Touche pas à mon mobilier urbain

Photo: Jared Eberhardt CC
NDLR: À la suite du grand intérêt suscité par la publication de cette lettre d'opinion, Le Devoir publiera samedi un texte apportant un éclairage sur les circonstances précises de cet événement et l'état de la réglementation à Montréal en ce qui a trait à l'usage du mobilier urbain pour cadenasser un vélo.

 

Le 16 juin dernier, je barre mon vélo sur un poteau à l’intersection des rues Rachel et Mentana à Montréal. Rien de plus banal, nous sommes des milliers à faire ce geste tous les jours. Et pourtant, cela ne fait qu’une demi-heure environ qu’il est là, lorsque, par la fenêtre d’où je suis, j’aperçois trois employés de la Ville qui discutent autour de mon vélo. Le hic, c’est qu’ils sont à quelques mètres du poteau et, je le constaterai en arrivant sur les lieux, l’un d’eux tient dans ses mains mon cadenas encore chaud de s’être fait scier en deux. Mais qu’est-ce que vous faites là ? C’est alors qu’on m’explique qu’il est interdit de barrer un vélo sur le mobilier urbain. On s’étonne même de mon incompréhension.

 

En racontant cette histoire aujourd’hui autour de moi, je suscite, justement, étonnement et incompréhension. Je travaille tout près de cette intersection et cela fait un an que je barre mon vélo précisément sur ce poteau sans jamais avoir eu de problème ; un poste de police se situe juste à côté, des voitures de patrouille passent régulièrement à cette intersection sans que l’on m’ait mentionné cette interdiction. Cette sanction soudaine me fâche, d’autant plus que lorsque je discutais avec les employés de la Ville, plusieurs vélos autour de nous étaient barrés sur d’autres poteaux. Je ne comprends toujours pas cette intervention aléatoire. Je cherche encore le bon citoyen qui connaît ce règlement et qui me répondra avec bienveillance : « Ben oui, on peut dire que tu l’as cherché. »

 

À noter également que la manière de faire manque terriblement de tact. Aucun avertissement n’a été fait préalablement ; on aurait pu laisser un avis sur mon vélo avant de sortir la scie. Cela étant, je me considère chanceux d’avoir vu ces employés, puisqu’ils s’apprêtaient à apporter mon vélo à la fourrière municipale. Aucun avis non plus n’a été laissé sur ce poteau esseulé. Je serais ressorti en fin de journée et j’aurais tout simplement pensé que mon vélo s’était fait voler. D’ailleurs, j’ai appris qu’au moins une douzaine de vélos ont été embarqués pour la fourrière en raison de cette réglementation dans ce secteur récemment. C’était peut-être le vôtre. Le vol de vélos étant un problème majeur à Montréal, vous seriez bien malin d’avoir pensé faire des vérifications auprès de la Ville.

 

J’ignore d’où provient cette directive lancée sur la rue Rachel. De l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal ? De l’administration Coderre ? D’employés, qui jamais n’iront à Amsterdam (ville aux vélos dévergondés : on rougirait de les voir accrochés sur leur poteau) ? Soyons francs, l’application de ce règlement est irréaliste et donc aberrante. Si la Ville veut faire respecter ce règlement, il serait de rigueur qu’elle fournisse le matériel nécessaire. Or il est déjà difficile à Montréal de trouver un endroit pour barrer son vélo en incluant le mobilier urbain…

 

Je serais curieux de connaître le pourcentage du trafic cycliste que couvrent les supports à vélo et autres dispositifs prévus par la Ville de Montréal. Vous diriez quoi ? 5 % ? 10 % peut-être ? Une attachée politique du maire Ferrandez a répondu à un courriel que je leur avais envoyé. On peut y lire : « Jusqu’à maintenant, les inspecteurs de l’arrondissement ont été très tolérants envers ceux qui ne respectaient pas le règlement, justement en raison du manque de supports à vélos. Avec la multiplication de ces derniers à travers l’ensemble du territoire du Plateau-Mont-Royal (on prévoit en ajouter encore dans les années qui viennent) et surtout l’augmentation de l’achalandage des trottoirs des rues commerciales et importantes, telle la rue Rachel, il devenait primordial de faire respecter le règlement… »

 

Il est très louable que l’on prévoie installer plus de supports, cependant, ce n’est pas dans quelques années que je dois le barrer, mon vélo, c’est demain matin. Que faire d’un règlement qui est parfois appliqué et parfois non appliqué ? Je n’ai plus de cadenas à gaspiller.

 

L’utilisation du vélo comme moyen de transport de tous les jours contribue à la réduction du trafic automobile, augmente l’accessibilité au stationnement et est non polluante. Ce n’est pas trop demander, une petite place au côté de ton poteau en attendant que tu disposes du matériel nécessaire. Pourquoi n’aimes-tu pas voir mon cadenas faire une accolade à ton mobilier urbain ? Tu n’es quand même pas jalouse, j’espère. Il est fait d’acier, ton mobilier, et il pratique l’amour libre. C’est beau, non ? Et puis, ma Ville, tes citoyens sont de plus en plus nombreux à pédaler dans tes rues. Ne serait-il pas plus constructif d’être ouverte et flexible envers cette habitude de vie grandissante ?

17 commentaires
  • Alexie Doucet - Inscrit 27 juin 2014 08 h 10

    Un manque à gagner

    Avec la perte d'espaces de stationnement, ils vont chercher à récupérer le manque à gagner du côté des cyclistes?

