Combattre le militarisme canadien

C’était, il y a quelques jours, la Journée internationale de la paix (21 septembre). Alors que sévissent de nombreux conflits, une question simple se pose : comment pouvons-nous, ici même, contribuer à favoriser la paix dans le monde ?

Par la bouche du gouvernement Harper — et sans opposition significative à la Chambre des Communes —, une voie nous est proposée. C’est celle, simpliste et destructrice, du militarisme : dans un monde où de graves dangers menacent notre sécurité, il faut s’armer et livrer de nouveaux combats glorieux. Depuis plusieurs années, rien n’est épargné pour nous enfoncer dans cette voie.

Cette orientation militariste se manifeste par un empressement à prendre part aux guerres décidées par les États-Unis, dans le cadre ou non de l’OTAN. Les cas de l’Afghanistan et de la Libye viennent immédiatement à l’esprit. Le Canada multiplie également les déclarations incendiaires concernant divers points chauds de l’actualité internationale, prenant tour à tour pour cibles la Russie, la Chine, la Syrie, l’Iran, la Corée du Nord, le Venezuela et même les Palestiniens !

En lien avec un programme d’acquisitions militaires sans précédent, le gouvernement Harper fait la promotion d’une nouvelle prospérité économique fondée sur l’expansion de l’industrie militaire canadienne et sur l’accroissement de ses exportations.

Des budgets de relations publiques considérables sont octroyés pour accroître le recrutement militaire, favoriser l’omniprésence de l’armée dans la société et glorifier la guerre par diverses commémorations.

Pour le premier ministre Harper, les choses sont simples : « Les Forces armées canadiennes sont les meilleures au monde » et « L’histoire nous enseigne que la paix éclôt rarement en des sols non remués ». De notre côté, nous tirons des leçons bien différentes de l’Histoire.

Non, Monsieur Harper, la guerre n’est pas un simple brassage de sol qui y ferait éclore la paix ! La guerre est la pire des activités humaines, tant par la mort, les souffrances et la destruction qu’elle engendre, que par ce qu’elle saccage dans chaque être humain qui la mène. Le militarisme, fondé sur la force et la domination, est l’antithèse des aspirations universelles à l’égalité, à la justice et à la paix. Il se manifeste notamment par une violence sexuelle exercée à l’égard des femmes, tant celles du « camp ennemi » qu’au sein même des armées.

Presque toujours, les intérêts stratégiques, économiques ou politiques qui président aux décisions de faire la guerre sont occultés par une propagande mensongère, qui exagère les menaces ou qui instrumentalise des urgences humanitaires bien réelles à des fins beaucoup moins nobles que celles qu’on proclame.

Les conséquences de ce nouveau militarisme sont terribles. Tant en Irak qu’en Afghanistan et en Libye, les interventions militaires occidentales ont dévasté ces pays, approfondi leurs divisions internes et les ont laissés à feu et à sang. Ici même, des mesures d’exception portant atteinte aux libertés civiles et des mécanismes de surveillance totalitaire ont été mis en place. Une culture du secret, de désinformation et de censure s’installe. Et tout ce branle-bas militariste entraîne un détournement massif des fonds publics, au détriment des fonctions sociales de l’État de plus en plus négligées.

Il est illusoire de travailler à l’avènement d’un monde de paix et de justice sans s’opposer à la montée du militarisme ici même. Quel qu’en soit le prétexte, protestons contre tout engagement du Canada dans des guerres ou démonstrations de force de l’OTAN. Protestons contre le détournement des ressources publiques dans la guerre et sa glorification.

Cet automne, à l’occasion du jour du Souvenir, nous porterons le coquelicot blanc pour symboliser ces prises de position et pour commémorer toutes les victimes des guerres, dont la grande majorité est des civils. Et nous invitons vivement tous ceux et celles qui partagent nos convictions à le porter également.

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20 commentaires
  • Baruch Laffert - Inscrit 26 septembre 2014 05 h 52

    Je partage vos convictions...

    Par contre à l'occasion du jour du Souvenir je porterai le coquelicot rouge, symbole des victimes de la guerre dont les don servent à aider les vétérans, c'est-à-dire ceux qui sont trop souvent oubliés et laissés de côté par le gouvernement.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 26 septembre 2014 08 h 04

    coquelicot blanc

    Et pour porter ce coquelicot blanc, vous êtes prêt à laisser trucider les femmes et enfants d'ailleurs ?

    Regardez bien vos coquelicots blancs, ils portent du rouge sang dessus, celui de d'autres humains dont vous vous délestez.

    PL

    • Louise Melançon - Abonnée 26 septembre 2014 10 h 50

      Comme vous, Monsieur Lefebvre, je n'arrive pas à être pacifiste dans l'absolu.... que fait-on du terrorisme que l'on connaît actuellement?.... et justement où les femmes sont violentées, violées, prises en esclavage?

    • Gilbert Troutet - Abonné 26 septembre 2014 11 h 50

      Les interventions militaires des occidentaux en Libye et au Moyen-Orient ont favorisé l'émergence des groupes djihadistes, soutenus d'ailleurs par l'Arabie saoudite et le Qatar. Naguère en Afghanistan, les Américains appuyaient les «combattants de la liberté», qui n'étaient en fait que les Talibans d'aujourd'hui. Depuis 2011, en Syrie, on appuie des groupes armés qui soudain sont devenus moins recommandables. Cherchez l'erreur.

