La paix à Gaza: s’inspirer de la lutte contre l’apartheid

Depuis le 8 juillet, Israël bombarde sans répit Gaza, prenant prétexte de tirs de roquettes du Hamas. Le bilan des morts jusqu’à ce jour révèle la disproportion des moyens. En Israël, ce sont principalement des soldats qui sont tués (on ignore combien par des tirs « amis »), tandis qu’à Gaza, le territoire sur lequel se livrent les combats, ce sont surtout des civils.

 

Le premier ministre d’Israël invoque son droit à se défendre et ne cesse de répéter que le Hamas veut la destruction d’Israël. Ce faisant, il détourne l’attention du vrai problème : le refus des gouvernements successifs en Israël de reconnaître l’existence du peuple palestinien et son droit à un État dans les frontières d’avant l’invasion israélienne de 1967, ce qui se manifeste par l’annexion de Jérusalem-Est et la poursuite du mouvement de colonisation en Cisjordanie, de même que les invasions périodiques de Gaza depuis le démantèlement des colonies israéliennes en 2005. Ce qui prend aussi la forme des discriminations persistantes à l’égard de la population palestinienne vivant à l’intérieur des frontières d’Israël.

 

Dans cette guerre, l’armée israélienne se vante de sa moralité, puisqu’elle avertit environ 15 minutes avant ses bombardements ou pilonnages massifs que la population civile doit évacuer ce qui deviendra un champ de bataille. Mais où fuir lorsqu’on vit dans le territoire le plus densément peuplé de la planète, dont les guerres précédentes ont détruit l’aéroport et le terminal maritime, bouclé de surcroît par Israël au point de contrôle d’Eretz et par l’Égypte à celui de Rafah ? Où fuir lorsque des écoles de l’ONU ou encore des hôpitaux sont pris pour cible par l’armée qui se prétend la plus morale du monde ? Nulle part sur ce territoire la population civile n’est-elle à l’abri.

 

Les habitants de Gaza sont confrontés à un terrible dilemme depuis 2006 : ou mourir à petit feu du fait du blocus de ce territoire depuis qu’il est passé sous contrôle du Hamas en 2006, à la suite d’une élection, ou subir les interventions militaires d’Israël. Car la guerre de haute intensité qui se déroule actuellement ne doit pas nous faire oublier la guerre de basse intensité qui est devenue le lot quotidien des Palestiniens de Gaza.

 

Haute ou basse intensité, ce sont principalement les femmes et les enfants qui trinquent. Chômage et sous-emploi chroniques, conditions sanitaires déplorables du fait de la destruction périodique des installations de collecte des eaux usées et des pénuries de carburant pour faire fonctionner les usines de traitement des eaux, entassement dans des logements insalubres et régulièrement privés d’eau ou d’électricité, difficultés d’approvisionnement alimentaire du fait du blocus et de la pauvreté d’une grande partie de la population, faible niveau de scolarisation. De quoi nourrir la haine et favoriser la violence sous toutes ses formes : violence domestique envers les femmes et les enfants ; violence de ceux qui détiennent les armes à l’égard des populations désarmées, violence sporadique à l’égard de l’occupant. C’est moins de cette violence qu’il faut s’étonner que de l’espoir qui refuse de mourir.

 

On peut certes déplorer les tirs de roquettes de la part du Hamas ou d’autres groupes palestiniens, tirs qui menacent la population d’Israël. Mais force est de constater leur caractère dérisoire pour gagner une guerre face à l’une des plus puissantes armées de la planète. Ces roquettes servent essentiellement à rappeler à la communauté internationale que le conflit israélo-palestinien pourrit depuis plus de 60 ans, dans une indifférence de plus en plus marquée, que l’injustice ne disparaît pas du fait de sa durée et qu’une solution politique à la question palestinienne s’impose. C’est moins sur les atermoiements d’un Ban Ki-moon, les remontrances faussement vertueuses d’un Obama qui continue d’alimenter la machine de guerre israélienne, ou les ballets aériens et les manoeuvres diplomatiques d’un Kerry ou du dictateur égyptien al-Sissi que compte la population de Gaza que sur la pression de l’opinion publique internationale que repose la mise en oeuvre de cette solution politique.

 

Rappelons-nous un autre conflit qui semblait insoluble, celui de l’apartheid sud-africain, qui a d’ailleurs pu compter sur l’appui indéfectible d’Israël. La campagne de boycottage a commencé au niveau des populations et de la société civile organisée, et ce n’est que tardivement qu’un certain nombre d’États ont emboîté le pas, dont le Canada. Il est plus que temps de répondre à l’appel de 2005 des organisations de la société civile palestinienne à une campagne de boycottage, désinvestissement et sanctions (BDS) à l’encontre d’Israël et de se joindre à la lutte non seulement pour la paix, mais aussi pour la justice en Palestine, car sans justice, il n’y aura que des trêves, par définition provisoires.

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2 commentaires
  • jean-charles chebat - Inscrit 5 août 2014 20 h 20

    Une par faire illustration de "la connaissance inutile"

    Les propos de Madame Lamoureux illustrent parfaitement la thèse de Jean-Francois Revel : pour certains intellectuels, les faits sont sans intérêt pour élaborer leur discours narratif et idéologique. Dans ce milieu où il fut de bon ton longtemps de se dire marxiste et d'occulter les vices du régime communiste, on demonisait ( et continue de démoniser) les États Unis, cause de tous les maux de la planète. On démonise Israël de la même façon et avec la même mauvaise foi. Un seul exemple dans le texte de madame Lamoureux : les roquettes du Hamas seraient un "prétexte" pour justifier son intervention. On se demande bien ce qui alors ne serait pas un prétexte! Une attaque nucléaire, peut-être?

  • jean-charles chebat - Inscrit 7 août 2014 10 h 58

    Une sensibilité à géometrie variable

    La dite cause palestinienne serait, selon madame Lamoureux, tombée dans les oubliettes. Que je sache, on ne parle que de cela depuis plus de 60 ans. On a plutôt oublié le sort des millions de chrétiens, des animistes et des Juifs du dit "monde arabo-musulman", qui sont expulsés, massacrés, exilés et dont personne ne se soucie.