Philippe VI et les origines de la monarchie espagnole

Le couronnement du nouveau roi Philippe VI d’Espagne le 19 juin 2014 coïncide avec le tricentenaire de la monarchie des Bourbons en Espagne. Comment cette dynastie a-t-elle pu se maintenir au pouvoir jusqu’à nos jours ?

 

Lors de guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), Louis XIV de France parvient non sans difficulté à imposer son petit-fils sur le trône d’Espagne sous le nom de Philippe V, aux dépens de Charles Louis, de la dynastie des Habsbourg d’Autriche. Après la signature du traité d’Utrecht officialisant cette décision (1713), les Catalans, partisans des Habsbourg, se révoltent. La prise de Barcelone par les troupes franco-espagnoles le 11 septembre 1714, malgré une résistance populaire, signifie la fin de l’autonomie politique, juridique et linguistique en vigueur en Catalogne et en Aragon depuis la création du royaume d’Espagne en 1492.

 

Les Bourbons sont toutefois écartés du pouvoir à plusieurs reprises, lors de l’occupation napoléonienne (1808-1814), de la Première République (1873-1874) et de la Seconde République (1931-1939). La victoire du général Francisco Franco en 1939, après trois ans de guerre civile, aurait pu signifier la fin de la monarchie, mais le régime dictatorial contribue finalement à la sauver. En imposant en 1947 la Loi de succession du chef de l’État, Franco fait à nouveau de l’Espagne un royaume tout en demeurant le chef d’État. L’héritier légitime au trône, Juan de Bourbon, est forcé d’abdiquer. En contrepartie, son fils Juan Carlos rentre d’exil et son éducation est assurée par la dictature. Franco se proclame « régent à vie » et s’attribue le droit de désigner son propre successeur, ce qu’il fera en 1969 en désignant Juan Carlos futur chef de l’État.

 

En novembre 1975, après la mort de Franco, Juan Carlos 1er prend ainsi la tête du pays. Dans le but d’éviter l’abolition éventuelle de la monarchie, réclamée par les forces d’opposition au régime, il fait approuver en 1976 par le Congrès des députés (le « parlement » franquiste) et par référendum la Loi pour la réforme politique, qui prévoit l’abolition de ce même Congrès et une transition vers une monarchique parlementaire constitutionnelle. Une nouvelle Constitution est adoptée par référendum en 1978. La dictature franquiste n’a donc jamais été renversée : elle a plutôt fait l’objet d’une transition « pactisée » entre une partie des forces dirigeantes et des forces d’opposition et prévoyant notamment l’amnistie des dirigeants franquistes.

 

L’opposition du roi à la tentative de coup d’État dirigé par le colonel de la Guardia Civil Antonio Tejero en 1981 est généralement considérée comme le geste qui donne définitivement à la monarchie ses « lettres de créance » démocratiques. Une partie importante de l’opinion publique espagnole considère toutefois qu’elle est fille de la dictature et que sa légitimité demeure entachée par ce « péché originel ».

 

L’annonce de l’abdication du roi, le 2 juin 2014, a d’ailleurs donné lieu à des manifestations spontanées en appui à un régime républicain ou à un référendum sur le sort de la monarchie dans une quarantaine de villes, dont Madrid (où 20 000 personnes se sont rassemblées le 3 juin). L’institution monarchique n’est toutefois pas sérieusement menacée à court terme : les deux tiers des voix au Congrès étant nécessaires pour une modification constitutionnelle en ce sens, et la majorité de la classe politique a réaffirmé sa foi monarchiste. Dans tous les cas, la réalité du pouvoir demeure entre les mains du président du gouvernement, Mariano Rajoy (Parti populaire).

 

L’arrivée au pouvoir de Philippe VI n’offre donc aucune solution nouvelle pour faire face aux priorités du moment, que ce soit pour sortir l’Espagne de la crise économique qui y sévit depuis 2007 ou pour faire face à la question politique catalane.

1 commentaire
  • Denise Lauzon - Inscrite 19 juin 2014 22 h 33

    Les aberrations de notre monde

    C'est tout de même choquant de voir des images de cette cérémonie de couronement du Roi Philippe V1d'Espagne alors qu'une grande partie de la population espagnole fait face à de grandes difficultés financières.

    En 2014, dans notre monde, il y a beaucoup de situations qui devraient être révolues et les monarchies en font partie. Il y a aussi tous les régimes totalitaires (Corée du Nord, Arabie Saoudite, Iran, Afghanistan, etc), les paradis fiscaux, la maltraitance de milliards d'animaux qui passent leur vie entière enfermés dans des bâtiments et qui finissent massacrés dans les abattoirs, les femmes des pays défavorisés qui n'ont pas accès à la contraception, la surpopulation, les guerres, la surconsommation, la surpêche, l'extrême pollution, etc. etc.