Ma fierté est plus britannique que canadienne

Stéphane Dion, fort de l’arrogance que donne le ralliement d’un minoritaire à la défense des intérêts des majoritaires, se « pète les bretelles » au lendemain de la victoire du Non en Écosse. Il réitère avec orgueil sa fierté d’être Canadien et déclare péremptoirement que « la négociation d’une sécession n’a jamais été tentée en démocratie bien établie ».

Que les Tchèques, les Slovaques, les Croates, les Slovènes, les Macédoniens, les Bosniens, les Monténégrins, les Norvégiens, les Finlandais, les Kosovars, les Criméens et tant d’autres sécessionnistes se le tiennent pour dit : malgré leurs prétentions, la démocratie dont ils se sont réclamés pour faire sécession depuis 1900 n’était nullement « bien établie », selon l’ex-professeur Dion, parce que, si elle l’avait été, ils ne seraient pas aujourd’hui « séparés ».

Nous nous sommes tous, à divers degrés et à divers moments de notre vie, sentis fiers d’être Canadiens. Je crois que le plus radical des souverainistes québécois, acculé à tout avouer, le confessera. J’ai vécu aux quatre coins du monde, en Afrique, aux États-Unis, en France, en Angleterre, en Amérique centrale et en Amérique du Sud et je n’ai jamais hésité à me dire Canadien.

Cela dit, je crois avoir ressenti une gêne réelle au cours de la période du référendum écossais. J’ai eu le sentiment que jamais, lors des référendums québécois de 1980 et de 1995, le camp du Non n’a fait preuve du « fair-play » dont nous avons été témoins au Royaume-Uni.

Au cours du référendum écossais et de la période qui l’a précédé, période qui a marqué l’arrivée au pouvoir du Scottish National Party, nous n’avons assisté à aucun coup de la Brink’s, à aucune loi sur les mesures de guerre, à aucune Nuit des longs couteaux, à aucune imposition unilatérale d’une constitution limitant les pouvoirs de l’Écosse, à aucune violation des lois écossaises (y compris la loi portant sur le référendum lui-même) et à aucune loi sur la clarté rejetant la règle de base de la démocratie moderne, le fameux « 50 % plus un ».

Les unionistes écossais, contrairement à nos Trudeau, Chrétien et Dion, n’ont eu aucune hésitation à déclarer qu’advenant une victoire du Oui, ils se rallieraient et qu’ils feraient tout en leur pouvoir, non pas pour bloquer l’accession à l’indépendance de l’Écosse, mais bien pour faire de cette dernière un réel succès.

Bien plus, j’ai le sentiment que ces unionistes feront maintenant l’impossible pour que soient dévolus à l’Écosse de nouveaux pouvoirs conformément aux promesses faites au cours de la campagne.

Je serais tout à fait étonné que ces unionistes s’empressent, comme l’ont fait les Trudeau, Chrétien et Dion, de réduire les pouvoirs de la communauté dont ils sont issus et d’établir de nouvelles règles qui assurent la pérennité du lien supranational pour « les mille ans à venir » (suivant l’expression de Pierre Elliot Trudeau).

Tout cela pour dire que je ressens aujourd’hui plus de fierté d’avoir été dans le passé « sujet britannique » que d’être aujourd’hui assujetti au Canada des Trudeau, Chrétien et Dion.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

5 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 25 septembre 2014 07 h 28

    Trop!

    Chacun sa fierté! La mienne est québécoise et canadienne. Noircir à ce point certains hommes fédéralistes enlève toute crédibiité au texte de Luc-Normand Tellier. Trop c'est trop!

    Michel Lebel

  • Richard Lupien - Abonné 25 septembre 2014 07 h 41

    Ma fierté à moi...

    Monsieur Tellier,

    Bon, je suis d'accord avec vous pour dénoncer le comportement des politiciens canadiens lors du dernier référendum et de cette invention de la loi sur la clarté.

    Mais je n'oserais jamais dire ainsi que vous le faites allègrement, que " nous sommes tous, à divers degrés et à divers moments de notre vie fiers d'avoir été Canadiens "

    J'ai plus que six décennies derrière moi et jamais, au grand jamais depuis mon adolescence que je me suis identifié comme canadien.

    J'ai voyagé beaucoup en France, en Belgique et j'ai vécu trois ans en Allemagne et je me suis toujours, mais toujours et uniquement désigné comme étant québécois.

    Car j'ai toujours su que ma culture n'était pas "canadienne". Ma culture est autre. Et c,est ce qui fait notre richesse. Le multiculturalisme est une bien mauvaise idée. Ne le saviez vous pas.

    Richard Lupien

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 septembre 2014 07 h 49

    « sujet britannique »

    J'attendrais encore un 'tit peu avant de me prononcer sur l'avenir prometteur de la "nouvelle entente" entre Londre et Glasgow. J'attendrais des preuves.

    PL

  • Lise Bélanger - Abonnée 25 septembre 2014 08 h 01

    Il est assez difficile de comprendre ou d'accepter que tant de québécois croient encore que le Canada est un pays civilisé en ce qui concerne son attitude envers les québécois.

  • J-F Garneau - Abonné 25 septembre 2014 13 h 09

    Vu d’ici, on a eu en Ecosse un débat de grande qualité. Mot clé: "débat".

    C’est très rafraichissant de voir des échanges étaient fournis, des arguments fondés, des raisonnements construits. On ne s’est pas borné à dire “crois ou meurt”, on a parlé du respect des droits populaires, de l’indépendance économique, de la politique étrangère…tout y est passé, dans un grand respect mutuel.

    Les séparatistes écossais ont accepté que les unionistes approuvent (et modifient, en fait) la question. Elle est là, la différence. Le flou artistique et le mépris peuvent engendrer le flou artistique et le mépris. Je ne crois pas ni évident, ni utile de jeter la pierre au "fair play" des fédéralistes.

    Une jolie citation de Boris Vian "Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir, parce que la lumière me gêne". C'est malgré eux, peut-être une inspiration pour les souverainistes?

    Et le résultat final:

    Ecosse 2014, 6 mots

    "Should Scotland be an independent country?"

    Quebec 1995, 38 mots

    Québec 1980, 112 mots

    "Si j'avais eu plus de temps, j'aurais écrit une lettre plus courte" disait Pascal.