Les difficultés de la sécession en démocratie

«Scinder un État moderne et démocratique serait une tâche colossale», écrit Stéphane Dion.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «Scinder un État moderne et démocratique serait une tâche colossale», écrit Stéphane Dion.

Presque toutes les démocraties se déclarent indivisibles. On y considère qu’on ne peut enlever aux citoyens, contre leur gré, leur appartenance au pays. Au Canada et au Royaume-Uni, on raisonne différemment : on estime que l’unité du pays ne peut reposer que sur le désir de demeurer ensemble.

Il reste qu’un référendum d’autodétermination n’est pas un exercice plaisant. On a prétendu que la campagne référendaire écossaise s’était mieux déroulée que ce que nous avons vécu en 1980 et en 1995. En fait, une enquête d’opinion montre que près de la moitié des électeurs du Non se sont sentis « personnellement menacés ». Des politiciens du Non ont dû interrompre leurs discours tant ils se faisaient chahuter. Les enquêtes rapportent des tensions dans les familles, entre amis, au travail. Des institutions ont été intimidées, des entreprises menacées de boycottage.

Comme chez nous, le débat a été ardu en raison du clivage identitaire : les sondages montrent que l’appui au Oui a été plus fort chez les électeurs dont les deux parents étaient écossais.

Comme chez nous, les leaders du Oui ont dénoncé comme une campagne de peur les mises en garde contre les perturbations économiques inévitables qui accompagneraient le processus de sécession. Mais en fait, il peut être rationnel pour des agents économiques de vouloir investir ailleurs que dans une région sécessionniste, comme il est rationnel pour le pays originel de ne pas offrir au nouveau pays de siège à sa banque centrale, ou pour l’Europe de poser au nouveau pays ses conditions d’adhésion.

La fierté ou la peur

En Écosse comme au Québec, les leaders du Oui ont défini l’enjeu du référendum comme un choix entre la fierté et la peur. Comme chez nous en 1995, les leaders écossais du Non ont tardé à répondre qu’un vote pour le Non, c’est aussi un vote de fierté : il y a tout lieu de se montrer fier de l’essentielle contribution des Québécois à l’essor du Canada, et des Écossais à celui du Royaume-Uni, deux pays enviés dans le monde entier.

La négociation d’une sécession n’a jamais été tentée en démocratie bien établie. Scinder un État moderne et démocratique serait une tâche colossale. Il faudrait agir dans le respect des droits de tous, dans le cadre juridique du pays, comme l’a confirmé notre Cour suprême. La négociation en Écosse aurait été lancée sans le risque d’une sécession unilatérale, entreprise impraticable en démocratie.

La sécession de l’Écosse soulèverait moins de problèmes pratiques que celle du Québec, ne serait-ce qu’en raison de sa taille relativement plus petite et de sa position géographique décentrée. Mais elle se heurterait quand même à une foule de difficultés : renégociations d’ententes, transferts de fonds, de lois, de fonctionnaires, etc. Le gouvernement écossais se donnait 18 mois pour y arriver, délai jugé trop optimiste par le gouvernement britannique. Cette négociation était toutefois mal partie, le premier ministre écossais menaçant déjà de ne pas payer sa part de la dette, geste irréaliste et irresponsable.

Les négociateurs auraient été placés dans une situation impossible si la majorité avait retiré son appui à la sécession à mi-chemin du processus. Il vaudrait mieux qu’une rupture aussi existentielle et irréversible ne soit négociée que sur la base d’une majorité claire, qui risquerait moins de fondre face aux difficultés. Une claire majorité : c’est la règle qui prévaudrait au Canada pour s’engager dans de telles négociations. Heureusement pour tous.

Et plus heureusement encore, nous Québécois, avons dit et répété que nous voulions demeurer de fiers Canadiens.

43 commentaires
  • simon villeneuve - Inscrit 22 septembre 2014 01 h 04

    Conclusion M.Dion, ...

