Stephen Harper devrait se garder de tenir les Québécois pour acquis

Comme bien des Québécoises et Québécois, j’ai été surpris d’entendre Stephen Harper, à l’occasion de la fête nationale, se réjouir du résultat de la dernière élection québécoise et y voir la chute de la cause souverainiste. Sur un ton triomphal, il s’attribue même ces résultats, se félicitant de la façon dont il gère la fédération canadienne.

 

M. Harper devrait savoir que, depuis 50 ans, bien des premiers ministres canadiens ont annoncé la mort de l’idée d’indépendance sans que cela se concrétise. En tenant un tel discours — fort apprécié au Canada anglais —, Stephen Harper semble encore une fois vouloir gagner une élection canadienne sur le dos du Québec.

 

Stephen Harper est loin de faire l’unanimité au Québec. Nombreux sont les sondages qui le confirment depuis bien des années. Son impopularité est telle qu’il dirige un gouvernement majoritaire au Canada avec seulement cinq députés au Québec. Depuis que Stephen Harper est premier ministre, les Québécoises et Québécois se sentent plus éloignés que jamais d’Ottawa et du Canada. Ses politiques sont rejetées par une large majorité de la population québécoise. Et les exemples se multiplient…

 

Sans droit de regard

 

Stephen Harper a modifié le Code criminel, favorisant la répression et l’emprisonnement des jeunes contrevenants, alors que le Québec mise plutôt sur la réhabilitation, un système qui fonctionne bien ici et qui donne des résultats probants.

 

Ce gouvernement nous fait honte et indispose la communauté internationale en déchirant le protocole de Kyoto, auquel la population québécoise souscrit pourtant.

 

Sous le règne de Stephen Harper, les nominations d’unilingues anglophones à la tête d’organismes fédéraux se sont multipliées, au mépris de notre langue et du caractère prétendument bilingue de ce pays.

 

Le gouvernement fédéral cherche à miner la confiance économique des Québécois en répétant sur toutes les tribunes que nous profitons de la péréquation. Il oublie toutefois de mentionner que nous versons 45 milliards de dollars de nos taxes et impôts à Ottawa, et ce, sans le moindre droit de regard sur la façon dont ces sommes sont dépensées. Depuis 1970, les transferts en santé provenant d’Ottawa ne cessent de diminuer ; la part fédérale du coût de notre système de santé est passée de 50 % à 20 % et la dégringolade se poursuivra au cours des prochaines années.

 

Le fédéral ne se préoccupe tellement pas des Québécoises et Québécois qu’il a distribué 35 milliards de dollars de contrats pour la construction de navires sans que le Québec en récolte un seul. Tous les maires de la région métropolitaine de Montréal et ses citoyens s’opposent à l’idée d’instaurer un péage sur le pont Champlain, et Stephen Harper n’écoute toujours pas, menaçant de déstructurer le transport urbain autour de l’île de Montréal.

 

Ignorant complètement la position ferme du Québec sur cette question, le gouvernement Harper veut doter le Canada d’une commission « nationale » des valeurs mobilières. Or, la réglementation financière est exclusivement de responsabilité québécoise. Déjà, la Cour suprême nous a donné raison. Voilà que Stephen Harper contourne ce jugement, en concoctant une entente avec certaines provinces (un air de déjà-vu…). Pour une rare fois, la Cour suprême nous donnait raison, et voilà que Stephen Harper procède sans tenir compte du jugement. Posons-nous la question : quand le Québec gagne-t-il dans ce pays ? C’est peut-être ce qui amène ce premier ministre à continuer de vouloir nommer des juges à la plus haute cour du Canada sans tenir compte de l’avis du Québec…

 

Je me souviens

 

La population du Québec ne manquera pas de se souvenir de toutes ces interventions du gouvernement fédéral allant à l’encontre de plusieurs consensus québécois. Stephen Harper ne devrait pas croire que les Québécoises et Québécois se laisseront berner par son parti et sa volonté de leur imposer la tutelle fédérale. On ne peut ignorer la fierté d’un peuple qui a su se battre avec dignité depuis plus de 400 ans pour exister et prospérer en cette terre d’Amérique.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

38 commentaires
  • Jean Lengellé - Inscrit 30 juin 2014 00 h 39

    Sauf que...

    Ce n'est plus ce discours là qui compte, comme le montrent les résultats des élections tant provinciales de cette année que les dernières élections fédérales qui ont consacré la quasi disparition du Bloc.
    Pour encourager suffisamment la fin de l'ère conservatrice, il est essentiel d'utiliser la même énergie de la bonne façon pour cibler l'àplatventrisme de M. Harper devant les Américains, son goût absurde pour la militarisation à outrance du Canada et son penchant pour n'importe quelle guégerre, et la fin programmée du rôle pacifique du Canada, sans oublier la dilapidation des ressources naturelles avec l'augmentation des gaz à effet de serre. En outre, il ne faut pas oublier les inepties de son actuel ministre de la Justice.
    Pour se débarasser des conservateurs, un front commun est essentiel, et après, on verra.

