La vocation du design québécois

Frédéric Metz
Photo: Mario St-Jean Frédéric Metz

Nous avons tous eu un professeur qui marque notre vie pour le mieux, qui nous communique sa passion et nous pousse à nous dépasser et à nous réaliser. Dans mon cas, ce fut Frédéric Metz. Avant qu’il ne m’enseigne, je connaissais le personnage à travers certaines de ses créations, mais surtout grâce à sa réputation qui faisait rayonner le programme de design graphique de l’UQAM tant ici qu’à l’international. J’avais hésité entre le journalisme et le design graphique, et la chance d’étudier sous la houlette de Frédéric Metz avait grandement influencé ma décision qui devint par la force des choses un choix de carrière.

 

Je dois vous avouer qu’au départ, le personnage m’intimidait, car on m’avait dit qu’il était impitoyable, qu’il n’avait pas la langue dans sa poche et qu’il ne tolérait pas la médiocrité. Tout cela se sentait dès qu’on mettait le pied dans sa classe. Je ne saurais dire pourquoi, mais il dégageait une autorité naturelle qui incitait au respect. Mes appréhensions furent vite dissipées et c’est grâce à Frédéric Metz si j’ai en grande partie découvert ma voie lors de mes études en design à l’UQAM.

 

Ma rencontre avec lui fut marquante. Il me fit d’abord réaliser à quel point le design n’était pas un métier, mais une vocation. D’entrée de jeu, il établissait les règles : son cours exigera de nous une discipline et une rigueur de fer. Pas de place pour ceux qui n’ont pas le feu sacré. Sa passion le transperçait et pour que l’échange soit équitable à ses yeux, ses étudiants devaient lui en donner tout autant […].

 

Le Québec ne possède pas une tradition particulièrement riche en design graphique, et, néanmoins, grâce à la fructueuse carrière de M. Metz au sein de l’UQAM et de son École de design, il obtient aujourd’hui une reconnaissance qui dépasse les frontières. Nous sommes désormais perçus mondialement comme une société innovante en matière de création graphique en grande partie grâce aux standards d’excellence qui ont été instaurés lors du passage de M. Metz à la direction de l’École de design de l’UQAM et au sein de son corps professoral.

 

Aujourd’hui, Frédéric Metz nous a quittés et il peut être fier de ce qu’il a accompli. Il a formé et influencé plusieurs générations de créateurs visuels et il a favorisé l’éclosion d’un langage graphique propre au Québec. Mariant approche conceptuelle et rigueur visuelle héritées de ses origines suisses, il a su insuffler au design graphique québécois un vent de fraîcheur et une audace qui, bien au-delà de la simple quête esthétique, marquent clairement un désir de frapper l’intellect autant que l’oeil afin de ne laisser personne indifférent. Certes, M. Metz n’avait pas la langue dans sa poche quand il s’agissait de donner son opinion et de dénoncer le manque de culture visuelle des uns et des autres, mais jamais il n’a fait cela avec la simple intention de provoquer. Ses opinions choquaient, mais bien parce qu’il visait juste et savait de manière inéquivoque faire comprendre qu’une société évoluée comme le Québec devait être aussi sophistiquée quand elle s’exprimait avec des images ou des symboles qu’avec des mots.

 

Frédéric Metz a contribué à positionner sa terre d’adoption comme chef de file dans l’univers de la communication visuelle. Sélectionné par ses pairs au sein de la prestigieuse AGI (Alliance graphique internationale), lauréat de l’Icograda Lifetime Achievement Award, élu membre honoraire de la Société des designers graphiques du Québec, lauréat et juré d’innombrables concours, personnalité médiatique reconnue, Frédéric Metz sera bien difficile à remplacer. Je souhaite donc de tout coeur que l’on sache reconnaître qu’il a marqué à jamais le Québec, une société qu’il a contribué à faire évoluer, tant par son oeuvre que par son talent de pédagogue et de communicateur.

Tout design devrait s’inspirer de la nature et prendre le temps d’évoluer. Un entretien avec Frédéric Metz par Emmanuelle Vieira en février 2013

 






















Le design revu et corrigé par Frédéric Metz. Un texte d'Isabelle Paré paru en octobre 2012





















 



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