    ... la democratie a des limites ?

    Donc la torture peut-etre acceptable dependant de la situation ?
    Et le scandale des commandites etait acceptable car le Canada etait en guerre contre les separatistes et menaceait de mort le Canada, etc ?

    Quelle belle mentalite, merci beaucoup M.Dion ...

    ps: pour moi, il n'y a pas d'obstacles assez grands pour empecher la vrai democratie.

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 22 septembre 2014 09 h 17

      Parlons divorce...

      Afin de mieux se comprendre, pour s'éloigner de la sémantique et des idées préconçues, il devient parfois utile de faire un parallèle que tout le monde connait de très prêt. Nos deux parents ont d'abord formé un couple, puis, 50% ont divorcé. Si au début "l'amour fut aveugle" pour tous les couples, par la suite, l'histoire des causes de divorces varient à peu près autant qu'il y a de divorces alors que pour les vieux couples, c'est le temps passé à dialoguer, convaincu qu'une solution existe, qui fait le ciment de ce couple. En démocratie 101, analysons le degré de respect que les parlementaires affichent la grande majorité du temps et faisons la différence entre les chercheurs... et les trouveurs de solutions démocratiques.

    • Gilles Théberge - Abonné 22 septembre 2014 11 h 10

      Monsieur Tremblay, il faudrait que vous preniez conscience du fait avéré et documenté que ce «couple parental» dont vous parlez, est l'équivalent d'un mariage forcé.

      Il n'y a jamais eu d'amour dans ce «couple». Il y a eu des accomodements, et l'une des parties, la nôtre dont vous faites partie n'a jamais été heureuse dans cette vie que vous qualifiez de conjugale.

      Ce qui fait que...

    • simon villeneuve - Inscrit 22 septembre 2014 11 h 40

      Faudrait rajouter aussi le Renouvellement des voeux de mariage "quebecois" (1982) sans notre consentement et signature...

      Il n'y a toujours pas de loi canadienne qui empeche les mariages forces, alors j'imagine que le Quebec ne devrait pas se plaindre du rapatriment de la constitution de 1982...

    • Marc G. Tremblay - Inscrit 22 septembre 2014 12 h 22

      Monsieur Théberge, quand vous dites "jamais... heureuse dans cette vie", je retiens que vous admettez qu'il y aurait de la vie en français pour notre descendance dans ce couple, si nous ne faisons par d'erreur irréparable... Souhaitons que cette vie française en Amérique continuera pour les siècles et les siècles suite au premier 150 ans, en nous inspirant de G. Flaubert, au XIXe siècle, qui nous a laissé une pensée remplie de sagesse : "Le problème n'est pas de chercher le bonheur, mais d'éviter de s'ennuyer."

    • Mattieu Morin - Inscrit 22 septembre 2014 15 h 35

      M. Marc Tremblay.
      Quelle élite s'est révoltée et fait massacrée en 1837?
      L'acte d'Union de 1840 émane de quel parlement?
      Et la la loi constitutionnelle de 1867?
      Y-a-t-il eu consultation de la population?

      C'est bel et bien un mariage de force au lendemain d'un viol.

  • Jean-Marc Pineau - Inscrit 22 septembre 2014 01 h 55

    « Nous Québécois », dit-il ?

    Nous attendions l'épouvantail canadien durant la campagne référendaire écossaise. Voilà qu'il reprend du service, qu'il se manifeste après le référendum pour tenter encore de terroriser les Québécois qui pourraient encore vouloir se battre pour leur pays.
    L'épouvantail a beau dénoncer les menaces et l'intimidation qui auraient pu exister dans le camp du Oui écossais, il n'en demeure pas moins qu'il continue aujourd'hui encore d'utiliser les bonnes vieilles tactiques de ceux qui s'opposent à tout changement, où qu'il puisse survenir.
    Si les fédéralistes de l'âge de Pierre pouvaient mettre un cadenas inviolable sur le Québec, ils se croiraient rassurés. Mais comme la vie ne se cadenasse pas, les Québécois poursuivront leur cheminement vers l'émancipation totale, vers l'affirmation pleine et entière, libre de ses choix...