  • Jean-Marc Pineau - Inscrit 30 juin 2014 02 h 17

    M. Bergeron : Je partage entièrement votre opinion, que je trouve malgré tout exprimée avec beaucoup de modération.
    J'aimerais tant pouvoir croire que votre dernier paragraphe corresponde à la réalité et que les Québécois s'en souviendront lors des élections de 2015 !

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 30 juin 2014 06 h 31

    Chicanes

    De bien belles chicanes toutes neuves ! Mais certains diront qu'elles ne demandent que de changer de gouvernement au fédéral.

    La réponse viendra le lendemain de l'élection. Aurons-nous assez de poids pour faire virer le navire ? Nous le verrons aux résultats.

    Cela nous demandera-t'il une ''pilule du lendemain'' ?

    Bonne journée.

    PL

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 30 juin 2014 07 h 34

    Un état de droit à l'injustice

    Monsieur Bergeron,

    Les Québécois ont pour devise "je me souviens", mais la masse ne se souvient de rien et ne se documentent en rien. C'est la raison pour laquelle les libéraux forment encore le gouvernement après 9 années au pouvoir à Québec, 9 années de corruption crasse et une augmentation du déficit accumulé de 54 milliards par le gouvernement Charest.

    Harper, parle de péréquation. Demandez aux Québécois ce que veut dire "péréquation". Vous aurez d'énormes surprises. Le gouvernement fédéral exploite et sait que les Québécois n'y comprennent rien et de plus il n'a plus besoin des sièges du Québec pour être élu majoritairement au parlement.

    Vous mentionnez 45 milliards en taxes et impôts, mais vous oubliez les 5 milliards en cotisation d'assurance emploi, caisse dans laquelle il a pigé et pourtant c'est l'argent des travailleurs qu'il a subtilisé.

    La commission Charbonneau a dévoilé d'innombrables crimes à l'encontre de plusieurs lois. Le fédéral a violé la loi sur les consultations populaires et référendum en 1995 et un bon Québécois, le juge Grenier, n'a jamais rendu la conclusion de son rapport public et il ne le sera jamais rendu public, pourquoi pensez-vous ?

    Les Québécois avec l'immigration ( 50,000 immigrants arrivent au Québec chaque année) se sont rendus vulnérables et jamais ils ne seront maîtres chez eux.

    Vous dites " Le fédéral ne se préoccupe tellement pas des Québécoises et Québécois qu’il a distribué 35 milliards de dollars de contrats pour la construction de navires sans que le Québec en récolte un seul".
    C'est tellement vrai, que Mirabel va disparaître au profit de Toronto et personne de notre gouvernement provincial ne lève le petit doigt pour arrêter cette dilapidation de l'argent des payeurs de taxes, mais surtout relâcher le frein appliqué à l'économie québécoise à la faveur des autres provinces.

    Y voyons-nous quelque chose ?

  • François Dugal - Inscrit 30 juin 2014 07 h 39

    Le Canada

    Monsieur Bergeron, n'oubliez jamais que sans la péréquation, nous serions pauvres comme Job, et sans job! Le gouvernement fédéral à la grandeur d'âme de nous remettre notre argent; ne sommes-nous pas éternellement reconnaissants?
    Chantons en chœur:
    O Canada, terre de nos ayeux.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 30 juin 2014 17 h 00

      @ M. Dugal,
      le Québec recevra en péréquation pour 2014, la somme de 19,5$milliards. Déclaration de M. Couillard lors de la dernière campagne lectorale.

      Le Québec aura versé pour 2014, les sommes de 54 milliards de $ en taxes, impôts et cotisations d'assurance emploi.
      54 md$ moins 19,5 md$, nous sommes perdant de 29,5 md$.
      Et vous, vous dites que le fédéral à la grandeur d'âme de nous remette notre argent ?
      C'est pour cette somme de 29,5 md$ que le fédéral ne veut pas laisser aller le Québec et qu'il nous aime tant pendant les campagnes référendaires.
      Si le Canada versait plus d'argent au Québec qu'il n'en reçoit de cette province, soyez certain qu'en excellent gestionnaire il se débarrasserait du secteur déficitaire que serait le Québec.

      Vous devez surement être un bon entrepreneur bénéficiant du gouvernement fédéral pour écrire ce commentaire.

    • Serge Daigno - Inscrit 1 juillet 2014 09 h 51


      Mme Ste-Marie soulève un point très intéressant à savoir si le Québec est payant pour le Canada plutôt que l'inverse.

      Les Québécois devraient tout au moins considérer la possibilité de rapatrier tous les impôts au Québec, à défaut d'obtenir la souveraineté.


      Serge Daigno