des c.s. de 1841, de petites entités administrées par les parents, ou encore des écoles autonomes (dans le système public) comme on en retrouve en Alberta. Redonner aux écoles l’autonomie qu’elles ont perdue au cours des années, autonomie qui est l’un des facteurs de succès des écoles privées.

Cela ne peut se faire sans garder au niveau régional un organisme de coordination pour donner l’ensemble des services compte tenu de la diversité des clientèles. Il faut aussi éviter de créer un fouillis qui déstabiliserait tout le système d’éducation. C’est pourquoi il est proposé de partir de la structure actuelle des c.s. et d’inverser la pyramide, d’établir les priorités à partir des besoins des écoles, et ce, en remplaçant le conseil des commissaires par un conseil d’administration élu par un collège électoral formé des présidents des conseils d’établissements des écoles et des centres de formation professionnelle.

Ainsi, la transition se ferait en douceur et permettrait de transférer graduellement les ressources des centres administratifs vers les écoles et permettrait aussi aux instances du ministère de l’Éducation de s’ajuster. De la même façon, avec le projet du gouvernement d’un nouveau pacte avec le monde municipal, des négociations seraient entreprises pour assurer le transfert de la gestion des équipements scolaires avec les municipalités et les MRC.

En plus d’assurer la coordination des ressources humaines et financières sur un territoire donné, la nouvelle c.s. serait une véritable coopérative de services pour l’ensemble des écoles et des centres sur son territoire. Ce serait les écoles qui décideraient des services communs qu’elles veulent se donner, comme le modèle de la Fédération des écoles privées du Québec.

Depuis la naissance des c.s. en 1841, nous avons assisté à une centralisation des pouvoirs à Québec, d’abord par la mise en place du Conseil de l’instruction publique contrôlé par l’Église, ensuite par la création du ministère de l’Éducation. Ensuite, il y eut la mise en place d’une bureaucratie envahissante jusqu’au niveau des écoles avec l’adoption de la loi 88. Durant cette période, on a bien tenté de revenir à l’esprit des débuts, de ramener le pouvoir au niveau de l’école et des parents. Le rapport Parent préconisait déjà la création de comités scolaires en 1966 et avait déjà entrevu la possibilité que ces comités forment un collège électoral pour élire les commissaires.

En fait, le pouvoir doit revenir au niveau des écoles ; les parents et le personnel doivent retrouver une autonomie qui leur permettra de mieux répondre aux besoins de leur milieu. D’autre part, ce sont les écoles qui sont les mieux placées pour définir les services que l’on doit déléguer au niveau régional : la répartition des clientèles, la répartition des services spéciaux ; le plan d’utilisation des bâtiments, etc.

Il faut désormais partir des écoles et établir les services qui devraient être offerts régionalement, des services qui peuvent différer selon les besoins de chaque milieu. Ainsi, la nouvelle c.s. devient une coop de services. Ainsi, si on regarde les instances démocratiques scolaires actuelles, il est difficile de s’y retrouver car les pouvoirs sont dilués à travers la structure. De fait, le véritable pouvoir appartient au ministère de l’Éducation et aux syndicats.

14 commentaires
  • Said Taleb - Abonné 15 octobre 2014 09 h 58

    Vous avez raison

    Votre analyse est complète et vous avez tout à fait raison de dire qu'il faut redonner l'autonomie à l'école. C'est les intervenants de l'école qui sont le mieux placés pour choisir le meilleur et vice à l'élève.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 15 octobre 2014 14 h 46

      Dans un système public, il faut absolument un organisme de coordination
      au-dessus de chaque école: il doit y avoir un arbitrage qui se fasse. Qu'on l'appelle Comission scolaire ou autre.

      Étant donné la diversité des clientèles, au public, et les besoins particuliers de chaque type de clientèle(programme international, sports études, enseignement professionnel, adaptation scolaire....etc).....!

  • André Michaud - Inscrit 15 octobre 2014 10 h 06

    Le pouvoir aux écoles

    Oui il faut faire comme dans les pays scandinaves et redonner le pouvoir aux écoles, vs la bureaucratie étatique ou syndicale.

