L’autre moitié de l’Amérique du Sud

Grâce au Mondial 2014, tous les feux sont braqués sur le Brésil, dont l’image de pays émergent, immense, populeux, fortement inégalitaire, mais très performant sur le plan économique, donne lieu à article sur article et reportage sur reportage. Cela est bon et amplement mérité.

 

Néanmoins, le Brésil ne représente que la moitié de l’Amérique du Sud, et l’autre moitié de ce continent fascinant vit trop souvent dans l’ombre du grand Brésil, éclatée qu’elle est en 12 pays différents.

 

Or, quiconque étudie l’ensemble de ce continent s’étonne de constater que ce qui monte le plus vite en Amérique du Sud, c’est non pas le Brésil, mais bien l’« Amérique du Sud andine touchant au Pacifique », soit l’ensemble constitué du Chili, du Pérou, de l’Équateur et de la Colombie.

 

Par exemple, si, en 2013, le taux de croissance réel du PIB du Brésil a été de 2,3 % (ce qui est nettement supérieur au taux de 1,6 % du Canada), le taux de l’Équateur a été de 4 %, celui de la Colombie de 4,2 %, celui du Chili de 4,4 %, et celui du Pérou de 5,1 %.

 

Autre exemple, parmi les 15 régions urbaines sud-américaines les plus importantes, dans le groupe de celles dont les parts dans la population du continent ont le plus augmenté relativement entre 1980 et 2007, on trouve deux villes brésiliennes, soit Fortaleza et Belo Horizonte, mais quatre régions urbaines de l’« Amérique du Sud andine touchant au Pacifique », soit Lima, Bogotá, Medellín et Quito.

 

De plus, parmi les mêmes 15 régions urbaines sud-américaines, dans le groupe de celles dont les parts dans la production du continent ont le plus augmenté relativement entre 1980 et 2007, on trouve une seule région urbaine brésilienne, soit Fortaleza, mais bien trois régions urbaines de l’« Amérique du Sud andine touchant au Pacifique », soit Santiago, Bogotá et Medellín.

 

Voilà qui est de nature à en étonner plusieurs, parmi lesquels ceux qui ne voient dans le Chili, seul pays véritablement développé de toute l’Amérique latine, qu’un épouvantail incarnant le « néolibéralisme » honni, dans la Colombie qu’un pays de drogue et de guérilla, dans le Pérou qu’un pays englué dans la pauvreté, et dans l’Équateur qu’un pays marginal.

 

À tous ceux-là, je dirais d’aller voir sur place le fonctionnement remarquable de Santiago, le cas étonnant de Bogotá qui réussit à faire vivre plus de dix millions d’habitants sur une superficie égale à celle de l’île de Montréal et la belle ville de Medellín qui étonnera par son modernisme et par l’écart incroyable qui existe entre ce qu’elle est véritablement et ce que les gens pensent qu’elle est (à savoir une capitale de la drogue).

 

Le Brésil a sur cette autre partie du continent sud-américain l’avantage de son unité, de la masse de ses 200 millions d’habitants et de son immense territoire, mais ce qui monte le plus sûrement en Amérique du Sud se situe à l’ouest, sur le versant du continent qui touche au Pacifique.

 

Cela ne diminue en rien notre fascination légitime pour le Brésil. Mais cela nous invite à contempler aussi « l’autre moitié de l’Amérique du Sud ».

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