Le béton au détriment de la formation

L'université proposait de reporter certains investissements immobiliers pour réduire ses dépenses.
Photo: Université Laval L'université proposait de reporter certains investissements immobiliers pour réduire ses dépenses.

Depuis 2007, l’Université Laval a réussi à maintenir son équilibre budgétaire. Elle l’a fait malgré un dé-financement gouvernemental chronique qui l’a forcée à compresser, chaque année, ses budgets et à demander aux membres de sa communauté des efforts considérables.

En juin 2014, le nouveau gouvernement a annoncé les plus importantes compressions budgétaires gouvernementales de l’histoire de l’Université Laval. C’est un désengagement gouvernemental équivalant, en moyenne, à 1200$ de moins par étudiant à temps plein par année, soit environ 42% des revenus provenant des droits de scolarité.

Compte tenu de l’objectif d’assainissement des finances publiques, l’Université Laval a proposé au cours des derniers mois une série d’approches contribuant à l’atteinte des cibles budgétaires. Dans ce contexte, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Science a fait preuve d’ouverture et de souplesse quant à certaines solutions proposées, en lien avec les attentes gouvernementales de transfert du déficit de l’État dans les comptes des universités.

Toutefois, le Conseil du trésor est venu anéantir les efforts consentis pour contribuer à l’équilibre budgétaire. Ainsi, contre toute attente, le Conseil du trésor a refusé un élément clé du plan de l’Université. Celle-ci proposait, à coût nul pour l’État, de reporter certains investissements immobiliers (parements extérieurs de certains pavillons, travaux de climatisation, signalisation, etc.), de façon à dégager 10M$ par année pour, entre autres, couvrir des dépenses en infrastructures technologiques et en achats de volumes de la Bibliothèque. Ce faisant, cette solution corrigeait une décision discutable du Conseil du trésor prise dans les années 2000 et qui force les universités à payer certaines dépenses d’investissement (infrastructures technologiques, volumes, mobilier et équipement, etc.) à même leur budget de fonctionnement. Pour l’Université, il semblait pourtant logique d’équilibrer les coupures demandées entre les sommes d’argent disponibles pour le fonctionnement de l’institution et celles associées aux infrastructures de façon à privilégier la mission universitaire plutôt que des investissements moins prioritaires dans le béton.

En plus de fixer des cibles budgétaires accélérant le dé-financement chronique des universités et fragilisant  la réalisation de leur mission, le Conseil du trésor fixe des règles spécifiques aux universités qui nuisent à l’atteinte de l’équilibre budgétaire. L’Université Laval comprend mal pourquoi la solution, à coût nul, qu’elle propose est rejetée. Le manque de flexibilité du Conseil du trésor, l’inefficacité du mode de financement des universités et les innombrables règles administratives imposées au fil des années mettent à risque non seulement la qualité de la formation universitaire, mais aussi l’accessibilité aux études supérieures de même que la capacité d’innovation du Québec, si essentielle à la santé de son économie et de son développement.

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1 commentaire
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 19 septembre 2014 08 h 55

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