    Les libérer des bureaucrates du MELS et leurs réformes farfelues imposées et avec des résultats catatrophiques comme l'enseignement du français " au son "...

    Que les profs soient maitres dans leur classe mais imputables, que les directeurs soient ceux qui embauchent et soient imputables. Que les meilleurs soient mieux rétribués et non le même salaire même si on est un prof médicocre. Chercher enfin L'efficacité!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 15 octobre 2014 12 h 20

      "Que les meilleurs soient mieux rétribués".

      Facile à dire mais très difficile à réaliser. Sur quels critères? Celui qui enseigne au public dans le programme international ou celui qui enseigne
      dans Hochelaga Maisonneuve ou dans St-Henri?

    • André Michaud - Inscrit 15 octobre 2014 16 h 17

      @ M.Grandchamp

      Évidemment on doit tenir compte de la clientèle pour être juste dans nos évaluations..

    • Raymond Turgeon - Inscrit 15 octobre 2014 16 h 58

      Quoique vous en pensiez, les profs sont toujours imputables. Un prof ''médiocre'' doit être pris en charge de sorte à ce qu'il puisse s'améliorer. Vos méthodes trahissent une psychologie de gestion méprisante et archaïque. Mais ne vous en faites pas trop, vous partagez ce travers avec certaines directions d'écoles. On peut aisément faire mieux.

  • Fernand Lavigne - Abonné 15 octobre 2014 11 h 17

    À problèmes bien cernés, solutions limpides

    Enfin une vision très éclairée. Oui, un grand ménage s’impose à partir d'une vision bien au-delà de réaménagement des structures administratives. Et bien avant de mettre des contraintes aux écoles privées par une réduction de leurs subventions. On ne répare pas ce qui va bien, dit le vieil adage.

    « De fait, le véritable pouvoir appartient au ministère de l’Éducation et aux syndicats ». Pour ma part, j’avancerais l’idée que syndicat et ministère ne font qu’un. Ils mangent tous à la même table et partagent le même menu à saveur syndical.
    Fernand Lavigne

    • André Michaud - Inscrit 15 octobre 2014 11 h 55

      En effet, la bureaucratie qu'elle soit patronale ou syndicale nuit à l'éducation efficace..trop de gens pensent à protéger leur carrière ou leurs membres avant de penser vraiment à L'efficacité en éducation.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 15 octobre 2014 11 h 25

    Transférer les écoles aux municipalités

    "des négociations seraient entreprises pour assurer le transfert de la gestion des équipements scolaires avec les municipalités et les MRC."

    Mes informations sont à l'effet que les frais d'administration au municipal sont de 5-10% plus élevés qu'au scolaire. Voir actuellement la question des régimes de retraite où la gestion municipale a fait défaut.

    C'est bizarre que Tony Accurso n'ait pas invité de présidents de Commissions scolaires sur son bateau; c'est bizarre que ce soit au municipal où il y avait des élections clefs en mains.

    D'autre part, comparer l'administration des collèges privés avec les écoles publiques est une erreur. Le Collège Bourget, notamment, n'a pas d'éducation aux adultes, de formation professionnelle, d'enfance inadaptée, de classes d'initiation au travail.

  • Jean Lengellé - Inscrit 15 octobre 2014 13 h 10

    Ne soyons pas stupidement naïfs!

    Ce n'est pas parce que l'on est élu comme commissaire, ou comme membre du Conseil d'une école que l'on représente nécessairement la sagesse ou la connaissance, ou le bon sens.
    Les personnes qui se font élire sur le Conseil d'École sont bien souvent des rêveurs, lire rêveuses, qui ne pensent qu'à une école Montessori publique, et donc gratuite, ou encore qui sont des abonnées à des revues du genre "Psychology today" et qui ont des solutions miracles pour tout et n'importe quoi.
    L'école est avant tout l'affaire des enseignants, et les arents qui ne savent même pas comment élever leurs enfants correctement, doivent être chassés du milieu scolaire qu'ils ne font que pertuber!
    Certes les enseignants ne sont pas tous et toutes des puits de science ou des lumières, mais de grâce ne les éteingnez pas!