    • François Ricard - Inscrit 22 septembre 2014 13 h 31

      M. Dion est de la même trempe que ceux qui nous ont donné la confédération de 1867: les Cartier, Chapais, Langevin. Tous des "SIRS".
      Il faut voir:
      LA CONSTITUTION DE 1867: UNE ESCROQUERIE.

    • lise pelletier - Inscrit 22 septembre 2014 14 h 22

      Ne lui remettons pas la parole, évitons de lui répondre.

      Comme un humoriste faisant une blague qui tombe à plat..difficile de la réessayer plus tard.

      Ceci dit, en accord avec votre commentaire.

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 22 septembre 2014 15 h 19

      "Scinder un État moderne et démocratique serait une tâche colossale." dit M. Dion...

      C'est une vérité que la plupart des souverainistes ne veulent pas voir...Les difficultés et les conséquences sont innombrables...Les "peu convaincus" qui diraient OUI sous pression, le regretteraient devant ces difficultés..Ils ne collaboreraient pas et même, seraient obstructifs...

      Voilà pourquoi les deux-tiers de la population devrait désirer ce changement pour faire face en bloc aux difficultés à venir...

      Pour le moment, les deux-tiers de québécois comprennent cet argument!

  • Léonce Naud - Abonné 22 septembre 2014 04 h 17

    Stéphane Dion, dernier Canadien-français ?

    C'est un témoignage émouvant de la force mystique de l'ancien Empire français d'Amérique que des gens par ailleurs sensés comme Stéphane Dion ou Jean Chrétien restent toujours incapables d'intérioriser la perte définitive de cet Empire continental plus de deux cents ans après sa disparition.

    • Patrick Lépine - Inscrit 22 septembre 2014 10 h 39

      Ils souhaitent encore faire parler français les rednecks de l'ouest, malgré les verdictes rendus par la cours suprême en regard du droit aux canadiens-français de ces régions de pouvoir faire instruire leur enfants, et opérer dans leur langue.

      C'est peut-être que comme avocats, ils pensent encore pouvoir gagner leur cause, malgré la jurisprudence qui fait son oeuvre...

      Quel est le premier livre de droit déjà?

      Le dictionnaire...

  • François Beaulé - Inscrit 22 septembre 2014 06 h 27

    Une majorité claire

    M. Dion, votre loi sur la clarté n'est pas claire, en ce sens qu'elle ne précise pas ce qu'est une «majorité claire». Pour certains, dont les Britanniques, c'est 50% + 1. Pour d'autres, ce serait 55%. Qui dit mieux?

    Vous n'avez pas eu le courage de définir la limite précise de la majorité «claire».

  • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 22 septembre 2014 06 h 39

    La démocratie à deux vitesses

    Selon monsieur Dion, en démocratie, on considère qu’on ne peut enlever aux citoyens, contre leur gré, leur appartenance au pays; par contre on peut imposer aux citoyens, contre leur gré, leur appartenance au pays.

    La logique de monsieur Dion reste la même : La majorité simple est légitime si l’on gagne mais inacceptable si l’on perd, sous prétexte que scinder un état moderne serait une tâche colossale.

    Faire tomber le mur de Berlin c’était aussi une tâche colossale et pourtant…

    Mais monsieur Dion préfère les petites tâches, comme celle de nous faire croire que les pauvres partisans du Non en Écosse ont été victimes de ceci ou de cela, ou qu’il faut une obscure majorité claire pour pouvoir négocier.

    Monsieur Dion devrait aller revoir les agendas cachés et les plans B des uns et des autres lors du référendum de 1995 avant de venir nous faire une leçon de démocratie partisane.