  • Luc Le Blanc - Abonné 27 juin 2014 08 h 10

    Pas glamour le vélo personnel

    Il a toujours manqué de stationnements pour les vélos à Montréal. Pourtant, quand elle a introduit le Bixi, la Ville a subitement eu plein d'imagination pour trouver de l'espace pour ses bornes. On aurait pu y adjoindre quelques places pour les vélos personnels, mais on les a oubliés, ils sont sans doute pas assez glamour. Peut-être faut-il attacher son vélo à un Bixi dans son support?...

  • Jean-Yves Marcil - Inscrit 27 juin 2014 09 h 35

    Exigez ! Exigez ! Exigez !

    Allez cyclistes exigez ! Exigez ! Vous êtes des millions à circuler en vélo à Montréal. exigez. Dans peu d'années tous les citoyens, et toutes les citoyennes de Montréal voyageront sur deux roues 12 mois par année. Exigez ! Après tout vous payer assez cher pour votre permis de circuler sur la voie publique, exigez. Exigez aussi des feux de circulation adapté aux cyclistes daltoniens qui distinguent mal le vert du rouge. Exigez également des panneaux de sens uniques 10 fois plus gros pour les cyclistes à la vue faible. Allez cyclistes exigez ! Exigez !

    • Luc Le Blanc - Abonné 27 juin 2014 11 h 03

      La Ville fournit amplement de stationnement aux véhicules automobiles, pourtant la cause de bien des maux. Permis de circuler? L'impôt sur le revenu et les taxes municipales dépassent largement le coût d'un permis de conduire (d'ailleurs détenu par un grand nombre de cyclistes) ou des frais d'immatriculation automobile. Mais ce que demande simplement Guillaume primard, c'est de pouvoir attacher son vélo au mobilier urbain... comme vous garez votre voiture sur la chaussée. Ça vous semble abusif? Réjouissez-vous plutôt que tous les cyclistes ne soient pas devant vous en voiture...

    • William Bourque - Abonné 27 juin 2014 14 h 21

      Donc selon vous, les cyclistes demandent trop en voulant avoir un endroit où s'attacher, que ce soit un poteau ou un support? Rendu là, pourquoi ne pas simplement exiger l'interdiction du vélo, cher monsieur?

      Les cyclistes n'ont qu'à avoir des voitures! Les artères de la ville peuvent _surement_ contenir plus de voitures, ce n'est pas comme si les embouteillages étaient un problème.
      Que les cyclistes prennent le transport en commun! Ce n'est pas comme si le réseau était à saturation, ajouter quelques dizaines d'autobus sur toutes les lignes pourra se faire _sans aucun problème_, gratuitement pour le contribuable d'ailleurs.

      ...entretemps, je voyage en vélo matin et soir MALGRÉ le fait que je possède aussi un permis de conduire: c'est plus facile et plus rapide que d'aller grossir les embouteillages au centre-ville. Mais EXIGER un endroit où m'arrêter est innaceptable, semble-t-il.

    • Jean-Marc Chevalier - Inscrit 27 juin 2014 17 h 55

      Le jour où on exigera de payer un permis pour le vélo, j'espère qu'on sera cohérent et que je pourrai en retour prendre une voie complète en vélo sur tous les ponts et que j'aurai aussi accès à des autoroutes de vélos où je n'aurai ni lumières ni arrêts.

    • Simon Chamberland - Inscrit 27 juin 2014 22 h 05

      M. Marcil,

      Pour chaque cycliste qui brûle un feu rouge, il y a au moins un millier d'automobiliste qui dépasse la limite de vitesse permise et une centaine qui ne fait pas un arrêt complet lorsque requis.

      Je vous signale aussi que les cyclistes paient des taxes et impôts pour des routes qu'ils usent très peu et qui sont bien plus larges que leurs besoins.

      Votre commentaire est tout simplement dégoûtant dans une saison où des cyclistes se font blesser sérieusement ou tués par des véhicules à moteur.

    • Simon Chamberland - Inscrit 28 juin 2014 08 h 32

      Le réseau local de routes et de pistes cyclables est financé par des taxes municipales. Par contre, la quasi-totalité des des cyclistes sont Montréalais, ce qui n'est pas le cas des automobilistes.

      Donc les cyclistes paient le même prix pour les infrastructures routières, cyclistes et piétonnières tout en utilisant 4 fois moins d'espace que les voitures et en abimant la chaussée 20 fois moins que les automobilistes, qui, disons-le encore, ne viennent pas toujours de Montréal.

      Disons-le encore, on cherche encore un camionneur ou un automobiliste qui a été tué par un cycliste.

      Disons-le encore, cet année, dans les graves incidents impliquant des cyclistes, ceux-ci respectaient le code de la sécurité routière.

  • Gil France Leduc - Inscrite 27 juin 2014 13 h 53

    Du vol

    Il n'y a qu'un mot pour qualifier l'intervention des préposés de la Ville : du vol.

  • John Patrick - Inscrit 27 juin 2014 14 h 21

    Je connais ce règlement

    J'ai déjà eu pleins de policiers me le dire, sans pour autant me donner de contravention.

    Les employés de la Ville ont un travail à faire. Si par exemple ils devaient changer ce poteau ou son panneau, est-ce qu'un avertissement serait vraiment sensé? Je n'étais pas la pour juger, mais de dire qu'un avertissement devrait être la norme c'est un peu ridicule.

    Je voudrais préciser aussi que tous les parcomètres de la ville donne accès aux vélos pour être barré. en plus des différents endroits assigné pour pouvoir barrer votre vélo. Un simple Google street view montre qu'il y a en effet des parcomètres partout sur Rachel. À qui la faute? Vous ou la ville?