    • Lucienne Lehouillier - Inscrite 26 septembre 2014 14 h 05

      Pierre Lefebvre, que faites-vous pour la paix ?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 26 septembre 2014 14 h 49

      Je sais M. Troutet et les nouvelles armes qui vont arriver sur le terrain pour irradiquer ces nouveaux barbares vont nourrir la fureur des ''libérateurs''. Y a pas de fin à la stupidité humaine !

      Je suis allé travaillé 3 ans dans ces régions et vous savez ce qu'il manque ? L'hivers ! Ça les calmerait.

      PL

    • Cyril Dionne - Abonné 26 septembre 2014 18 h 13

      Avec les vidéos publiques des mises à mort ou d'exécutions, nos terroristes islamiques favoris ont forcé la main des Américains et de leur président. Mais en aucun temps, la population américaine n'acceptera jamais des pertes de vie de soldats pour des guerres civiles internes. Alors pour les bombardements et l'implication de la CIA, je pense que tout le monde est d'accord.

      Pour la complicité de l'armée canadienne dans ce conflit à venir, c'est tout simplement une farce puisqu'il s'agit d'une des armées les moins efficaces et professionnelles sur la planète. Pas très fort sur la discipline et ils sont à la remorque des Américains, comme le sont les Anglais et les Français.

      Et où étaient tous ces gens lorsque les partis politiques, les conservateurs, les libéraux, les néo-démocrates et le Bloc québécois ont tous voté de façon unanime pour une implication militaire canadienne en Afghanistan ? Nous avons déjà traversé cette ligne tracée dans le sable du Proche et Moyen-Orient.

      Un soldat est un tueur professionnel au service d'un état, moribond ou pas. Le Ministère de la défense s'appelait autrefois le Ministère de la guerre ? Que voulez-vous ?

      Et je vous suis M. Lefebvre. Nous nous devons d'intervenir pour empêcher des massacres, même si nous le faisons maladroitement. Pour la méthodologie, on devrait laisser cela aux Américains.

      Pour nos bonnes âmes avec des lunettes roses, ceci me rappelle une citation de Bertrand Russell:

      « N'enviez pas la félicité des imbéciles qui vivent dans le meilleur des mondes, car il faut être un imbécile pour y trouver sa félicité. »

      Et, il y a longtemps que je ne porte plus de coquelicots, qu'il soit rouge ou blanc...

  • Maryse Azzaria - Abonnée 26 septembre 2014 08 h 51

    Oui, je porterai le coquelicot blanc

    Oui, comme par les années passées je porterai le coqulicot blanc, symbole de mon opposition à la guerre et au militarisme. D'ici le 11 novembre, j'espère que nous prendrons le temps de nous informer pour bien comprendre qui a intérêt à ce que nous entrions en guerre. Il est important aussi de savoir comment la première guerre mondiale a faconné le Proche Orient. Une excellente entrevue :
    http://fr.radiovaticana.va/news/2014/09/25/le_proc

  • michel lebel - Inscrit 26 septembre 2014 09 h 22

    Attention!

    Le militarisme n'est pas une saine idéologie, ni le pacifisme! Attention! Le monde n'est pas peuplé seulement d'agneaux!

    Michel Lebel

  • André Michaud - Inscrit 26 septembre 2014 10 h 21

    Le pacifisme comme religion ?

    On se rapelle durant la seconde guerre que les pacifistes nous disaient qu'il ne fallait pas aller faire la guerre au nazisme...et qu'il fallait combattre le militarisme en ne faisant rien , en refusant de s'engager ..

    Si on les avait écouté la terre vivrait sous la botte nazi.

    Même les pays musulmans commencent à se mobiliser militairement contre l'islamisme armé et sanguinaire qui les menace aussi..

    Que nous propose les pacifistes de type religieux ? Tendre l'autre joue? Faire comme si ils n'existaient pas ? Se faire croir qu'ils ne sont pas dangereux ? rester les bras croisés?

    Nos militaires ne sont pas des faschistes imbus de violence comme voudrait nous faire croire certains. Ils veulent aider à établir plus de démocratie et de paix et s'attaquant à ceux qui veulent imposer la violence , pas en attaquant des démocraties pour les dominer.

    • Sylvain Auclair - Abonné 26 septembre 2014 15 h 26

      On n'a pas mené la Seconde Gurerre mondiale pour protéger les libertés, mais pour défendre l'Empire britannique. La justification anti-nazie est venue par la suite.

    • Hélène Paulette - Abonnée 26 septembre 2014 15 h 50

      Je n'ai pas souvenir d'une vague pacifiste à la seconde guerre mondiale. Les raisons de ne pas y aller étaient autres. Par contre il y eu une grande vague pacifiste avant la Première, la fameuse ''der des der'', autant en France qu'en Allemagne. On se souviendra de Jaurès qui avait prédit que cette première ne serait que le début de longs conflits... Il avait raison car il savait que les États seraient incapables de se priver de la relance économique que ces conflits occasionnent... Nous sommes tout simplement ''accros'' monsieur Michaud. Reagan a inventé une seconde guerre froide et Bush, la guerre perpétuelle, au grand bonheur du complexe militaro-industriel...